L IMAGE MIRACULEUSE DE N . D - DE BONNE NOUVELLE
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raie par toute la ville, au son rie toutes les cloches ; lous les quatre ans, aux
25o HISTOIRE DE NANCY.
années bissextiles, elle pouvait être tirée hors du reliquaire, et non autrement, à moins de la présence à Nancy d'un cardinal ou d'un légat du Saint- Siège, ou sur le désir formel du duc de Lorraine. La procession du « cuissot^ monsieur Sainct Georges » fut longtemps une cérémonie populaire à Nancy. Une autre relique était peut-être honorée davantage à Saint-Georges: c'était une épine de la sainte couronne. La couronne tout entière était autrefois gardée à Constantinople ; mais, au moment où l'empire latin que les croisés avaient fondé en i2o4 était menacé dans son existence, l'empereur Baudouin II se mit à trafiquer des saintes reliques ; pour se procurer quelque argent, il engagea la couronne comme un joyau à un gentilhomme de Venise. Le roi de France, Louis IX, dégagea ce dépôt précieux et lui construisit le plus magnifique des reliquaires : la Sainte-Chapelle. Un siècle après, Philippe VI de Valois, pour montrer combien l'alliance de la Lorraine lui était précieuse, enleva une épine de la couronne et en fit présent au duc Raoul. Ce fragment devait orner désormais Nancy et la collégiale Saint- Georges. Il fut enchâssé en un reliquaire d'argent en forme de couronne d'épines que soutenaient deux anges. Toutes les années, le 1 1 août, jour de la susception de la couronne, on le donnait à baiser au peuple^. Georges Aulbery, dans sa Vie de saint Sigisbert, imprimée en 1617, pouvait s'écrier : a Relique si sainte, que qui l'approche de sa bouche, ou il n'a point d'âme, ou il se sent ému de si grande consolation ou componction qu'elle ne peut s'exprimer par parole'. » Cette relique demeura à Saint-Georges jusqu'à la destruction du chapitre; en 1742, elle fut apportée à l'église primatiale. Lors de la Révolution, à la fin de 1792, le reliquaire fut envoyé à la Monnaie de Metz et fondu, et la relique a disparu avec toutes les autres de la collégiale. Aujourd'hui l'on conserve pourtant, au trésor de la cathédrale de Nancv, une épine de la couronne; mais elle a une tout autre origine. Elle provient, paraît-il, de la Corse, et fut donnée en 1782 par un évêque de Nebbio à une habitante de Nancy, M"* Coster, dont le mari devint plus tard professeur à l'Ecole centrale; et, en i8o3, lors de la restauration du culte, M"* Coster en fit présent à M^ d'Osmond, le premier évêque concordataire*.
La collégiale Saint-Georges, si riche en reliques, devint en outre, au XVI* siècle, le but d'un pèlerinage. Au xv* siècle, une statue assez curieuse de la Vierge allaitant l'enfant Jésus fut placée sur un autel à gauche en entrant dans l'église, contre la paroi. Puis tout d'un coup cette statue montra ses vertus miraculeuses : elle accomplit un prodige qui fut souvent rapporté à la fin du xvi* siècle.
En l'année i525, nous dit-on, tandis que le duc Antoine marchait contre
1. Cuissot ou cuissault est le nom du reliquaire enfermant l'os de la cuisse.
2. Histoire de la collégiale, Bibl. de Hancy, 6o3 (147)» ^ 10, v«.
3. Histoire de la vie de S* Sigisbert, roy de Metz, 1O17, p. laS.
4. On consultera à ce sujet les études un peu confuses, mais attestant une grande bonne volonté, de l'abbé DiDRiT : Les épines de la sainte couronne apportées en Lorraine, Nancy, 1897 ; Les deux saintes épines de la collégiale Saint-Georges (^Semaine religieuse, 1898, n®' 4o et 4») ; ti Vopinii** de M. l'abbé Liébaut sur l'origine des saintes épines, 4 pages in-8«, Crépin-Leblood.
LES RELIQUES DE L^iÉGLISE SAINT-GEORGES. 25 1
les rustauds révoltés en Alsace, sa femme, la duchesse Renée de Bourbon, priait, à Nancy, Dieu de le protéger et de lui donner la victoire. Or, un jour, une jeune fille, muette de naissance, était agenouillée dans l'église Saint- Georges devant la statue de la Vierge, lorsqu'elle entendit la Mère de Dieu lui ordonner d'aller vers la duchesse et de l'assurer que son mari sortirait triomphant de la lutte. La muette obéit et parla. Ce jour-là, Antoine remporta la victoire de Saverne, et la Vierge de Saint-Georges devint désormais la Vierge de Bonne-Nouvelle '. On la para d'habits plus beaux, de robes plus empesées ; on plaça devant son autel des fleurs plus belles ; on brûla plus de cierges en son honneur. Dès lors la statue fut visitée par un grand concours de pèlerins. Trois autels qui étaient élevés devant elle suffisaient à peine aux prêtres pour y célébrer la messe. Des dons nombreux faits aux chanoines attestèrent la popularité de la statue, et l'écolâtre de Saint-Georges, Didier Jullet, nous a raconté en détail les miracles qu'elle accomplit ^
Nous trouvons dans son récit la liste ordinaire des prodiges : goutteux soulagés, paralytiques se redressant et marchant, aveugles recouvrant la vue, sourds entendant, tumeurs fondues, enfants morts rappelés à la vie pour recevoir le sacrement du baptême. Pour chacun de ces miracles, l'on nous indique le mois et le jour, le nom de celui qui a été favorisé ; souvent le fait est attesté par des religieux, des notaires apostoliques, voire même des médecins. Nous détachons de tous ces récits un seul qui nous montre bien l'esprit de l'époque. A Gondrevillc, près de Toul, vivait, au début du xvu' siècle, une femme d'environ cinquante ans, Diane Bonne, mariée à Jean Etienne. Elle reçut un jour la visite d'une pauvre mendiante, la Poinsorle; dans sa bonté elle lui offrit une tasse de lait. Mais la méchante, qui était sorcière, en feignant d'enlever du cou de sa bienfaitrice « quelque araigne », de peur qu'elle ne tombât dans le lait, lui jeta une poudre, ce qui rendit celle-ci aussitôt très gravement malade. La sorcière la vint visiter, lui donna un œuf qui fut avalé, et le mal augmenta. Là-dessus ou arrête la Poinsorle et on la brûle, le jour de la Pentecôte 1617; ce néanmoins, sa victime demeura deux années encore en proie à de fortes crises. « Enfin — et ici je cite notre document — venue en dévotion à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, elle jeta une grenouille par la bouche à la vue de plusieurs personnes, environ les II heures du matin; laquelle fut vue sauteler jusques au milieu de la rue {notre Grande-Rue), Puis la femme, de retour à Gondreville, ne ressentit plus aucun de ses maux précédents'. » Depuis 1620, les miracles pro-
1. On prétead que la première mention de ce miracle se trouve dans le livre de Nicolas Boucher, La conionction des lettres et des armes des deujc très illustres princes lorrains Charles, cardinal de Lorraine,,» et François, duc de Guyse, frères, Rheims, I. de Foigny, 1079, in-4°. Nous n'avons pas retrouvé le passage.
2. Nous avons de lui aux archives départementales, G, 4i4f un recueil manuscrit des miracles opérés par la Vierge ; il a été rédigé en iéi4* f'ius tard, Jullet a publié un ouvrage : Histoire de Nostre-Dame de Bonne-Nouvelle, révérée en C insigne Eglise ducale de Sainct Georges à Nancy, avec un précis de celle du duc Antoine. A Nancy, Jacob Garnich, i6ao.