‹ Histoire de NancyChapitre 24 sur 642 · T. II, p · texte numérisé non relu

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4. T. III, p. 90. FoRBiGER, Ilandbuch der alten Géographie, t. III, p. 2^0, net. 77, se prononce pour Essey-les-Eaux, arrond. de ChaunN>nt, Haute-Marne.

5. De l'Emplacement de la station romaine d' Andesina (extrait des M. A. S,, 1849).

LA QUESTION d'aNDESINA. 1 1

des chapiteaux de colonnes : un grand nombre de nos inscriptions romaines de Lorraine proviennent de Grand. Ici, enAn, tout récemment, on a découvert ce groupe en pierre représentant un cavalier dont le cheval pose le pied sur un foudre que tient un enfant, variante de ce groupe du monstre anguipède, trouvé à Merten et en plusieurs localités des bords du Rhin et sur lequel s'exerce la sagacité des savants'. Il y avait sur ce plateau certainement une cité très prospère. Pourquoi cette cité, située à droite de la route de Metz à Langres, ne serait-elle pas YAndesina de la Table de Peutinger ?

On peut faire pourtant à ce système diverses objections. Aujourd'hui, le plateau sur lequel se dresse le village de Grand est nu et désolé ; le terrain est très sec, arrosé seulement en été par de rares pluies. Il n'y existe aucune rivière, si ce n'est la Maudite, qui se perd dans le soushsoI calcaire. Quoi ! ici il y avait autrefois une grande animation de baigneurs? — L'objection ne porte pas : dans ce sol perméable, les anciennes sources ont parfaitement pu se perdre. Et du reste les canaux souterrains qu'on découvre sans cesse prouvent que les eaux étaient captées. Puis, notons qu'aujourd'hui un canton sur la voie secondaire qui de Grand conduit à la ville romaine de Nasium, Naix, porte le nom très significatif aux thermes^. Le nom même de la localité nous prouve l'existence sur ce plateau de bains romains. Aux sources minérales présidait autrefois un dieu gaulois que les Romains identifièrent avec Apollon. Le dieu était appelé souvent Borvo : d'où les noms de Bourbonneles-Bains, Bourbon-l'Archambault, la Bourboule, etc. Cette même divinité était appelée Grannus. Aix-la-Chapelle était nommée Aquœ Granni, les eaux du dieu Grannus, d'où la forme corrompue Aquisgrannum^ . Grand nous parait avoir une origine tout à fait semblable. Le nom de la divinité qui présidait aux eaux s'est substitué au nom plus ancien d!Andesina^.

D'autres objections semblent plus sérieuses. La distance entre Soulosse et Nijon d'une part et Grand d'autre part est bien inférieure à i6 lieues gauloises, soit 35 kilomètres et demi. Mais l'on sait combien d'erreurs de chiffres a commises le dominicain de Colmar, qui nous a laissé l'unique copie de la table ancienne. — Puis de la vignette représentant Andesina sort un fleuve , qui n'est autre que la Meuse. Or, le plateau sur lequel se dresse le village de

I. Sur les antiquités de Grand, voir Jollois, /. L, pp. 1-57; Lepage, Statistique des Vosges, t. II, p. 245; J. Laurent, Rapport sur tes fouilles faites à Grand (Société d'émulation vosgienne, t. X, 1860); autre rapport en i884) p> i35; G. Save et Ch. Schuler, Le Groupe équestre de Grand au Musée lorrain^ dans les M. S. A. L., 1899, p. 5.

3. AuG. DiGOT, Recherches sur le véritable nom et remplacement de la ville que la Table théodosienne appelle Andesina ou Indesina, Nancy, i85i. Cf. de Saulct, compte rendu de l'ouvrage précëdent (y. 1^. A. L., i853, p. a^)'

3. pROST, Aia>4a-Chapelle. Étude sur le nom de cette ville (Mémoires de la Société des antiquaires, 6« série, t. I, p. a53).

4. Digot, dans le mémoire cité, prétend que, sur la Table de Peutinger, au lieu de lire Andesina, il faut lire [Gr]andesina : ce qui nous parait tout à fait inadmissible. — Le nom de Gran s'écrivait bien à l'origine Grannus, comme on le voit sur les monnaies mérovingiennes, mais il a ete bientôt orthographié Grand, et, sur cette forme romane, on a refait le latin : Grandis, La vie de saint Élophe, écrite au xi« siècle, porte déjà cette forme (Bollandistes, t. VII d'octobre, p. 813). Le dipldme de Charles le Gros de 886, daté de Grannisvilla, a été donné à Aix-la-Chapelle.

Grand est limité par rOrnain, sous-aflluent de la Marne ^ Mais notons bien que cette rivière de la Meuse est fort mal tracée sur la carte. Sur sou cours, Ton indique successivement ad Fînesy correspondant à la forêt de Saint-Germain ; Nasîe, Naix, et même Caiuriges, qu'a remplacé la ville basse de Barle-Duc. Les objections sont donc moins fortes qu'elles ne le paraissaient au premier abord ; mais nous devons reconnaître que la question n'est pas entièrement claire. Par suite, nous concluons, seulement avec quelque timidité : VAndesîna de la Table de Peutinger est le village moderne de Grand. Mais nous concluons avec une pleine certitude : contrairement à l'opinion de Walckenàer, Andesina ne saurait être Nancy. A l'époque romaine, le territoire sur lequel s'élèvera la ville de Nancy était entièrement vide d'habitations.

L'empire romain cependant est détruit au v' siècle par les Barbares ; sur ses ruines se fonde en Gaule la royauté mérovingienne. Nos régions sont englobées dans l'Austrasie, dont Metz est la capitale. Dans cette nouvelle période, qui s'étend du v* siècle à l'année 75 1, pouvons-nous constater l'existence de Nancy ? Le nom de la cité n'a jusqu'à présent été trouvé dans aucun texte de chroniqueur, dans aucun diplôme, dans aucune charte ; pourtant, une récente découverte archéologique nous permet d'affirmer que, sous les Mérovingiens, le territoire de Nancy était habité.

Au mois d'avril i8g5, quand l'on perça la rue des Goncourt à l'extrémité du faubourg Saint-Jean, les ouvriers mirent au jour des squelettes avec des armes, et le bruit se répandit que ces morts avaient été enterrés après la bataille de Nancy, le 5 janvier i477*« Mais la bataille de Nancy s'était livrée bien plus à Test, et il suffît aux archéologues de jeter un coup d'œil sur l'ameublement funéraire pour acquérir la conviction qu'on était en présence d'un cimetière régulier, de l'époque mérovingienne. L'on trouva des tombes sur toute la longueur actuelle de la rue des Goncourt ; cinquante-six d'entre elles furent fouillées ; mais le cimetière était certainement plus vaste ; il descendait sans doute en pente douce depuis le sommet de la colUne jus-

1. Ces objections ont été présentées par Beaulieu, Observations sur le mémoire de M. Digot, ChaumoQt, C. Cavaniol, i854f lo p. iQ-8°. Beaulieu conclut cette fois i\\ï* Andesina doit être cherchée à Bourboone-les-Bains. Il revient sur la ({uestion : Mémoires sur les antiquités de Boarbonne {Société des antiquaires de France, t. XXXV, p. 56). Ces conclusions sont suivies par DESJARDiifs, o. c, p. 138. Desjardins propose même de lire, au lieu d* Andesina, par une correction hardie : [AQVAE BORVONII] LINGON [SIS]. Nous objectons cette fois encore que Bourbonne est à gauche de la voie de Metz k Langres et Andesina est indiquée à droite. Puis Bourbonne est tout près de la localité de Mosa, indi((uée, sur la Table, à une grande distance d' Andesina.

a. Est républicain. Progrès de VEst, avril 1896. M. Qui^ttard a décrit avec beaucoup d'exactitude ces fouilles, Les Fouilles du Vieil-Aitre, dans les M. S. A. L,, 1895, pp. 377-409.

l'époque mérovingienne. i3

qu'à la voie actuelle du faubourg. Ce cimetière a laissé un souvenir dans la tradition. La Commanderie Saint-Jean, qui, au xii® siècle, se dressa dans le voisinage, se nomma Saint-Jean-du-Vieil-Altre, attre signifiant cimetière. Et le canton rural qui s'étendait aux environs, vers l'étang Saint-Jean, porte le nom de Virelay, qui est probablement une corruption de Vêtus atrium *.

Un objet découvert dans une tombe nous permet de fixer une date précise. A un collier de grains était fixée une monnaie fourrée en bronze, recouverte d'une mince feuille d'or. C'est une monnaie de l'empereur Justinien, représentant au droit le buste du prince tenant un globe crucigère avec la légende : DN. IVSTINIANVS. PP. AVG, et au revers une Victoire ailée debout, tenant de la droite une croix et de la gauche le même globe ; légende : VICTORIA AVGGGH, et en bas : CONOB (Constantinople)*. Or, Justinien a régné de 827 à 565 ; le mort qui portait cet ornement a été enterré à coup sûr après 527 et probablement longtemps après cette date, quand déjà cette pièce attachée à un collier comme un des grains les plus précieux était devenue un bijou. Nous plaçons donc le cimetière à la fin du vi* siècle ou au vu' siècle. Il ne faut pas trop s'étonner de la découverte de cette monnaie à Nancy. Les relations entre la Gaule et l'Orient étaient plus fréquentes qu'on ne croit. Les guerriers francs sous le roi d'Austrasie Théodebert, ou sous des chefs comme Leutharis et Bucelin, étaient allés batailler en Italie : tantôt amis, tantôt ennemis de Justinien, ils avaient amassé un riche butina Du reste, dans les ateliers gaulois mêmes, on imitait les monnaies de Justinien et on gardait la légende de CONOB 4.

Ce cimetière, que nous venons de dater, est celui d'une population sédentaire. On a pu croire, à cause des nombreuses armes trouvées dans les tombes, que ces morts appartenaient à une tribu de guerriers barbares, campés seulement sur notre territoire. Mais il n'en est rien. A côté des tombes d'hommes qui sont en majorité, il y avait quelques tombes de femmes et d'enfants. Puis les corps ont été trouvés à des profondeurs variant de o"",4o à i",5o de la surface. Plusieurs couches de cadavres semblent avoir été ensevelies à des étages différents : ce qui indique que ce cimetière a servi pendant un long espace de temps. La population qui reposait de son dernier sommeil non loin de l'étang Saint-Jean est celle d'une villa mérovingienne ; elle était fixée au sol et était composée de Gallo-Romains et de Germains plus ou moins mélangés. L'étude des crânes, du reste, montre que les morts appartenaient à des races différentes ^

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