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LA FOIRE DE MAI A NANCY

roi de la corporation n'est plus nommé pour un an, mais pour trois années; celui qui sortait de charge le 3o septembre, lendemain de la Saint-Michel, désignait trois candidats parmi lesquels la corporation choisissait son successeur; le roi élu nommait lui-même trois assesseurs, et tous les quatre devaient être confirmés par l'autorité temporelle '. Mais, peu à peu, le commerce devint presque libre en Lorraine; encore fallait-il alors une juridiction spéciale pour juger les différends entre les marchands. Le roi et les trois élus de la corporation remplirent cet office ; ils devinrent, par la force des choses, des juges consuls, et, par édit du 28 novembre 1716, Léopold réorganisa cette juridiction consulaire '.

Les marchands avaient donné Texemple et s'étaient associés en une confrérie dont le siège était à la collégiale Saint-Georges. Les artisans, surtout ceux qui exerçaient un métier parant aux nécessités quotidiennes de la vie, ne tardèrent pas à les imiter. Sous le règne de Raoul, entre les années i34i et 1343, il se créa cinq confréries d'ouvriers : ce furent celles des boulangers; des messecliers' ou massacliers, c'est-à-dire des bouchers ; des cor^ oisîers* qu'on appellera plus tard les cordouanicrs, ceux qui travaillaient le cuir de Cordoue; des charpentiers ouvrant de la hache, et des maçons; enfin des menuisiers et tonneliers ^

Nous ne possédons plus que la charte d'association des charpentiers et maçons; elle est datée du i" avril i34i^. Les confrères devaient élire chaque année un roi, chargé de porter le jour de la Saint-Georges un cierge d'une quarte de cire devant la statue du saint. Le cierge était acheté sur les deniers de la corporation. Celle-ci se chargeait en outre de faire brûler une lampe nuit et jour dans Téglise, et de faire célébrer tous les mois une messe à l'un des autels. Avec le roi sont choisis quatre élus pour qu'en commun ils gouvernent la confrérie, reçoivent les nouveaux membres, établissent des statuts et punissent ceux qui y contreviennent. La moitié des amendes prononcées doit appartenir à Saint-Georges. Par un accord fait entre la confrérie et le chapitre, le 18 juin i4i3, les chanoines se chargèrent de dire de quinzaine en quinzaine la messe qui auparavant se célébrait tous les

a. Recueil des ordonnances, t. II, p. 80; Lepage, La juridiction consulaire de Lorraine e Barrois et la confrérie des marchands de Nancy dans les M, S. A, Z.., 18O8, p. i.

3. Ces deux confréries sont mentionnées dans la charte des charpentiers. Le roi « aurait teille frao chise corne H nnaistres des belengiers et messecliers de Naucey ont et ont acoslumei a avoir ».

4. Les corvisiers sont cités dans la même charte : « et que cilz qui roys seroit puisse corregier son année durant per le conseil des quatre esleus tous ccaulz qui seroient de la dicte confrairie qui averoient meffait en ceu qui a lors mestiers appartanroit li uns envers l'autre, ensi comme font li maistres des corvesies et belengiers de notre dicte ville. »

5. A diverses reprises, G, 356, il est question de chartes données par le duc Raoul à la confrérie des tonneliers ; elles n'ont pas été retrouvées.

0. Nous avons deux vidimus de cette charte, l'un du 20 novembre i34i» l'autre du 10 août 1378, G, 356. La charte de Raoul est datée : ... que furent faites l'an de graice notre Signour mil trois cens quarante et un, le premier jour dou mois d'avril.

mois ; mais les confrères devaient payer en plus 9 gros de cens chaque année, le 28 avril *.

Toutes ces corporations restèrent, jusqu'au xvn^ou xvui* siècle, soumises à la collégiale Saint-Georges. Elles célébraient leurs solennités dans l'église ; elles y faisaient leurs élections : elles versaient au chapitre une partie de leurs amendes. On les désignait sous le nom collectif de corporations du cloître Saint^Georges. Les hans qui se formèrent dans la suite s'aflranchirent davantage de la collégiale et eurent une existence plus autonome. Jusqu'à la fondation de la Ville-Neuve se créent en notre ville les conEréries et corporations suivantes. En i4o8, les drapiers de Nancy s'associent pour faire concurrence à ceux de Saint-Nicolas-du-Port*. Charles II confirme aussi la corporation des bouchers ^ En Tannée 144^ apparaît l'association des ouvriers travaillant le fer ; la duchesse Isabelle, femme du roi René, donne des statuts aux maréchaux, taillandiers, forgerons, couteliers, compagnons fèbres (serruriers)*. Du roi René I*^ date aussi la charte octroyée aux chamoisiers et pelletiers de Lorraine 5. Sous René II et sous Antoine, alors que la guerre étrangère ou civile désole le duché, le mouvement est arrêté. Le 12 octobre i554, le régent Nicolas de Lorraine donne une nouvelle constitution aux cordonniers ^ et aux bouchers 7; puis, à la fin du xvi* siècle, quelques ouvriers se constituent en nouvelles corporations : ce sont en i568 les monnayeurs, ouvriers de la Monnaie du duc ; en 1673 les barbiers ou chirurgiens^. Mais quand la Ville-Neuve eut été créée, les corporations augmentèrent rapidement et, dans Nancy doublée, règne une véritable activité industrielle. Nous retrouverons ces corporations plus tard et nous dirons avec quelle jalousie elles ont gardé leur monopole et longtemps empêché tout travail libre.

Que de souvenirs éveille ainsi cette église Saint-Georges que Léopold puis Stanislas firent détruire; elle était petite, mais elle enfermait de curieux monuments et elle est étroitement rattachée à l'histoire du duché. Ici, peut-on dire, a battu le cœur de la Lorraine; et il faut répéter, en la quittant, le vers de Pierre de Blarru en sa Nancéîde :

... Templum non grande situ, veriim arie décorum.

1. G, 356. Original ... que furent faites Can de graice notre Signour mil quatre cent et trmttt le deixoctyme jour du moiœ de Juin;/.

2. Slatuts : A. D., H, 38a, p. 7G. Duver.noy, travail manuscrit : Les Cor})oraUons ouvrières dtns le duché de lorraine et de Bar, aux xv« et xvi* siècles. Noos nous sommes beaucoup servi de cette étude, (jui est une thèse présentée à l'École des chartes.

3. Cette conOmiation est citée dans les statuts donnés par le régent Nicolas aux bouchers. Cf. n. 7.

4. Bibl. de Hancy, ms. iSs (a), i^ iSg. La charte date du 7 décembre i44a.

5. Nous n'avons que les statuts de conGrmation du duc Antoine du a5 janvier i5i4. Bibl. di Hancy, ms. 2i3 (iiG), i^ 81.

ù. Lepage, Les Communes de la Afeurthe, l. II, p. i4A.

7. Id., ibid., t. II, p. i3r». Les chartes des bouchers sont confirmées de nouveau par Charies 111 le a mai 1505 et le 18 mai i573.

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