CHAPITRE IX
Nancy sous le règne de Jean 1*** (1346-1390).
\ I. Jean de Nancy ei la fondation de la chapelle Saint-Michel, — Règlement aa sujet de cette chapelle. — Création de la congrégation des Pénitents en i633, — Les Péni" (ents noirs de la Ville^Neuve,
S II. Agrandissement de Nancy. — Les Bourgets englobés dans la ville. — La porte de la Craffe. — Étymologie de ce mot, — La nouvelle enceinte de Nancy : la tour de Sdr et la tour du Vannier, — Les deux tours de la Craffe. — Construction de la façade extérieure; Vinscription en l'honneur de la Vierge, — La seconde porte de la Craffe, construite en i5g8, — La statue de Charles III. — Les sculptures de Florent Drouin. — Modifications à la porte intérieure. — Le dôme et V horloge. — L'ordre grec, — Les réparations de 1861 et de i8jo. — Souvenirs qu'évoque cette porte.
S ni. Coup d^aùl sur le régne de Jean h^, — A«* grandes compagnies. — Tournois à Nancy, — Le champ clos du n septembre t386. — Les monnaies de Jean /".
Au duc Raoul succéda un enfant au berceau sous la tutelle de sa mère Marie de Blois. On l'appela Jean I*^ et son règne devait durer quarantequatre ans, de i346 à i3go. Sous ce règne, une nouvelle chapelle, plus tard haussée à la dignité de collégiale, est créée dans Tintérieur de Nancy. L'enceinte de la ville est reculée et une nouvelle porte, la porte de la Craffe, est construite du côté nord. De graves événements se passent à Nancy ou dans 'c voisinage de la cité ; la ville est le théâtre de tournois et de duels judiciaires qui ont eu à l'époque un grand retentissement.
En ce temps vivait à Nancy un chevalier assez riche, Jean de Nancy ' ; il ^^tenait un fief dans la ville. Il fonda une chapelle vis-à-vis de sa maison et
'^ plaça sous le vocable de saint Michel, le grand saint dont la célébrité ^gnientait de toute celle de l'abbaye située au milieu du Péril-de-la-Mer,
'* £0 juillet i35i, Jean de Nancy dit Hoches vend A Jean de Toul, gendre de Chiedaul de Nancy
* Poirrenon, femme de Jean de Toul, une maison à Nancy. A. D., G, 359. Par une charte du
^Ofùt iZkkf le duc de Lorraine Raoul se reconnaît débiteur envers Ulrich et Jean de Ribaupierrc
^^ somme de 809 livres petits tournois et donne comme garants, entre autres, le seigneur Jean de
le saint ({ui apparaîtra à Jcaime d'Arc. La fondation sendjie remonter vers Tannée i35o.
Les autres établissements religieux, le prieuré de Notre-Dame, la collégiale de Saint-Georges, ainsi que le curé de Saint-Èvre essayèrent de s'opposer à cette création ; ils voulurent même faire démolir la chapelle qui s'élevait. Mais un accord sur>'int; Jean de Nancy fit toutes sortes de concessions, pour qu'on ne pût prendre ombrage de son humble chapelle. Les chapelains devront terminer leur grand'messe avant que commencent celles des autres églises; les offrandes faites par les fidèles à la chapelle devront être partagées entre le prieuré de Notre-Dame d'une part, le chapitre de SaintrGeorges et le curé de Nancy d'autre part, sauf le jour de la Saint-Michel; les chapelains ne pourront avoir de cimetière ; personne ne pourra se faire enterrer dans leur église, sans le consentement exprès des chanoines, du prieur et du curé et sans leur avoir payé les droits de sépulture. A certains jours de l'année, les chapelains étaient tenus d'assister aux offices des grandes églises : le jour de l'Assomption (i5 août), au prieuré de Notre-Dame; le jour de Sainte-Georges (28 avril), à la collégiale; le jour de Saint-Èvre (i5 septembre), à l'église paroissiale. A ces conditions, on permit de passer outre ; Jean de Nancy obtint l'autorisation de nommer les quatre chapelains qui devaient dessenir la chapelle ; il s'engagea à veiller à leur entretien et à leur fournir tout ce qui était nécessaire pour le culte divin '.
La chapelle ou l'église Saint^Michel s'élevait dans la rue à laquelle elle a donné son nom. Elle se trouvait à gauche, quand on vient de la Grande-Rue, dans la partie dont les maisons encore aujourd'hui forment saillie (au n** 17 actuel). Celte église, sans aucun caractère, bâtie au xiv* siècle, est restée debout jusqu'à la Révolution; une porte fort simple, surmontée d'une petite ligure du saint y donnait accès; le bâtiment a été vendu comme propriété nationale, le 6 octobre lygS, et aussitôt démoli*.
La chapelle, créée au xiv* siècle par Jean de Nancy, a pris, malgré ses origines modestes, au xv« siècle, le nom de collégiale ; et les quatre desservants se sont appelés chanoines. Ils touchaient d'ailleurs une rente très modeste'. La collation de ces canonicats a appartenu, au cours des temps, à divers seigneurs successeurs de Jean de Nancy, aux d'Haraucourt, aux Raigecourt, aux Gironcourt. A cause du faible revenu, on dispensa bientôt les chanoines de la résidence, et, au début du xvn* siècle, ils ne firent plus d'autre office en l'église que celui de la Saint-Michel (29 septembre)*.
Nancy. (Albrecht, Rappoltsteinisches Urkundenbiichf t. 1, p. 432.) Quelque temps auparavant, le 8 décembre i34i, un autre seigneur de Nancy, Renaud, était garant d'un autre engagement entre k duc Raoul cl Jean de Ribaupierre. {Ibid., t. I, p. 897.)