LA COLLÉGIALE SAINT-MICHEL
L'église fut à ce moment louée par une congrégation religieuse : celle des Pénitents. A la fin du xvi* siècle s'étaient formées dans les villes du Midi des confréries laïques qui, en signe de pénitence, portaient un costume spécial, et suivaient les processions en poussant des hurlements et en se flagellant. On appelait les membres de ces confréries selon la couleur de leur costume : Pénitents blancs. Pénitents gris, noirs, bleus, etc. Le roi de France Henri III se fit affilier, en revenant de son royaume de Pologne (1574), aux PénitenU d'Avignon, et fonda une association semblable à Paris. Le duc de Guise, Henri le Balafré, le duc de Mayenne, le cardinal de Guise, entrèrent à leur tour dans l'association et la protégèrent. Les processions des Pénitents comptèrent parmi les spectacles les plus extraordinaires de la capitale, aux jours sombres de la Ligue. Antoine de Lenoncourt, second primat de Lorraine, fort attaché au souvenir des Guises, songea à introduire à Nancy celte congrégation des Pénitents; il le fit en i633, après les malheurs qui frappèrent en cette année la ville de Nancy, et donna pour siège aux confrères l'église Sainte- Michel. Ceux-ci s'y assemblèrent tous les dimanches et fêtes pour y entendre les offices. La rue Saint-Michel prit pour ce motif, aux xvii* et xviii* siècles, le nom de rue des Pénitents'. La chapelle des Pénitents montrait avec orgueil un morceau de la vraie croix, que le premier président de la chambre des comptes, M. Lefebvre, avait rapporté de Rome*.
En l'année 1 781, il y eut scission parmi les confrères. 80 particuliers s'érigèrent en congrégation nouvelle et portèrent, au lieu de la robe blanche, la robe noire. On distingua dès lors à Nancy les pénitents blancs et les pénitents noirs ^ Les nouveaux venus achetèrent, le 22 décembre, pour une somme de neuf mille livres, dans la Ville-Neuve, la petite chapelle de Saint-Nicolas. Cette chapelle, située an coin S.-O. des rues actuelles de Saint-Thiébaut et de l'Équitation, avait été construite en 1719 après la destruction de la preipière église Saintr-Sébastien, et avait servi, jusqu'à la construction du nouveau temple (1731), pour faire les baptêmes de la paroisse*.
Les pénitents noirs se donnèrent à peu près les mêmes statuts que les blancs. Ils devaient se réunir, tous les dimanches et vendredis de l'année et à certains jours de fête, pour pratiquer en commun des exercices de piété. Ils s'engageaient à visiter les malades, les prisonniers, à assister et à ensevelir les condamnés à mort. Ils s'affublaient pour toutes ces cérémonies d'une ample robe noire et se couvraient le visage d'un capuchon qui ne laissait passer que les yeux. Ils élisaient chaque année un recteur, un vicerecteur, un grand custode, six conseillers et quelques officiers inférieurs. Le recteur veillait à l'entretien du culte divin : il était suppléé en cas d'absence
I. Dans la salle d'assemblée oq voyait uq portrait d'Antoine de Lenoncourt, peint en i633. On y lisait cette inscription : Antoine de Lenoncourt, primat a^, abbé de Beaupré, prieur de Lay en 1612, Instituteur et Recteur de la Congrégation en i633,
3. Journal du libraire Nicolas dans les Af. S. A. L., 1899, p. 3i6.