Let Transformations de Nancy, p. 9a
jeune femme Claude, sous des habits vulgaires de paysan, la hotte sur Tépaule ; et ils ont sauvé la dynastie ducale dont les Français avaient juré la perte. Ici ont campé longtemps les Français qui occupaient militairement le duché. Ces portes doivent être épargnées et pour leur valeur artistique et pour le rôle qu'elles ont joué dans l'histoire de Nancy*. Ce serait un véritable crime que d'y toucher, et nous espérons bien que jamais semblable méfait ne sera commis. Que notre édîlité fasse passer tout autour de ces portes les voi«\s qui sont devenues nécessaires pour la circulation !
Pendant tout le règne de Jean P% la Lorraine fut troublée par de nombreuses dissensions. Le duc n'était âgé que de quelques mois à la mort de son père, et la régence fut exercée par sa mère Marie de Blois. Les seigneurs profitèrent de cette minorité pour faire augmenter leurs privilèges; et souvent les barons des États voisins, notamment l'évêque de Metz, se jetèrent sur les terres ducales. Pour comble de malheur, la peste causa dans toute la région de terribles ravages, et, en i349, '^ ^'^^^^ ^^ Nancy fut décimée, sans da reste que nous possédions sur le fléau de plus amples détails. Vers i360y le duc Jean fut déclaré majeur; mais il passa la plus grande partie de son règne loin de ses Etats ; il lutta comme volontaire dans les rangs des chevalins teutoniques contre les païens de la Lithuanie(i363); il guerroya en Bretagne 011 il assista à la bataille d'Auray (i364) ; il combattit avec Charles V lors de la reprise de la guerre contre les Anglais (13G9) ; il défit les Flamands sur le champ de bataille de Rosebecque (i382)'. Entre deux campagnes seulemest il apparaissait dans ses États, où il s'eflbrçait de faire régner la paix et une bonne administration. Il les protégea contre les routiers qui, ayant à leur tête le fameux archiprôtre Arnaud de Cervole, s'étaient répandus dans le pays en Tannée i365; il s'opposa à eux entre Saint-Nicolas-de-Port et LaneinreTiDe, garantit ainsi sa capitale et les força de se retirer vers le nord et vers Touest, du côté de Verdun et de Bar-le-Duc'.
Le duc Jean I'^ donna aussi à Nancy de grandes fêtes, notamment des tournois où paraissait la chevalerie des environs. Parmi les plus brillantes de
1. L'ingénieur Dossc, en 1808, voulait faire une promenade qui aurait uni la Pépinière au cours Léopold par les bastions le Duc et le Marquis; son idée était ingénieuse, mais elle avait le tort àf sacrifier les tours de la CrafTe. Voir son plan à la bibliothèque du Musée lorrain.
2. Froissart, éd. Kervyn de Lettenhove, et les histoires générales de Lorraine : Dom Calmit» t II« col. 53o et ss. ; Dhïot, t. II, p. 367 et ss.
3. Chroniques de Saint-Thiébaalt de Metz, p. io5 et 106; Aimé Chérest, L'Arehipréire, p. 399-330. L'archiprètre se relira de Saint-Nicolas-de-Port à Barizey, puis à Vaucouleurs et à Verdon.
TOURXOIS A NANCY. 281
ces joutes on compta celle» qui furent célébrées en avril t3S2 et où paru) Henri de Bar, fils du duc Robert et héritier présomptif du duché. Il était accompagné d'un cortège nombreux de gens de distinction et avait amené
I ]illiogrd|ihii
avec lui environ 120 chevaux; quelques-unes de ces bétes furent blessées pendant le tournoi '. Nancy fut aussi à ce moment le théâtre de duels retentissants. Depuis la fia du xi= siècle, les ducs de Lorraine portaient le titre'de
I. Sekvais, Aiumlei hitlorigaet du Iturroia, i. Il, p^ ^i-ji3.
IIISTniRK 1)K NANCY.
marcfiis' ei, o.n cctin qimiit*', ils devaient pn'suler tous les duels judieiaires entre hi Meusi' et le lUiin. l.onr|teni|is riK^me après <|ue le dnché de Lorniim*
ciil ('tt' dtVlari'- sinivcraiii. Its durs pn^Uiieiit honimage au roi d 'Allemagne I. K. Iliiiiiii. ri H. 1-1 l'K.c, Ifi riirrs fl iiréleiilltmx lira dact lifrfdilairtM de Lttmiinr lUni l.i
LK DUKL DES SIHKS DE CIII.N ET l>K ilAVKI.VKS. 200
pour oi'tle d«riiière fonction'. Or, en i38ô, deux <|en(ils)ioniin<;!i du llainaiil . les sires de (]liin et de t^avrincs (étaient divisé» )).ir une haine f<^-
roee ; le premier envoya au second une lettre de défiance: « Nous vous
I' Sar le lilrc île iniii'chU que in'tnnenl Icm ducs de Lorraine,
mandons que, hors du reaulme de France, de la conté de Flandres, de la ducé de Brabant et de la conté de Haynau, vous veulliez eslire place, quele qu'il vous plaist, là où nous puissons combattre emsamble, corps à corps, deux contre deux, quattre contre quattre, ou sixcontre six, gentilz hommes. » Le second releva le défi, et il fut décidé entre les deux adversaires que le duel aurait lieu en Lorraine et que le juge du débat serait Jean I". Celui-ci leur assigna camp en son hôtel, en la ville de Nancy, le ii septembre i386; il leur envoya aussi un sauf-conduit pour eux et leur suite. Les deux adversaires convoquèrent leurs parents ei amis : chacun réunit une troupe de plus (le 3oo cavaliers. Chacun aussi s'exerçait dans Tart de l'escrime ; Cavrines apprenait à Lille a le tour de bataille » de messire Simon Rym, un bretteur qui avait eu d'heureux et retentissants duels. II arriva à Nancy le 6 septembre et à l'entrée de la porte sur l'ordre du duc, furent saisies toutes les armures, « haubregons, bachincts, cappeaux, plates, glaves, haches, espées », excepté seulement les « harnasch appartenant à la bataille et au corps dudit de Cavrines ». Le lendemain, mêmes précautions furent prises quand se présenta le sire de Chin. Les jours suivants, Jean l" et son conseil essayèrent en vain de procurer appointement entre les deux adversaires; tous les pourparlers échouèrent. Le jour du combat est enfin venu; les champions se confessent pour ôlre en état de grâce s'il faut mourir; ils jurent qu'ils n'ont sur eux « pierre, herbes, ne parolles escriptes », qu'ils ne comptent que sur Dieu et la force de leur corps. Puis on les mène dans le parc, « lequel estoil bien court et estroit ». A côté de chacun d'eux sont placés deux gentilshommes. Le sénéchal de Lorraine, le sieur de Thelod % a canu et moult notable chevalier et preudhomme renommé », devait donner le signal et diriger le combat. Il tenait son chapeau à la main, avec lequel il devait faire trois signes ; le premier est donné, « touttes gens eulx tenans si coy, que mot ne y fut ouy sonner, ne toussir » ; puis le second « appres le espace d'ung Palernoslery) ; enfin, avant de faire le signe définitif, < il se agenoulla à terre, gettant ses mains et yeulx devers le ciel, disant, comme il sambla, aulcune oroyson devers Dieu, bien brief, et puis se saina (se signa) de la main dextre, au lever, par très bonne et dévote manière », et il agita son chapeau pour la troisième fois. Mais aussitôt Jean I*' cria : « Aval ! » Les deux chevaliers qui se trouvent à côté des adversaires se jettent sur eux, les séparent; le duc descend dans la lice et fait commandement aux champions de lui obéir, sur leur vie. Il se rend en la chambre de chacun d'eux, leur ordonne de désarmer et les invite à souper au palais pour sceller la réconciliation. La fille du duc, Isabelle de Lorraine*, qui venait de se marier à Enguerrand VII, sire de Coucy, obtient par ses prières et sa bonne grâce que les adversaires
I. Le ms. porte le S^ de Hélo. Nous croyons qu'il faul lire Thélod. Jean de Thello est mentioDOc parmi les exécuteurs du testament de Jean !«'. (Dom Calmet, t. UI, PreoTes, col. koS.) Thélod, c df Vrzelise.
a. Elle était née du premier mariage du duc avec Sophie de Wurtemberg. En se mariant, elle renonça, par acte du 8 mars i386, à toute prétention sur le duché de Lorraine.
LES MONNAIES DU DUC JEAN I*"" FHAPPiEeS A NANCV.
acceptent l'arbitrage de son père. Ils quittent Nancy le lendemain is septein- Itre et, après d'assez Ion(|ues négociations, cette (|rosBc querelle fut apaisée. Il nous a paru utile de rapporter cet épisode qu'un chroniqueur contemporain nous a exposé' et dont on s'entretint beaucoup à l'époque à Nancy. Le duc Jean I" pour ce duel dut faire de très grands Trais ; ils se montèrent, dit-on, à 5,000 ou 6,000 francs '.
Sous le règne de Jean I", l'atelier monétaire de Nancy continua de se montrer actif. On possède quelques fort belles pièces frappées dans notre ville au nom de Marie de Blois comme régente, et de son fils Jean.
On lit au droit : + lOHANNES !
DVX ; MARCHIO ; DE i LOTHO- RIGIA ; et on voit au centre, dans un contour de quatre arcs, l'écu écartelé de Lorraine et de Bluis ' ; au-dessus et de chaque côté une couronne ; dans les angles rentrants du contour une feuille de trèfle. Au revers, en légende extérieure : + ■ MARIE i DUCHESE ; MANBOVRS i DE ; lA DVCH, el en légende intérieure : -|- MONETA : DE ! NANCEI avec une croix patfée cantonnée de quatre couronnes *. De cette pièce où l'on remarque l'assemblage curieux d'une légende romane avec des légendes latines, nous possédons une série de variétés. Ici les angles rentrants du contour sont ornés, au lieu de feuilles de trèfle, de tourelles ' ; là le nom de Lorraine est écrit avec des variétés d'orthographe : LoTHORiGiE ou LoTiioRiGEi^; aillours enfm, au Heu du nom de Marie, on lit la phrase latine : + : BNDICTV : SIT : NOME : DN : NSI : DEI : IHV : XPI : ' {^Benedictam sil nomen Domini nosfri Dei Ihesu Christi).
Quand Jean I" fut devenu majeur, il reprit d'abord les types de s Raoul : lOHANNES: DVX- MARCHIO -, avec l'épée la pointe en bas, entre deux ,^^:-4 éciissons de Lorraine ; au-dessus de cha- f^'^ cun d'eux un trèfïe et au-<lcssous rose. Au revers : + MONETA ■ D ; NANCEIO : IN : LOTHOR avec l'écus- ^^^^^'^>"
1. Ce chrooiqneur est sans doute Henri J'Espierres, fri-re du sire de Cavriiu-s. La ivlalion de ce duel nous a ixé conservée dans un manuscrit de la Btbl. ll>tii)oal«, fonds frani;ais. n" iiCoi, calligraphié ta i5a8 pour Simon du Chaste! de la Howerderie, «cuyer, descendant du sire de Cavrioes, Elle ■ Ûi publiée par Félix Brassarl et le comte du Chastcl de la Howarderie-.Veuvireuil SOUS le lilre : Mtlatiort da c/inrtip elnt de Naacij dit 11 leplemhra i.'ISS. Tournai, Vasscur^Delmée, 1898, ■M pages-