I. Agatbias (cdit. de Bonn, 1826), II
a. Adbê Cochet, La Normandie souterraine, 2* cdit., Paris, iSjf), p. 226.
3. H. Hubert, Fibuieit de Baslieua;, dans la Revue archéologique, 1899, p. 363; voir pi. X cl XI,
l8 HISTOIRE DE NANCY.
Outre les agrafes et les bijoux, on a découvert dans notre cimetière divers instruments de toilette ou d'usage courant. Ce sont des ciseaux formés de deux lames taillées dans une même pièce, avec une ouverture pour introduire les doigts. Cinq de ces ciseaux sont en fer ; un dernier exemplaire, fort beau, en bronze. Ce sont des aiguilles en bronze ; ce sont deux pinces qui servaient aux hommes à s'épiler la barbe ; c'est un petit pinceau qu'on employait pour se teindre, car les Mérovingiens étaient coquets et aimaient à porter des cheveux rouges, môme quand la nature ne leur en avait pas donné de semblables'. Pince à épiler et pinceau se terminaient par un petit anneau qui permettait de les suspendre. On les attachait à la ceinture avec d'autres objets de toilette : cure-dents, cure-oreilles, petite cuiller percée de trous et servant à brûler des parfums*. N'était-ce pas aussi la destination de cette pipe que l'on a trouvée dans une des tombes, comme on en a découvert un grand nombre au milieu de ruines romaines ' ?
Tels sont les renseignements que cette trouvaille archéologique d'avril 1896 nous donne sur les coutumes des anciens habitants de Nancy. Mais avonsnous le droit de parler, pour cette époque reculée, d'une localité nommée Nancy? Ces morts dormant dans le cimetière du Vieil-Aître sont-ils vraiment des Nancéiens ? Un document sûr, qui n'est pas une chronique ni un diplôme, nous permet d'affirmer que Nancy existait à l'époque mérovingienne, et, dès lors, rien ne nous défend de croire que nous avons retrouvé ici les squelettes de lointains ancêtres. Ce document, fort petit, qui pèse 1^,11, est un (riens, c'est-à-dire un tiers de sou en or de Tépoque mérovingienne. Ce (riens faisait
partie de la collection Ponton d'Amécourt, et il est entré avec elle dans le cabinet des médailles de la BibHothèque nationale. On ignore où il a été trouvé; mais il représente au droit un buste diadème avec
MONNAIE MÉROVINGIENNE ^^ ,, *, , i- ii X' 4 NTr^l 4 ^>./^
celte légende très hsible : NANCIACO, et, au revers, une croix sur deux degrés avec cette légende : MEDOALD. Médoald est le fabricant, le monétaire qui a frappé à Nanciacus le Iriens dont un unique exemplaire subsiste ♦.
Il ne faudrait pas conclure, de ce que l'on a fabricjué à Nancy de la monnaie d'or à l'époque mérovingienne, que Nancy était alors une grande ville.
1. Cette coutume est attestée sûrement des Germains. Ammiex Marcellipc, XX VII, i, 2.
a. LiNDENsciiMiT, Hnndbuch der deufschen Altertumsitande, l. I, Braunsclnveûj, 1880. Nous aous sommes beaucoup servi de cet excellent ouvrage.
3. De semblables pipes ont été signalées par Prost dans le Bulletin de In Société des Antiquaires» 1874, p. 69, et BiRNBAUM, Les Musées d'Arlon, 1899, p. la. Cf. Spire Blondel, Le Livre des J'utneurs et des priseurs, Paris, Laurens, 1890. — Tous les objets trouvés au cimetière du Vicil-Aître ont été réunis au Musée lorrain dans une vitrine spéciale, fort bien arrangée par le conservateur, M. Lucien Wiener.
4. Ponton d'Amkcourt, Kjccursions nutnismafiqucs dans In Bounjoijne au VU* siècle et sur les frontières de l'Austrasie dans V Annuaire de la Société française de namisniatiçae, t. I, iSGG, p. i53, cl pi. VIII, up 81. — Marciial, Conjectures sur l'origine du castrum Nanceiacum (;V. S. A, L., 18O9, p. i4, lig.)' — Blanohet, Nouveau manuel de numismatique , Paris, 1890, t. I, p. 77. — E>GtL et Serrure, Traité de numismatique du moyen âge, t. I, p. 137. — A. de Barthélémy, Instructions, p. 4'- — Maurice Prou, Lfs Monnaies mérovingiennes, p. 2i3, pi. XVI, n* 9.
LA MONNAIE ." NANCIACO. I9
En eflet, à partir du vi® siècle, les ateliers monétaires des Mérovingiens se multiplient ; on a trouvé près de 800 noms de lieux sur les monnaies de celte époque', et quelques-unes de ces localités sont fort petites. Beaucoup de ces noms même n'ont pas pu être identifiés. Dans la cité de Toul, qui est devenue le diocèse ecclésiastique de Toul, des monnaies ont été frappées à Toul, et dans les anciens centras romains. Grand, Naix, Scarpone ; mais aussi à Sorcy, à Void, à Vandœuvre, aux portes de Nancy*. On a supposé que les hommes chargés de percevoir l'impôt royal recevaient en paiement toutes sortes de monnaies étrangères ou anciennes, ou des lingots au poids. Ils auraient fondu ces pièces ou ces métaux, monnayé sur place de nouvelles espèces et envoyé, sous cette forme, à la cour le produit de leurs recettes. Les pièces nouvelles portaient leur signature comme garantie du poids et du titre, et le nom de lieu pour indiquer Torigine du revenu'. D'après cette hypothèse, Médoald aurait levé Timpot à Nanciacus et frappé avec le produit de cet impôt les iriens, dont un échantillon est parvenu jusqu'à nous.
Pour la première fois apparaît ainsi — sur une petite pièce de monnaie — le nom de Nanciacus^, Mais, avant d'être inscrit sur ce document, il avait été prononcé des milliers et des milliers de fois par les hommes. 11 appartient pour le moins à la période romaine. Suivant l'ingénieux système développé par M. d'Arbois de Jubainville, tous les noms de lieux en iacns proviennent du nom d'une famille romaine et désignent une grande propriété, xxnfundus, appartenant à cette famille 5. Victoriacus est la propriété de la (/ens Victoria et ce nom, se transformîint de façons diverses selon les degrés de latitude et de longitude, nous a donné Vitrac, Vitrée, Vitré, Vitrey, Vitry^. Nanciacus est de même la propriété d'un Gallo-Romain du nom de Nantius'^. Mais, comme incontestablement la terminaison iacns sei*vant à désigner les noms de lieux
1. Engel cl Serrure, Traité^ t. I, p. Sy. a. Maurice Prou, o. /., pp. aii-ai6.
3. Charles Robert, Considérations sur la numismatique romane, Metz, i85i, in-8. Cf. Engel el Serrure, /. c.
4. Les plus anciens éditeurs du poète Fortunat ont lu le nom de Nanciacus ou Nanciacum dans l'une des pièces les plus curieuses du poète (livre VI, pièce 8). C'est celle où il raconte l'un de ses voyages sur la Moselle. Un jour que le poète était venu à Metz, un cuisinier du roi lui enlève son bateau et les hommes qui le devaient conduire. L'cvèque Villlcus lui offre alors une petite nacelle ; mais celle-ci fait eau de toutes parts. L'onde lèche les pieds de Fortunat ; il a beau lui dire : v Cesse tes services, je ne veux pas me laver les pieds en ce moment », elle continue de le mouiller. On arrive enfin à une villa rovale :
Nauriacum veniens refero mea iristia régi.
Là Fortunat est obligé de s'arrêter, faute de barque. Les repas n'y sont pas somptueux ; le vin n'y est pas à discrétion ; car on est au milieu de la campagne ; mais l'amitié relève ces présents modestes. — Or, les premiers éditeurs avaient lu comme nom de la villa royale Nanciacum et avaient supposé que le {)Oèle avait remonté la Moselle, puis la Mcurlhc ; mais il faut lire Nauriacum ou plutôt iMuriacum, sans doute Lorry-lès-Metz. Voir l'édition de Léo (Pertz, Scriptores, in-4S Auctores antiquissimi, p. i/|8).
5. Cette thèse est développée dans l'ouvrage : Recherches sur C origine de la propriété foncière et des noms de lieux habités en France, Paris, Thoriii, 1890.
6. Nous avons ainsi Vitrey au canton de Vézelisc ; Vitry, au canton de Thionrille, dans la Moselle.
7. On trouve le nom de Nanti au génitif, dans deux inscriptions romaines de Bordeaux. (Camille JuLLiAiv, Inscriptions de Bordeaux, n®* aog et 277.)
est celtique; comme, d'autre part, un radical celtique se cache dans le nom de NantiuSj nous pouvons remonter encore plus haut et attribuera la période gauloise la formation du nom de Nanciacus. M. d'Arbois de Jubainville est resté en route, parce qu'il est convaincu que les Gaulois ne connaissaient pas la propriété individuelle, et que seuls les Romains ont divisé le sol de la Gaule enfundi : nous sommes plus audacieux, puisque nous pensons que les Gaulois avaient déjà des terres propres et des champs dont les limites étaient nettement fixées'.
Quelle est, au demeurant, la racine celtique contenue dans ce nom propre d'homme, Nant, ou, sous sa forme romanisée, Nantius? Les savants discuteront sans doute lonqtemps encore. M. d'Arbois de Jubainville rattache le mot î\ la racine qui a donné au vieil irlandais le substantif neil nanti, combat, blessure; le nom éveillerait Tidée de valeureux, courageux*; il serait proche j)arenl du nom germfinique NantechiMe porté par une feinine de Dagobert V'K
Quelques énidits, au lieu de voir dans le radical Nant un nom propre d'homme, en font un nom commun; ce mot, qui se retrouve dans Nanteuil, Nnnçois-Ie-Grand , Nançois-le^Petit, signifierait « un lieu où beaucoup d'eau se rassemble •♦ », ou bien « une vallée^ », ou d'une fiiçon plus précise a un ruisseau, ini ravin arrosé^' » ou encore « un marécage », et à ce propos on rappelle la légende du marais qui rouvrait la j)lace de la (barrière et que venaient battre les femmes de Laxou lors de la nuit de noces des princes lorrains?. D'autres hypothèses j)lus extraordinaires ont été proposées*; les énidits, quand ils quittent le terrain sûr des documents, ne reculent parfois devant aucune fantaisie.
Nous avouerons, pour notre part, que nous ignorons le sens exact du mol Nanciacus ; mais sans aucun doute ce nom est d'origine celtique et remonte à une période antérieure à la domination romaine. Suivant les règles de lu
1. Cf. FrsTEL i>E Coli.an(;e.s, Le Problème des origines fie Ifi propriété foncière dans la Hevue des questions historiques, avril i88(j.