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LE HOl CHARLES VU EN LORRAINE. Skj
Messins; mais il négligea de les payer. Les habitants de Metz se remboursèrent d'une singulière façon. Un pèlerinage attirait les Lorrains en foule à la Commanderie Saint-Antoine de Pont-à-Mousson. La duchesse Isabelle voulut à son tour s'y rendre et se fit précéder de ses bagages. Les Messins prévenus s'embusquèrent sur la route, enlevèrent les bagages, et, malgré toutes les réclamations de René, refusèrent de rendre les robes et les joyaux. Isabelle, exaspérée, décida son mari à faire la guerre aux Messins et celui-ci invita le roi de France à unir ses forces aux siennes *.
Charles VII saisit cette occasion avec empressement. La trêve qu'il avait signée avec le roi d'Angleterre rendait libres toutes les compagnies de routiers et d'écorcheurs qu'il avait réunies ; il craignait que ces soldats ne se jetassent sur le royaume et ne vécussent à ses dépens. Il valait mieux les conduire hors des frontières. Ace moment aussi, les ducs d'Autriche demandaient secours au roi contre les cantons suisses; Charles VII confia une partie des routiers au dauphin Louis, qui les devait mener en Suisse; luimême se mit à la tête des autres et les emmena en Lorraine, pour faire la guerre aux Messins. Avait-il encore d'autres desseins en venant dans nos
pays? Voulait-il unir d'une façon plus étroite les Trois-Evêchés à la France, conquérir Metz, Toul et Verdun et répandre dans la Lorraine entière l'influence française? Songeait-il que les limites de l'ancienne Gaule s'étendaient jusqu'au Rhin ? Il y a certainement songé ; et nous croyons avec un écrivain allemand' qu'il a eu le désir du Rhin (Jiheingelusf), Mais ce désir était vague ; il ne venait qu'en seconde ligne ; avant tout, il s'agissait de débarrasser le royaume français des écorchcurs î.
Au mois d'août i444) le roi de France partit de Langres avec René. Il passa avec son année tout près de Domremy *, la patrie de l'héroïque Pucelle à laquelle il devait, pour une partie du moins, la délivrance de son royaume. Eut-il à ce moment (pielque remords d'avoir ahaiuloiiné la jeune fille prisonnière des Anglais? Songea-t-il à effacer le procès d'inicjuité par un procès de réhabilitation? De Domremv, Charles VII continua à s'avancer en Lorraine. Les habitants d'Epinal, opprimés depuis longtemps par les évé(|ues de Metz, leurs seigneurs, résolurent de secouer le joug, en se donnant au roi
1. De Saulcy et Huguemn aîné, Relation du siège de Metz en i444- Metz, i835, p. 50 et ss. Cette scène se passe au début de mai ; Isabelle se rendit ensuite à Angers où elle assista aux flnnçailles de sa fille (Lecoy de la Marche, p. a3a) ; là elle décida son mari à venger ralTront qu'on lui avait fail.
r». Jaxsse^n, Frankreichs Rheingelànte und deutsch feindliche Politik in frdharen Jahrhunderten. Fribourg-en-Brisgau, i883.
3. M. Leroux, Nouvelles recherches critiques sur les relations de la France auec rAllemagne, p. a^a, a soutenu une autre thèse; il a prétendu d'abord que Charles VII ne cherchait pas à se débarrasser des écorcheurs, puisqu'il songeait en ce moment ù faire une expédition en Italie et que le duc de Bourgogne intriguait contre lui. Il a aflirmé ensuite que Charles VII ne voulait conquérir aucune parcelle des Trois-Évèchés pour lui*mème, mais créer entre la Bourgogne et les Pays-Bas un fort royaume lorrain. Mais pourquoi dès lors n'a-l-il pas livré Epinal à la Lorraine et a-t-il exigé des droits de sauvegarde pour lui des habitants de Toul et de Verdun ? Les faits me semblent donner tort à M. Leroux.
4. Du Fresnk de Beaucourt, Histoire de Charles VU, t. IV, p. ^g»
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de France. Le 4 septembre, ils jurèrent devant l'autel de l'église SaîntrGoén, en présence de Pierre de Brézé, lieutenant de Charles, de rester « bons el loyaux et vrais obéissans sujets au roy de France, comme ses propres hommes et ses bonnes villes ». Le 1 1 septembre, Charles VII fît son entrée à Epinal au son des cloches, déclara la ville réunie à la couronne de France et conFirma les privilèges de ses habitants ^ Après Vaucouleurs, Épinal fut la première ville de la région lorraine annexée directement à la France. Charles Vil s'arrêta quelques jours dans sa nouvelle conquête, puis arriva à Saint^Nicolasde-Port, dont il visita avec dévotion l'église et les saints reliquaires. U se fil raconter les beaux miracles dont le sanctuaire avait été le théâtre. En considération de saint Nicolas, il confirma tous les privilèges du bourg et prit les habitants sous sa particulière sauvegarde, les recommandant d'une façon spéciale à ses baillis de Vitry et de Chaumont *. Le 20 septembre, Charles VII faisait son entrée à Nancy ; on lui avait préparé un somptueux logement, sans doute non loin du palais ducal ^ : et, de Nancy, comme quartier général, il s'apprêta à faire le siège de Metz, en même temps qu'il envoya un héraut aux habitants de Toul et de Verdun, pour les inviter à se soumettre à son autorité ♦.
La ville de Metz, menacée, prit ses mesures. Elle fît alors ce qu'un peu plus d'un siècle après devait faire de nouveau le duc de Guise ; elle rasa toutes les églises, toutes les maisons qui pouvaient gêner la défense. Les églises Saint^Tliiébaut et Saint-Symphorien, d'autres encore disparurent à ce moment. Le magistrat fît couper les arbres, dévaster les jardins aux environs de la place ; il fît réparer les murs, creuser les fossés plus profondément ; on construisit des boulevards devant le pont des Morts, et devant la porte Serpenoise. Cependant, les troupes françaises se présentèrent et pillèrent les environs de la ville; Ancy, Corny, Bomy furent livrées aux flammes. Les habitants de tous ces villages avaient d'ailleurs pris soin de se sauver et avaient cherché un refuge derrière les remparts de Metz ^,
Pendant qu'on se préparait ainsi à faire ou à repousser l'attaque, des pourparlers étaient engagés. De Nancy, Charles VII avait envoyé un messager à Metz et avait sommé les habitants de lui adresser une députation. Les Treize, (]ui gouvernaient la cité^ désignèrent cinq délégués, à la tête desquek se trouvait le chevalier Nicolas Louve. Arrivés à Nancy le 28 septembre, ceux-ci
1. Ordonnances des rois de France, t. XllI, p. 4oS; Duhamel, Négociationt de Charleg VII tt de Louis XI avec les éuéqaes de Metz pour la chàtellenie d Épinal dans les Documents uùiits pour l'histoire des Vosges, 1867, p. 97-98.
2. Ordonnances des rois de France, t. XIII, p. 4 10. Les lettres sont datées de Nancy, damois àe septembre. Il rappelle la grande dévotion a que plusieurs nos prédécesseurs et progeniteurs y oat eue et continuée ». Il fait ici allusion au raisseau d'argent que Louis IX arait enToyée à Vi^fat de Saint-Nicolas, en exécution d'un vœu.
3. Du récit de Guillaume Leskur, cité plus loin, il résulte que ce logement n'était pas au paUif ducal.
4. Roussel, Histoire de Verdun, nouvelle édition, t. II. Preuves, p. xl; Bbnoit Picjoit, Bistoirt
de Toul, p. 538.
5. 1)k Sallct el HLtiLL.NLN aîné, o. /., p. 74 et ss. ; Du Fres.ne de Beàvcourt, t« IV, p. 5s«S3.
LE SIÈGE DE METZ DE l444« ^21
furent aussitôt introduits auprès du roi de France, et ils se plaignirent avec amertume de l'agression dont ils étaient l'objet, eux qui n'avaient jamais rien fait de préjudiciable à la couronne de France, mais qui avaient toujours pris le parti du roi contre le duc de Bourgogne. Jean Raboteau, président au Parlement de Paris, fut chargé de leur répondre. Il prétendit que Metz, comme l'apprennent les anciennes histoires, avait toujours dépendu du royaume de France ; que les habitants eux-mêmes s'étaient prévalus de cette autorité, toutes les fois que l'empereur d'Allemagne voulait les contraindre à lui obéir ; ils ne se disaient sujets de l'empereur que lorsque les rois de France leur réclamaient obéissance. Nicolas Louve essaya de se justifier de ce reproche et il termina par ces paroles énergiques : « Nous vous faisons savoir, pour et au nom de la cité, que nous aimerions mieux tous mourir plutôt qu'il nous fût reproché d'avoir renié une fois le grand aigle qui est l'empereur de Rome'. » Jean Raboteau rendit alors les Messins responsables du sang qui serait versé et de la misère du pauvre peuple. Malgré cette fière attitude des députés, le roi Charles VII les traita avec beaucoup de courtoisie ; il leur fit servir, pour leur souper, les mets de sa propre table ; il ordonna qu'on eût pour eux les plus grands égards ; et, le lendemain, il les fit reconduire depuis Nancy jusqu'aux frontières du pays messin.
La guerre continua par suite tout l'hiver (septembre i444 à janvier i445)- Ce ne fut pas une guerre en règle ; il n'y eut pas autour de Metz de blocus régulier. Mais ce furent des escarmouches quotidiennes ; ce furent surtout des pilleries et voleries continuelles. Beaucoup d'écorcheurs et de Messins périrent dans ces luttes. De part et d'autre, on se montrait sans pitié ; les prisonniers étaient brûlés ou pendus sans miséricorde. On leur infligeait souvent les plus ignominieuses tortures. Un jour, les routiers avaient pris près de Magny cinq hommes d'armes de Metz ; ils leur percèrent la gorge, et, passant une corde par ces horribles ouvertures, ils les attachèrent tous cinq à un même arbre'; un autre jour, les Messins, dans une sortie, mirent le feu à l'église de Châtel-Saint-Germain, où fut brûlé, avec des écorcheurs, le curé de Saint-Privat ^ Les habitants du Barrois et de la Lorraine venaient souvent aider les routiers dans leur œuvre de pillage ; en octobre, ils vendangèrent les vignes des malheureux enfermés dans Metz.
En janvier et en février i445> on négocia à Pont-à-Mousson, à Ars-sur- Moselle, à Nancy. Le traité final fut solennellement promulgué à Nancy le 28 février ♦. Il laissait les choses dans le statu quo. Charles VII proclamait simplement que « bonne paix, traictée et accord seroit doresnavant entre nous et noz royaume, vassaulx, subgets, aidaus et servans, d'une part.
I. De Saulct et Huguexin, pp. 107 et 198. Le dernier passage est extrait d*iin manuscrit de Vigneulles.
a. Chronique de Piiaillo?(, chez De Saulcy et Huguenin, p. a44>