‹ Histoire de NancyChapitre 294 sur 642 · LE SIRE JACQUES DE LALAING · texte numérisé non relu

LE SIRE JACQUES DE LALAING

poète Charles d'Orléans, « tout gris vieillard ». Chacune voulait faire de Jacques de Lalaing son champion, et lui envoya en secret des trophées, la première « une très riche guimple, toute bordée et garnie de perles » pour être placée au-dessus du heaume ; l'autre « une moult riche manche » qu'il portait à son bras gauche, et « où pardessus avoit grand foison de perles et pierres ». Et Lalaing, après avoir désarçonné ses adversaires ou rompu ses lances contre leurs armures, se trouvait le soir à la table du duc entre les deux princesses; et l'une, très secrètement, « luy donna un très riche diamant, et pareillement en fit la seconde d'un moult bel rubis assis en un anncl d'or ' ». Le champion, suivant l'usage de l'époque, accepta et son biographe lui fait honneur de ces présents, donnés par de si nobles et de si mignonnes mains. Pourtant n'allez pas croire qu'à Nancy le jeune chevalier succomba à la tentation ; après avoir eu le talent de louvoyer entre les deux princesses, il eut 'a force de ne pas se rendre à leur grâce séduisante. Chaque matin avant de partir de son logis, il faisait chanter messe, adressant prière à Dieu et à la Vierge sa mère qu'ils le voulussent garder de faillir ; et le soir, avant de se coucher, il se confessait bien sincèrement de ses moindres peccadilles. Un "irt innocent et rémunérateur entre deux prières.

Ainsi, selon l'expression du chroniqueur Olivier de la Marche, à Nancy * de plus en plus croissait la fêle, la joute et la pompe ^ ». Pendant ce séjour de la cour, deux importants mariages furent célébrés dans notre ville et Iwrent le prétexte de ces fêtes. Le comte de Vaudémont, Antoine, avait, après de longues négociations, après de nombreuses sentences d'arbitrage, renoncé i ses prétentions sur la succession du duché de Lorraine ; mais il avait été décidé que son fils aîné Ferri épouserait Yolande, fille aînée du roi René et d'Isabelle '• De cette union devait naître le jeune René II, le héros de la Guerre contre Charles le Téméraire. Puis eut lieu la cérémonie du mariage de Marguerite, seconde fille du roi René, avec le roi d'Angleterre, Henri VI. (^îous avons précédemment parlé des fiançailles célébrées à Saint-Martin de Tours.) Le marquis de Suflblk vint à Nancy épouser au nom de son maître la fiancée royale ; il était entouré d'un brillant cortège de dames et de seigneurs parmi lesquels on remarquait le comte de Salisbury, Talbot, comte de Shrewsbury, une foule de chevaliers et d'écuyers ; i8o valets étaient au service de l'ambassadeur^. Le mariage fut bénit à l'église Saint-Georges par l'évêque de Toul, Louis d'Haraucourt, et, après plusieurs journées de divertissements, le comte de SufTolk emmena la jeune épouse. Charles VII Taccompsigna jusqu'à deux lieues de Nancy, et René la suivit jusqu'à Bar-le- D^ic. On raconte que la princesse, au moment de se séparer de sa famille,

!• le Livre des faits, l. L, p. 63. Sur Jacques de Lalaing qui fut la personnification des chevaliers de Tépoque, cf. Paul Frédéricq, Essai sur le rôle politique et social des ducs de Bourgogne dfuii les Pays-Bas, Gand, 1875, p. m.

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