Édition citée, t. 11, pp. 5^-6o
3< Lbcot db la Marche, t. I, p. a38.
4< I)u Frksivb db Bbaocoort, t. IV, p. 92. II n'est pourtant pas absolument sur que Talbot soit ^eou jusqu'à Nancy.
versa des larmes abondantes; à peine pouvait-elle parler, étouffée par les sanglots '. Marguerite avait-elle le pressentiment de tous les maux qui l'attendaient au delà du détroit? Peut-être. En tous cas, cette fille de René, cette Lorraine née tout près de Nancy, deviendra l'une des femmes les plus illustres qui aient jamais existé ; dans la guerre des Deux-Roses, elle fera preuve d'un courage tout viril, au milieu des plus terribles désastres*; et elle est destinée à devenir plus tard l'héroïne des drames historiques de Shakespeare.
Mais ce long séjour de la cour à Nancy ne s'était pas écoulé exclusivement en fêtes et en plaisirs ; Charles VII travailla aussi beaucoup dans notre ville. Il entama d'abord de longues et profitables négociations avec les princes allemands. A Nancy vint, à diverses reprises, l'archevêque de Trêves, Jacques de Sierck^ Il lia amitié avec le roi de France. Louis de Bavière, comte palatin du Rhin, l'archevikiue de Cologne, Frédéric et Guillaume, ducs de Saxe, Gérard, duc de Juliers, se déclarèrent à cette époque partisans du roi, prêts à marcher avec lui, sauf contre le pape et l'empereur^ Charles Vil forma ainsi à Nancy une véritable ligue du Rhin, exerçant déjà sur les princes allemands la même influence qu'eurent plus tard Louis XIV et Napoléon I*'. La venue de ces souverains ou de leurs ambassadeurs à Nancy acheva de donner à notre ville une animation tout à fait extraordinaire.
Le roi de France surveilla aussi de notre cité l'administration de son royaume, et l'un des actes les plus importants de son règne est daté de Nanc}'. Quand les écorcheurs furent revenus de Metz, le connétable de Richemont les passa en revue, licencia les plus mauvais ou ceux qui étaient le plus mal montés; il garda les autres et les répartit en i5 compagnies de cavalerie de loo lances. Une ordonnance royale approuva cette formation de i5 compagnies d'élite, qu'on ap;)ellera plus tard les compagnies d'ordonnance. Noyau de la cavalerie française, elles deviendront, par la force des choses, permanentes ^ N'est-ce pas un fait remarquable qu'à Nancy se soit formée Fannée française, qu'à Nancy clic ait reçu sa charte constitutionnelle à une époque où la Lorraine suivait encore ses propres destinées ? Et aujourd'hui que Nancy, partie intégrante du territoire français, abrite ce qu'il y a de plus distingué dans la nouvelle année française, ses corps d'élite par excellence, il nousjrfait de ra[)peler (ce que les historiens n'ont pas mis assez en lumière à notre gré) que Nancy a été, sous Charles VII, le berceau de l'armée française.
Charles VII passa ainsi sept mois à Nancy, au milieu des plaisirs et des affaires. Une triste nouvelle le décida à quitter cette ville. La fille aînée du ri)i.