‹ Histoire de NancyChapitre 335 sur 642 · TRAITE ENTRE RENE II ET CHARLES LE TEMERAIRE · texte numérisé non relu

TRAITE ENTRE RENE II ET CHARLES LE TEMERAIRE

à un traité signé le i5 octobre 1^73 '. Les deux princes promirent de vivre ensemble en bonne amitié et intelligence, de ne conclure aucune alliance avec le roi de France qui fût au préjudice l'un de Fautre. Libre passage fut accordé à chacun d'eux à travers les terres de l'autre, à condition qu'on paierait raisonnablement ce qu'on prendrait. Si, à l'occasion de ce traité, le roi de France endommageait la Lorraine, le duc de Bourgogne lui viendrait aussitôt en aide. Des nobles lorrains devaient être garants de l'exécution de ces engagements. Et, en fait, le i8 novembre, quatre-vingt-quatre gentilshommes, la fleur de la noblesse, déclarèrent « entretenir, en tant qu'en eux serait, le passage, l'intelligence et autres points déclarés », et scellèrent l'acte de leurs sceaux*. On décida en même temps de permettre au duc de Bourgogne d'occuper un certain nombre de places lorraines. Ce furent Darney, dans la vallée de la Saône; Dompaire, près de Neufchâteau; Épinal et Charmes, qui dominaient le cours de la Moselle ; le château d'Amance, au nord de Nancy '. Peu après Dompaire et Amance furent remplacées par Neufchâteau et Prény. Deux fonctionnaires bourguignons, Régnier de Manselle, gouverneur de Nimègue, et Antoine Gîrart, maître des requêtes de l'hôtel, furent chargés de recevoir serment de fidélité des gouverneurs de ces places. Ceux-ci jurèrent de ne recevoir d'autres ordres que ceux du duc de Bourgogne*. Une grande route militaire coupait désormais en deux le duché, qui était livré à la discrétion du Téméraire. Il semblait que Charles allait ajouter à ce succès diplomatique un véritable triomphe. Frédéric III promit que les États bourguignons seraient érigés en royaume, qu'on y ajouterait les duchés de Lorraine, de Savoie et de Clèves, les régales des évêchés de Liège, Utrecht, Toul, Metz et Verdun. Ce nouveau royaume devait être fief d'Empire comme la Hongrie ou la Pologne. On parlait déjà de fixer le jour du couronnement à Trêves. Mais bientôt II y eut un revirement. L'Empereur, encouragé par ses conseillers, se montra plus froid et, toutes les fois que Charles l'entretint du sacre, il observa une prudente réserve. Finalement, le 25 novembre, à l'aube naissante, il s'embarqua sur la Moselle et une petite péniche le conduisit en toute hâte à Coblence. Il avait, du reste, oublié de régler ses dettes 5.

I. Le traité a été publié par Hugubnin, Histoire de la guerre de Lorraine et du siège de Nancy, p. 343. L'original s'en trouve aux archives de la Côte-d'Or, B, .11920. l\ a été signalé par d'Arbaumont. Étude de sigillographie nobiliaire (Lorraine, XV^ siècle), dans la Revue nobiliaire, i863-i864, p. 337.

3. Toutes les signatures de l'acte et les sceaux décrits par d'Arbaumokt, /. /.

3. Nous empruntons la liste de ces places, que ne donne pas M. d'Arbaumont, à Gachard dans son édition de V Histoire des ducs de Bourgogne, de de Barante. Bruxelles, i838, in-4) note 708. L'auteur de la Chronique de Lorraine place à tort ce traité après l'arrivée de Charles le Téméraire à Nancy.

4. Hugo, Vie de René II, ms. BibL de Nancy, n® 792 (88), p. 168 ; Wh-te, Lothringen und Burtjund dans le /. G. L. G*, t. Il, pp. 3o-3i. Les chartes contenant les serments, archives de la Gôled'Or, B, 11920. — Le dernier novembre ik'fli René II, par lettres datées de V^ézelise, envoie à René et André de Haraucourt, seigneurs de Brandebourg, ordre de remettre la place de Darney à Régnier de Manselle et Antoine Girart, doyen de Péronne. Bibl. nationale, Collection de Lorraine, d9 11, f^ a.

5. De Barante, Histoire des ducs de Bourgogne, éd. de iSSg, t. IX, p. SSg et ss., a dramatisé ce (ait, en s'appuyant sur des chroniqueurs mai informés. Selon lui, la cérémonie du sacre était fixée au 25 novembre ; et l'intérieur de l'église Saint-Maximin était déjà paré pour la cérémonie, lorsque l'Empereur se décida à quitter subrepticement Trêves. La vérité a été établie par LiNDifBR, Die Zusammenkunfl Kaiser Friedrich mit Karl dem K&hnen von Burgund im Jahre /47«?

Par cette fuite précipitée, le Téméraire vit s'écrouler ses vœux et il ne put que quitter Trêves à son tour fort déconfit. Pour se consoler, pour se créer une occupation, il ramena dans la Chartreuse, qu'il venait de fonder aux portes de Dijon, le corps de son père, Philippe le Bon, déposé à Saint- Donat de Bruges, et celui de sa mère, Isabelle de Portugal, enterrée dans un couvent, près d'Arras. Il prit son chemin par la Lorraine. Après avoir séjourné à Thionville, il vint coucher le 1 1 décembre à Sainte-Marie-aux-Chénej$, près de Metz'; le 12, il était à Chambley*; le i3, au château de Pîerrefort*>. Ce vieux manoir féodal, dont il ne reste aujourd'hui que des débris, avait jadis été tenu en fief par Jean de Nassau, seigneur du Château-Bas de Commercy*; et avec Commercy il avait passé à Nicolas de Montfort, comte de ("ampo-Basso ^ Nous soupçonnons même qu'à ce moment Campo^Basso prit du service dans les rangs bourguignons et s'engagea à lever pour Charles quelques compagnies en Italie. Le Téméraire se reposa à Pierrefort le i4; puis, poursuivant sa route, il coucha le i5 à Frouard^. A Nancy, le duc avait préparé à son allié une magnifique réception. Le 16 au matin, il alla au-devant de lui jusqu'au pied de la hauteur où s'élevait l'abbaye de Bouxières, et lui fit les plus grandes démonstrations d'amitié. Les deux princes entrèrent ensemble à Nancy par la porte de la CrafTe, « devisant du temps passé comme de celui du présent 7 ». C'était une magnifique journée pour la saison et un soleil hivernal brillant faisait valoir l'éclat des somptueux costumes. René II offrit à Charles l'hospitalité dans son palais; mais le Téméraire refusa et s'en alla loger dans la maison de Vautrin Malhôte, alors receveur de Lorraine ; financier enrichi par des moyens qui n'avaient pas toujours été honnêtes. Malhôte déployait un très grand luxe^. On installa la suite du duc de Bourgogne aussi bien qu'on put. René II eut pour son hôte les plus grands égards. Pendant les deux jours que le Téméraire passa à Nancv, (16-17 décembre), il alla à son lever et l'accompagna à la messe, à la collégiale Saint-( jeorges. Il le reçut aussi à sa table ^. On était alors tout à la

lu Trier. Dissertation de (ireifswald, 187G. Cf. Hachmami, Deutsche Heicfugeschichte im Zeitalter tYiedrichs III und Maximiliun /, Leipzig, 1884.

1. Autrefois canton de Hricy, maintenant réunie k 1* Alsace-Lorraine.

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