PRISE DE CHARMES
eu passant du Barrois, sous prétexte que ce duché avait été confisqué sur le vieux René. La troupe envoyée au secours du duc de Lorraine servit à le dépouiller de son héritage.
Tandis que Louis XI s'emparait d'un duché, Charles achevait de prendre Tautre à René. Le 4 octobre, il fut au village d'Haussonville ; le 5, il emporta sans coup férir Bayon. Près de Bayon se dresse le château de Saint- Germain ; il fut pris d'assaut, brûlé et démoli ; les Suisses qui le gardaient furent pendus'. La guerre se faisait de plus en plus implacable. Le 7, le duc de Bourgogne vint assiéger Charmes. Jean Wisse avait fait espérer à la garnison qu'elle serait secourue des Français; aussi s'était-elle mise en défense, et cependant les Français lui tournaient le dos ! Charmes ne réussit qu'à attirer sur elle les colères du Bourguignon. Les soldats furent tous pendus avec leur commandant, le petit Picard. 24 Gascons furent attachés à un même saule, et l'arbre s'appela encore longtemps après : le saule des Gascons'. En l'absence de bourreau, l'on condamna le page d'un capitaine nommé Jean de La Barre à pendre ses compagnons, lui promettant la vie sauve. Il en avait déjà exécuté six dont son maître, lorsque le bourreau survint; celui-ci acheva la lugubre besogne, sans épargner le page! On pendit jusqu'à minuit à la lueur des torches ^ La ville de Charmes fut pillée et ses habitants prisonniers durent se racheter contre une forte rançon. Chose triste à dire! les habitants de Châtel, rivaux de ceux de Charmes, et qui, à la suite de ces événements, s'étaient empressés de rappeler Henri de Neuchâtel, fils du maréchal^ de Bourgogne, se montrèrent les plus acharnés contre leurs voisins ; il fallut une file de chariots pour transporter le butin dans leur ville; ils emmenèrent même les cloches de l'église 5.
Le 9 octobre, Charles quittait Charmes où il avait semé tant de ruines, et, le 10, il vint devant Dompierre-sur-Durbion,^. La petite ville, effrayée, se rendit sans résistance ; néanmoins, elle fut pillée et brûlée, et, à défaut de gens de guerre, les manants furent déclarés prisonniers. Un bourgeois, Nicolas Philippe, qui avait perdu tous ses biens, fut, malgré sa détresse, condamné à une rançon de 4oo florins. Un détachement de troupes alla saccager Bruyères. Pour éviter le même sort, les villes d'Arches, Remiremont, Saint-Dié, Lamarche s'empressèrent d'envoyer leur soumission 7.