‹ Histoire de NancyChapitre 353 sur 642 · MoLiNET, Chronique, t. I, p · texte numérisé non relu

MoLiNET, Chronique, t. I, p

EXPLOITS DE NICOLAS DES GHANDS-MOULLNS. 4^5

guerrier qui, attaqué, se défend*! Charles prévoyait du reste que le siège serait long, fertile en incidents. Cette journée même du 24 octobre avait été marquée par un curieux épisode. Un Italien, au service de la Bourgogne, avait fait prisonnier un Alsacien de la garnison de Nancy. Deux Picards veulent lui disputer cette proie ; et, tandis qu'ils s'injurient, l'Alsacien, fort et vigoureux, charge tout d'un coup l'Italien sur ses épaules, et, à la stupéfaction générale, réussit à gagner Nancy avec son fardeau*.

Le lendemain 25, Charles assit son camp autour de la ville. Il était descendu des hauteurs de Villers et de Laxou, et c'est de ce côté qu'il établit sa tente, près de la Commanderie Saint-Jean dont la vieille tour subsiste encore. Ses troupes s'installèrent dans les ruines des deux faubourgs de Saint- Thiébaut et de Saint-Nicolas, et enserrèrent toute la ville. Puis, elles commencèrent leurs lignes de circouvallation. Le travail des tranchées dura moins de huit jours'. Peut-être la garnison eût-elle pu davantage l'empêcher. Sans doute, les Gascons et les Alsaciens quittèrent souvent les remparts et allèrent provoquer les Bourguignons, soit d'un côté de la cité, soit de l'autre. Mais ce n'étaient là que des escarmouches isolées ; il n'y eut point de sortie d'ensemble. Le duc put établir ses troupes à son aise et recevoir du Luxembourg l'artillerie qui lui manquait. Cependant, au moins l'artillerie de Nancy ne cessait de tirer et faisait aux Bourguignons beaucoup de mal. a Maints en blessent et en tuent que en Flandres oncques ne retourneront », dit l'auteur de la Chronique lorraine. Surtout l'artillerie placée sur la grande tour en face de la Commanderie Saint-Jean faisait rage. Là se distinguait le fameux Nicolas, des Grands-Moulins. Quand le feu cessait, il chantait de joyeux refrains, en s'accompagnant de ses castagnettes, et les Bourguignons eux-mêmes s'arrêtaient à l'écouter. Le soir souvent, ils l'appelaient : « Hé, le chanteur, viens nous dire ta chanson ! » Et Nicolas ne se faisait pas prier ; il se mettait à une fenêtre de la tour et commençait son refrain et son jeu de castagnettes. Aussitôt on tirait sur lui des flèches nombreuses ; mais jamais on ne put l'atteindre. Elles restaient accrochées au mur ou tombaient inertes. On les ramassait le lendemain et on en formait des faisceaux. Le bombardier strasbourgeois, Jacquet d'Ay, qui parlait mal le français, avec un fort accent, proposait alors de les porter à Monsieur sainct Bachet ; il voulait dire « saint Sébastien », le saint qui avait été martyrisé à coups de flèches; mais cette mauvaise prononciation faisait beaucoup rire ses camarades welches^. Les Bourguignons arrivèrent pourtant à dresser contre la grande tour un courtois.

1 . « Pour response à ce «{uc le duc avoit mande à ceux de Nancy, le bastard de Lorraine envoya quatre gentilshommes allemans vers mondit seigneur, {K)ur faire leurs excuses. » (Moumet, t. I, p. 176.) On devine pourquoi le chroniqueur insiste. Molinet cherche à excuser le duc de Bourgogne d'avoir conquis la Lorraine, malgré la trêve de Soleuvre.

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