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CHAPITRE XIV

Reprise de Nancy par le duc René II (1476).

5 I. Charles le Téméraire part de Nancy pour marcher contre les Suisses. — Bataille de Grandson, — Émotion en Lorraine, — La Lorraine allemande se soulève. — Prise par les Lorrains de Vaudémont et des places voisines. — Nancy menacée par les Lorrains. — Jean de Rubempré prend des mesures de défense. — René H à Lyon.

— // lève une troupe pour marcher contre le Téméraire. — Il traverse en secret la Lorraine. — La scène de l'église Saint'Nicolas. — La bataille de Morat. — La Lor» raine se soulève. — Les Bourguignons bloqués dans Nancy. — Varin Doron chasse les Bourguignons de Bruyères. — Prise de Mirecourt, de Bayon, de Lunéville. — Nancy assiégée par les Lorrains. — Épinal se rend à René IL — Levée du siège de Nancy.

S II. René II fait reprendre le siège. — Tergiversations de Campo^Basso. — Lenteurs de René II. — Nouvelle de l'approche du Téméraire. — Famine dans Nancy. — ^oifvaises dispositions des habitants pour les Bourguignons. — Révolte des Anglais de la garnison. — Capitulation de la ville.

§ III. Entrée de René II à Nancy. — Approche du duc de Bourgogne. — L'épisode de Bulgnéville. — Charles le Téméraire et René II se disputent le cours de la Moselle.

— Les Alsaciens défaits à Condé. — Révolte des Alsaciens. — René II doit aban' donner Pont-à'Mousson. — Il passe la Moselle à Liverdun. — Conseil de guerre à Saint'Nicolas. — René II va chercher du secours en Suisse. — La famille Cachet de Raon.

Au moment où presque toute la noblesse de Lorraine s'était donnée à lui, le Téméraire pouvait croire que ses vœux étaient réalisés. La province lorraine, qu'il entendait bien garder, unissait les deux tronçons de ses États : les Pays- Bas d'une part, le comté et le duché de Bourgogne de l'autre. Le duc entrait à ce moment même en négociations avec le vieux roi René, et il espérait bien obtenir de lui la succession de Provence*. S'il réussissait, l'ancien royaume de Lorraine était ressuscité ; une bande presque continue unissait la mer du Nord à la Méditerranée, Rotterdam à Marseille. Le royaume de France était cerné sur toute son étendue et Louis XI ne pouvait communiquer avec le reste de l'Europe que par la mer. Pendant que ces pourparlers se poursuivaient.

I. I Le roy René de Cecille luy vouloit mettre son pays de Prouvence entre les mains. » (Cox- MiivEs, L II, p. 13, cl encore t. 11, p. iG.) Cf. A. Ldcot de la Marche, Le Roi René, 1. 1, pp. 4oo-4oi.

l^ltà HISTOIRE DE NANCY.

Charles le Téméraire songeait à marcher contre les Suisses. La trêve conclue avec eux venait d'expirer ; il fallait les forcer à rendre au comte de Romont le pays de Vaud et tirer d'eux, à cause de leurs bravades, une vengeance exemplaire. Nul doute qu'il aurait facilement raison de ces bouviers. II rassembla une nombreuse armée de cavalerie et de fantassins, comprenant 3o,ooo hommes, et, au début de janvier 1476, il la passa en revue. Les troupes occupèrent tout l'espace entre Maxéville et la Commanderie Saint- Jean. Il réunit aussi une puissante artillerie, et il se prépara à emmener tous les canons lorrains, notamment les fameuses bombardes Damoiiiers et Xeffalquin. En son armée servaient des capitaines aguerris, et ce n'est pas sans surprise qu'on voit parmi eux Pierre de Luxembourg, comte de Marie, fils du connétable. Il venait d'apprendre la mort tragique de son père, et pendant huit jours il ne fit que pleurer. Mais Charles le Téméraire le réconforta par de bonnes paroles et le décida à suivre son ost*. Après que les préparatifs furent achevés, il quitta Nancy le jeudi 1 1 janvier'. A huit heures du soir, il arriva à Toul, où il fit son entrée à la lueur des torches. La ville, qui avait toujours pour évêque Antoine de Neuchâtel, fils du maréchal de Bourgogne, était fort bien disposée pour lui, plus bourguignonne que lorraine. Aussi fut-il bien reçu. Les gouverneurs de la cité lui présentèrent du pain, du vin, de la viande en abondance. Le lendemain au matin, il visita la cathédrale Saint-Étienne, superbement ornée. II assista à la grand'messe, baisa dévotement les nombreuses reliques et remit 20 florins à l'offrande ^ II promit de protéger à l'avenir la vieille cité et de garder ses privilèges. Puis il se mit en route pour Neufchâteau, où il demeura quelques jours (12-17 jsinvier); par Dombrot il gagna la Franche-Comté et de là la Suisse^. Il semblait que le petit peuple de pâtres allait être écrasé. On apprit que le Téméraire avait remporté de grands succès ; il venait de reconquérir, dans le canton de Vaud, la place forte de Grandson. Il avait fait cruellement mettre à mort les soldats qui avaient essayé de se défendre. La terreur que son nom répandait était grande... Mais tout à coup le bruit courut que devant Grandson cette armée redoutable, prise d'une folle panique, s'était débandée le 2 mars 1476, abandonnant un riche butin. Les canons du duc, sa tente somptueusement ornée, ses étendards, sa vaisselle d'or et d'argent, ses diamants étaient tombés aux mains du vainqueur. Le prince de Tarente, renonçant à la main de Marie, s'était sauvé en toute hâte jusqu'à Lyon.

Quand cette nouvelle extraordinaire arriva en Lorraine, tout le pays tressaillit. Les couches profondes de la population furent secouées d'une émotion très vive. Le duc René II avait gardé des partisans assez nombreux dans la Lorraine allemande; la ville de Sarrebourg, qui venait de secouer le joug des

1. Etterun, Krofiica von der loblichen Eidgnoschaft, in-4°, Bàle, 1752.

a. Itinéraires dans Commines, éd. Lemglet du Fresnoy, t. II, p. 219. La Chronique de Lorrain donne ici une fausse date.

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