SOULÈVEMENT DE LA LORRAINE CONTRE CHARLES LE TEMERAIRE
évêques de Metz', était restée fidèle au duc lorrain* et une troupe strasboungeoise était venue renforcer sa garnison *>. Le comte de Bitcke, Wecker, était aussi demeuré dans le devoir; après Grandson, il commença la lutte; il reprit aux Bourguignons Sarreguemines (mai) et envoya ses troupes jusque sur les bords de la Moselle, à Sierck^. Dans un autre coin, il y eut une vive agitation. Au cœur de la Lorraine, dans ce comté de Vaudémont dont René II était originaire, quelques hommes énergiques complotèrent en secret : c'étaient le bâtard de Vaudémont ; Gratien d'Aguerre, d'origine espagnole, écuyer du duc ; Henri et Ferri de Tantonville ; Jean d'Aigremont ; l'écuyer Gérard d'Ayvillers, encore qu'il eût eu à Briey la main coupée ; c'était surtout l'ancien maître d'hôtel de René, Jean de Bron, qu'on appelait familièrement le petit Jean de Vaudémont >. Le jour de Pâques 1476, i4 avril, ces hardis compagnons s'emparèrent du château de Vaudémont et de la montagne de Notre-Dame-de-Sion. A cette nouvelle, les garnisons bourguignonnes de Vézelise, de Thélod^, de Pont-Saint-Vincent se retirèrent eflarées et ces villes furent occupées par les Lorrains 7. Presque tout l'ancien comté de Vaudémont était délivré, et, de Pont-Saint-Vincent, il était facile de faire des excursions jusqu'à Nancy.
Le commandant de Nancy, Jean de Rubempré, sire de Bièvres, chevalier de la Toison d'or, était un soldat énergique, vieilli à la guerre, l'un des capitaines bourguignons les plus éminents. Après avoir reçu les garnisons du comté de Vaudémont, il prit aussitôt des mesures de défense. Il fit fermer les portes, ordonna de conduire les canons sur les remparts, plaça partout des sentinelles. II fit assembler les bourgeois de Nancy, et leur dit : « Ceux d'entre vous qui veulent se retirer sont libres de le faire ; mais ceux qui resteront dans la ville doivent me jurer fidélité entière ; ils n'auront aucun rapport avec ces traîtres. Le duc de Bourgogne viendra d'ailleurs bientôt pour les châtier"*. » Il semble bien que peu de Nancéiens aient profité de la permission de s'éloigner ; ils craignaient encore de montrer trop ouvertement leurs secrètes inclinations. Ils demeurèrent pour la plupart dans leur ville, au risque d'y être assiégés par leurs propres compatriotes.
Le duc René II était resté étranger à ces événements. Il avait passé la fin
1. Au temps du duc Jean de Calabre, vers i464> Depuis ce temps, Sarrebourg a fait partie du duché de Lorraine ; mais les évêques de Metz ne renoncèrent déûaitivement à leurs droits qu'en i56i.
a. Le baiUi d'Allemagne, Frédéric de Flersheim, établi par Charles le Téméraire, convoqua vainement les habitants de Sarrebourg à une diète d'abord à Dieuze (a8 octobre et 2 décembre i47^)t puis à Nancy (i4 février 1476). Cf. les trois lettres publiées par von Hammerstein, /. G. L, G,, 1897, pp. 370-371.