‹ Histoire de NancyChapitre 366 sur 642 · Chronique de Lorraine, p. 19O · texte numérisé non relu

Chronique de Lorraine, p. 19O

t\. Ihifi., p. 197 ; Dialogue de Jean Lud, /. S, A. L., 1854, p. 168.

REiNÉ II THAVERSK EN SECRET LA LORRAINE. l\ib

Mitity mais à la condition formelle que, durant le trajet, aucun acte d'hostilité e serait commis contre les Bourguignons et que, naturellement, on cacherait ts vrais desseins de René II; on annonçait que le duc dépossédé de Lorraine, iibissant son sort, se retirait en Allemagne. 4oo lances, commandées par le apitaine Pinache de la Rivière et par d'Aubigny Stuart, un Écossais au service e la France, accompagnèrent René II à travers son duché. On vint devant oui ; mais la ville supplia le duc de ne point entrer dans ses murs, et de se outeuter de loger aux deux faubourgs Saint^Mansuy et Saint-Evre. On lui >umit pourtant les vivres nécessaires. On passa ensuite à quelque distance le Nancy. Quels sentiments devaient agiter le cœur de René 11, quand il fut . quelques pas seulement de son ancienne capitale, maintenant occupée par ennemi ? En sera-t-il de nouveau maître un jour, ou à jamais la ville dette urera-t-elle à la Bourgogne ? L'on se rendit plus loin, à Saint-Nicolas. Les leux capitaines français firent halte à quelque distance de la petite cité, à 'endroit où s'élevaient les fourches patibulaires. Là ils défendirent à leurs lommes sous peine de la hart d'attaquer ou d'insulter les soldats bourgui- |nons. Puis ils entrèrent en négociations avec ceux-ci, qui voulurent bien, >our une nuit, leur céder leur logis. René II habita près du pont, à l'hôtel le la Licorne, qui n'a disparu que récemment. Les habitants étaient très heureux de l'arrivée du duc et ils pensaient en leur cœur : Puissent le duc de Bourgogne et tous les siens périr en bataille ! Le lendemain matin, René II >ut deviner les sentiments de ses fidèles sujets, lorsqu'il se fut rendu à 'église, non point à la belle église actuelle, qui n'était pas encore debout, mais dans le bâtiment beaucoup plus humble que devait remplacer, quelques innées après la mort du Téméraire, l'édifice de Simon Moycet. Pendant la messe, une femme s'approcha secrètement de lui et lui remit une bourse contenant la très forte somme de 4oo francs, toute sa fortune'. René II la remercia d'un geste. Cette femme était la vraie Lorraine qui avait foi en son lue, qui avait deviné ses secrètes intentions et qui voulait contribuer à la délivrance de la patrie. René II savait à ce moment que le peuple lorrain, opprimé par les Bourguignons, était avec lui. Ce peuple n'était retenu que par la seule crainte de l'ennemi et refoulait au fond de sou cœur ses espérances.

Après avoir quitté Saint-Nicolas, René II passa devant Lunéville, et coucha à Ogéviller, puis à Deneuvre. Ses sujets s'empressaient de lui apporter tous les vivres nécessaires. Mais une réception brillante l'attendait surtout à Sarrebourg. Les gentilshommes allemands qui soutenaient sa cause, les comtes de Bitche, de Sarrebruck, de Sarrew^erden, les seigneurs de Fénétrange, et de Réchicourt étaient accourus. Ils se rendirent avec leurs troupes et les délégués

1. Tous ces événeuienls nous sont relaies avec détail par la Cfironique de Lorraine, Le texte de la chronique n'est pas ici bien établi. Certains manuscrits portent « la femme du vieil Walter » ; d'autres c la femme d'un vieux valet >, p. 199. En tout cas, ce Walter n'est pas nommé parmi les personnes que récompensa Kené II après la victoire définitive. Il n'est question dans les comptes des receveurs généraux de Lorraine que d'un (]cntilhonime qui a prèle au duc à Saint-Nicolas onze florins. (Lepage, Commentaires, p. 63.)

4iO HISTOIRE DE NANCY.

de Strasbourg au-devant du duc; et celui-ci fit son entrée dans la cité, entouré de 800 hommes. Les comtes invitèrent à tour de rôle le duc et son escorte; les repas succédaient aux repas ; on en faisait jusqu'à cinq par jour : le déjeuner, le dîner, la maraude, le souper, et, avant d'aller au lit, le ressinon ou Schlaftrunck. Et à tous ces repas on servait des viandes de toutes sortes, des pfafferlins (pâtés de prêtres), des chapons, des venaisons en abondance, le tout arrosé de vin blanc d'Alsace ou de vin gris de Lorraine. « Les Français de l'escorte estoient tout esbahis d'être ainsy servys, dit la Chronique de lorraine ; ils demandoient si c'estoit la vie que les Allemans iSsusoient de manger ainsy souvent '. »

Au bout de trois jours, l'escorte française qui avait mis René II en sûreté retourna en arrière, au duché de Bar : elle avait rempli sa mission. René II se rendit à Strasbourg, sous la conduite des seigneurs delà Lorraine allemande. Il y arriva le 20 mai'. La ville lui fit un accueil enthousiaste. Elle détestait Charles le Téméraire en qui elle voyait l'ennemi de toutes les libertés. L'année précédente, au moment où le duc de Bourgogne s'emparait de la Lonraine, elle s'était préparée à une résistance énergique et elle avait rasé toutes les églises et toutes les maisons situées en dehors des remparts). Elle cherchait maintenant à lever pour le duc une petite armée. René de son côté multiplia les démarches. Il se présenta à ses alliés dans une diète à Colmar^, fut à Bâle le 3i mai, se rendit le i^' juin à Berne pour parler au conseil de ville de la délivrance de la Lorraine ^, assista à une diète tenue le lundi de la Pentecôte (3 juin) à Lucerne^, revint à Strasbourg pour une assemblée de la Basse- Ligue 7. II se trouvait là quand on eut tout d'un coup des nouvelles terrifiantes du duc de Bourgogne. Celui-ci, après sa défaite de Grandson, s'était \îte ressaisi. Il avait établi un camp formidable près de Lausanne, et là étaient accourues des troupes et de Bourgogne et de Franche-Comté, et des Flandres et de Lorraine^. A Lausanne fut signée le i4 avril une paix perpétuelle entre Charles et l'Empereur Frédéric III ', confirmant le traité conclu devant Nancy, et le 6 mai étaient ratifiées les fiançailles entre MaximUien, fils de Frédéric, et Marie, l'héritière des Bourgognes'**. Puis tout d*un coup, le 27 mai, Charles leva son camp et vint mettre, au début de juin, le

1. L*itinéraire de René II est très bien indiqué par la Chronique de Lorraine, p. aos.

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