‹ Histoire de NancyChapitre 368 sur 642 · RENÉ II A MORAT. I^IQ · texte numérisé non relu

RENÉ II A MORAT. I^IQ

siège devant Moral, petite ville du pays de Vaud que les Bernois occupaient encore. La garnison, sous la conduite d'Adrien de Bubenberg, opposa une résistance énergique et les Bernois résolurent de tenter un eflbrt suprême pour la sauver. Ils appelèrent à eux toutes les forces des Suisses ; ils invitèrent, par un messager envoyé à Strasbourg, le jeune René à venir assister à la bataille'. René, plein d'entrain, se mit en route le i8 juin avec le comte Wecker de Bitche et Philippe de Linangc. Marchant jour et nuit, il arriva à temps pour se trouver le 22 au matin à Morat. Avant la bataille, il se fit armer chevalier par Oswald de Thierstein*, bailli du duc d'Autriche. Pendant la journée, il commanda une aile de cavalerie et déploya un très grand courage. Pour sa part il contribua à la victoire ^ Ce jour-là, lui, qui avait laissé sans combat la Lorraine au Bourguignon, se révéla un héros. Qui désormais pouvait prétendre qu'il n'était pas né pour la guerre :

.... Natum hune quis non ad bella putaret^?

La défaite du Téméraire fut écrasante. II s'enfuit, laissant ses bagages et un riche butin. René II eut sa part dans les dépouilles. On lui donna la tente de Charles avec ses belles tapisseries et les nombreux objets d'art qui l'ornaient. Ces objets d'art, il est vrai, furent pillés peu après par des Suisses, avec les propres caisses de René 5. Mais les belles tapisseries lui demeurèrent et il les fera plus tard apporter en Lorraine^. On promit aussi de lui rendre l'artillerie que le Téméraire avait emmenée des arsenaux lorrains, notamment les deux bombardes Damvillers et Xeffalquin. Pourtant, à ce sujet, quelques contestations s'élevèrent entre les Suisses et lui 7.

Après la journée de Morat, tandis que le Téméraire se réfugiait en grande hâte en Franche-Comté et se renfermait en sa tente, accablé par le désastre, et en proie à une sombre mélancolie, René II s'efforçait d'entraîner à sa suite, en Lorraine, les Suisses et la Basse-Ligue. Il courait de Bâlc à Strasbourg, de Strasbourg à Lucerne et Fribourg, pour décider les vainqueurs à lui fournir une armée pour la conquête de ses Etats. En même temps, il observait ce

I. Les faits sont inexactement rapportés dans la Chronique de Lorraine. D'après ce document, le duc René aurait quitté Strasbourg aussitôt après le a juin et serait venu de Zurich à Morat.

a. La Chronique de Lorraine prétend à tort que René aurait donné la colée avant le combat. Cf. les chroniques suisses réunies par Ocbsei^beik.

3. Sur le rôle de René, que les écrivains lorrains ont exagéré en le faisant commander en chef, voir OcHSENBEKv, Die (Jrkunden der Belagerung und Schlacht von Murten, p. 66i.

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