‹ Histoire de NancyChapitre 378 sur 642 · RENÉ II ASSIEGE NANCY · texte numérisé non relu

RENÉ II ASSIEGE NANCY

le Khin jusqu'à Strasbourg '. A défaut d'une armée suisse, il réunit une troupe de volontaires à Bftle et à Strasboui*g, et, avec un chiffre d'hommes assez considérable, il poursuivit son chemin. Il passa par Sarrebourg et, le 20 août, renouvela solennellement les privilèges accordés par le duc Jean II à cette petite cité qui toujours lui avait été fidèle. Ses bourgeois étaient exempts à jamais de toute taxe extraordinaire, et à la guerre ils devaient avoir avec leur bannière la place d'honneur près de sa personne. « Et à tout jamais ils devront avant tous les autres être fournis du vin de notre cave et des provisions de notre château en abondance^. » Puis il continua en toute hâte sa route et bientôt il se trouvait devant Nancy. Il avait mandé à toutes les garnisons voisines de se joindre à lui ; il avait pris en passant les Lorrains établis à Laneuveville et, sans tarder, il recommença le siège de la cité. Il établit son quartier autour de la Commanderie de Saint-Jean; puis à minuit il décida d'examiner les approches de la place. En vain, on lui représenta les dangers d'une telle visite; il tint ferme. Le chef ne devaitp-il pas tout voir par lui-même ? Il fut conduit dans les anciennes tranchées des Bourguignons par l'auteur même de la Chronique de Lorraine. « Li duc la main sus son espaule luy mit, dedans les tranchiés ont entré tous sans faire bruit; de lieu en lieu ont tout advisé. » On admira son courage. Puis tout aussitôt, pendant la même nuit, on assigna à chacun sa place. Walther de Thann devait surveiller la courtine entre la porte Saint^Nicolas et la poterne Saint-Jean ; Harnescher, le secteur entre cette poterne et la tour de Sar; Jean de Citain était campé plus loin et observait toute la région entre cette tour et la porte de la Craffe ; enfin, Bernard de Hohenstein était préposé au côté est, derrière le palais ducal et le long de la Grande-Rue >. Les capitaines lorrains étaient soumis à ces chefs alsaciens ou suisses que René avait amenés avec lui et qui paraissaient plus aptes à conduire un siège régulier.

Lorsque le jour éclata, les Bourguignons purent voir que Nancy était entièrement investie. Jean de Rubempré s'apprêtait à se défendre énergiquement. 11 fit une sortie du côté ouest, où se trouvait Harnescher. Il réussit à enlever deux serpentines. René supporta cette perte avec beaucoup de bonne humeur. « La ville, dit-il, sera bientôt à moi ; il faudra y mettre tous mes canons; ceux-ci y auront été portés d'avance +. » Ce qui soutenait les Bourguignons, c'était l'espoir que bientôt une armée viendrait de Luxembourg les délivrer. L'armée se réunissait en effet ; mais à sa tête était placé Campo- Basso.

I. Les dates très précises dans Kmebel, Basler Cfironiken, t. III, p. 4i<

a. La charte de Sarrebourt} citée dans Huguemn, Histoire du duché de Lorraine et du iiège de Nancy, p. i58. Cf. von Haxmerstein, Ein reichtgerichtlicher Protêts ùber behauptete Reichsun" mittelbarkeit der Stadt Sarrburg qui publie la charte en allemand dans le /. G, L* G», 1897, p. 373. Sur la fidélité des gens de Sarrebourg, cf. êupra^ p. 4i3, n. a.

3. Ces détails dans la Chronique de Lorraine, aa8-a3o. Sur Jean de Citain, Lepaoe, Commentaires, p. 37g.

4* Chronique de Lorraine, p. aSo.

4îi8 HISTOUIE DE iNAiNiîY.

II nous faut revenir ici sur cet énigmatique personnage dont le crime décidera de la journée de Nancy. Nous avons vu que dès les premiers jours où il était entré au service du Téméraire en i474> il avait fait offrir à Louis XI de trahir son nouveau maître. Après le siège de Neuss, il avait repris ses pratiques ; il avait mis ses compagnies dans le comté de Marie et se déclarait prêt à livrer au roi de France les places qu'il tenait. Bien plus, il s'était proposé pour tuer ou faire prisonnier le Téméraire, qui souvent s'éloignait de son quartier avec un petit nombre de gens. Comme à ce moment se négociait la trêve de Soleuvre, Louis XI fit prévenir Charles de ces trahisons ; mais celui-ci ne crut pas à la sincérité du roi « et en aima beaucoup mieux le comte' ». Campo-Basso put par suite poursuivre ses menées, et, peut-être, était-ce à cause de ses intelligences avec les Lorrains que le siège de Nancy par le duc de Bourgogne s'était prolongé si longtemps^. Charles s'aperçut-il de cette louche attitude ? En tout cas, après le siège, des froissements se produisirent entre lui et son capitaine. Au début de janvier 1476, le Téméraire, au moment où il marchait contre les Suisses, réduisit à deux les quatre compagnies que Campo-Basso avait levées en Italie ; et, celui-ci, encore que le commandement en eût été confié à ses deux fils, s'en montra très mécontenta II prétendait aussi que le duc lui devait de fortes sommes d'argent pour l'entretien de ses troupes ♦. II demanda donc un congé, se rendit en Angleterre d'abord, puis fît un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle^. A son retour, au mois d'avril, il entra dans toutes sortes d'intrigues criminelles ; s'arrètant à la cour du duc de Bretagne, il s'éleva en termes très vifs contre Charles de Bourgogne, le traitant de cruel, d'inhumain, parlant de ses <k folles obstinations^ ». Campo-Basso était mûr pour la trahison, et, précisément alors, Louis XI entra en pourparlers secrets avec lui. II promettait de l'appointer d'un bon office, pourvu qu'il « eut volonté d'être des siens et de se déclarer entièrement 7 ». L'Angevin était ainsi à moitié gagné à l'ennemi, lorsqu'à son retour, au mois d'août, il reçut de Charles l'ordre de marcher à la délivrance de Rubempré, enfermé dans Nancy. Il se réunit au seigneur du Fay, lieutenant en Luxembourg, rassembla une forte armée et se posta entre Thionville et Metz, au début de septembre*. Là, à la surprise générale, il demeura immobile. René II, parti du siège de Nancy, venait de reprendre Pont-à-Mousson par un heureux coup de main>; la vallée de la Moselle se

Page 1