RÔLE DE CAMPO-BASSO
trouvait ainsi barrée aux Bourguignons. Campo-Basso prétendait qu'une seule autre voie s'ouvrait pour arriver à Nancy, la grande route de Nomeny, dominée des deux côtés par des collines élevées. Mais Nomeny appartenait à l'évéque de Metz, et Campo-Basso, pri^ tout d*un coup de grands scrupules, entra en négociations avec le prélat, Georges de Bade, et ces négociations tratnèrent en longueur <. Des renforts arrivaient des Pays-Bas*, et, au passage, Campo-Basso les retenait. Il se bornait à faire parvenir aux Bourguignons de Nancy de belles promesses de secours; elles rendaient courage à la garnison anxieuse, « ainsi comme les anges réconfortent aucunes fois les âmes du purgatoire 3 ».
Un temps précieux s'écoula de la sorte, et les Lorrains assiégeaient la ville de plus en plus étroitement. Au début, une certaine licence régnait dans le camp. L'armée assiégeante était composée d'éléments très disparates. Les Alsaciens s'entendaient assez mal avec les Lorrains, et souvent ces frères devenaient frères ennemis et en venaient aux coups. Les chefs étaient divisés en deux groupes comme les soldats. Puis ces partisans lorrains, qui avaient enlevé successivement les places fortes du pays, étaient bien faits pour les coups de main et non pour les longs travaux d'un siège en règle. Ils s'ennuyèrent et cherchèrent à passer le temps en distractions frivoles. Ils jouèrent et donnèrent asile à des femmes de mauvaise vie^. Enfin René II voulait épargner ses sujets de Nancy. Il faisait la guerre aux Bourguignons, non aux Nancéiens. Devait-il changer sa capitale en un monceau de décombres? Il tirait sur les remparts et non sur les maisons. Il espérait que la garnison se rendrait, sans qu'il fût réduit à prendre des mesures extrêmes. Mais tout d'un coup il apprit, par une lettre venue de Strasbourg, qu'un danger le menaçait du côté du sud, que Charles le Téméraire arrivait de Bourgogne avec une formidable armée K On refusa d'abord de croire à la nouvelle ; lorsqu'elle fut évidente, on décida de ne plus garder aucun ménagement. Dans l'intervalle, du reste, René II avait reçu des renforts de Strasbourg et des autres villes de la Basse-Ligue. Louis XI promettait de lui faire parvenir de l'argent ^. Et, devant le péril, les troupes assiégeantes devinrent plus sérieuses et observèrent la discipline.
Strasbourg avait envoyé à René II une puissante artillerie. Deux bombardes surtout, la Struss et le RummelT^ firent merveille. Affûtées contre la