Chronique de Lorraine, pp
campait sur la rive droite'. Ce n'était certes pas le moment de l'abandonner, alors que le succès de nouveau semblait le favoriser. Il amenait avec lui une année nombreuse : outre ses propres troupes, celles que Philippe de Croy, comte de Chimay, venait de lever aux Pays-Bas. Le cœur de Charles fut de nouveau réjoui, et il chassa de son esprit les sombres visions de Grandson et de Morat.
11 lui fallait marcher sans retard contre René, abattre son armée et se rendre maître du cours de la Moselle, afin d'établir ses communications avec le Luxembourg au nord. Le i3 octobre, il se mit en route vers l'est et campa, le soir, à Jaillon*. Les Lorrains, qui n'avaient pu empêcher la jonction de Campo-Basso et du Téméraire, assiégeaient à ce moment le château de Condé où s'était maintenu un détachement bourguignon 3 ; à la nouvelle de l'approche du duc, ils durent abandonner ce siège. Le i4, le Téméraire emporta le château de Dieulouard, nommé le vieux château de Brunehaut ; la garnison lorraine s'estima heureuse de partir la vie sauve, « un blanc baston en mains + ». Les deux armées étaient maintenant séparées par la rivière: Charles à Marbache et Dieulouard, René II à Millery et Autreville. Elles s'envoyèrent des bordées de canons, et même quelques aventuriers bourguignons traversèrent la Moselle à gué et vinrent escarmoucher sur la rive droite 5. Mais l'armée lorraine, ne se sentant plus en sûreté dans les régions basses qui avoisinent la rivière, se retira vers le nord pour prendre une forte position sur la montagne Sainte-Geneviève^. Celte retraite permit à Charles de franchir le i5 au matin la Moselle, à l'abri de son château de Condé et d'occuper le camp quitté la veille par René'. Cette tactique du Bourguignon était très habile ; il coupait René de sa capitale Nancy ; par la vallée de Faulx il était en communication directe avec Nomeny d'où il pouvait tirer les vivres, grâce à la connivence de l'évêque de Metz, Georges de Bade; puis il tenait la route par où les provisions et les renforts arrivaient à l'armée lorraine: Et précisément un fort contingent d'Alsaciens venait d'arriver à Nancy. Il était conduit par le seigneur Guillaume de Ribaupierre qui avait remplacé, comme bailli du duc d'Autriche Sigismond, Oswald de Thierstein, tombé en disgrâce. Ribaupierre, plein de zèle, avait convoqué ses troupes à Kienzheini pour le g octobre**, avait pénétré en Lorraine par le col du Bonhomme et venait d'arriver à Nancy, le i4. Ignorant la situation exacte de Hené et de