Sur lui Lepaok, Commentaires, p. a
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lieu de me tuer, vous me devez considérer comme un honnête homme. Vous ne pouvez que me retenir comme prisonnier et fixer ma rançon selon mes moyens. » Mais cette insistance irrita le Téméraire ; il fit appeler aussitôt le prévôt des maréchaux et lui ordonna de conduire Suffren à la potence. Celui-ci se mit à genoux : a Sauvez-moi; ne me faites pas mourir de la sorte; les Lorrains m'échangeront contre lo ou 12 des meilleurs prisonniers qu'ils détiennent. » Tous les gentilshommes présents, le comte de Nassau, le comte de Chimay, Jean de Rubempré, intervinrent pour lui. « C'est un loyal serviteur ; si on le tue, les Lorrains, par représailles, massacreront leurs prisonniers. » Le Téméraire ne voulut rien entendre; il proféra son fameux serment : Par saint Georges ! et peu après, au gibet élevé près de la chapelle Saint-Thiébaut, se balança le corps du maître d'hôtel. Le prévôt lui avait permis de recevoir un confesseur, etSuflrcnde Baschi, rayonnant d'espérance éternelle, avait rendu son âme à Dieu. Avec lui quelques-uns de ses compagnons périrent de la même mort misérable '. Nous regrettons que les chroniqueurs ne nous aient pas conservé leurs noms.
Le lendemain, du haut des remparts, Gérard d'Âyvillers et les fibres de Tantonville, qui avaient été les compagnons de route de Suflren, demandèrent aux assiégeants s'ils avaient quelque nouvelle du maître d'hôtel. Le bâtard de Bourgogne leur fit connaître sa mort. Aussitôt l'indignation se peignit sur leur visage : mais ils se continrent. Leur premier devoir n'était-il pas de donner une sépulture chrétienne à la victime ? Ils réclamèrent son corps ; et Charles, qui espérait que cet exemple les terrifierait, accéda à cette demande sans trop de peine. On fit trêve pour quelques instants ; quatre gentilshommes bourguignons portèrent le cadavre à la poterne Saint-Jean; aatour d'eux, des prêtres, portant des torches, entonnaient les chants funéraires. Les Nancéiens firent baisser le pont-Ievis et reçurent le cercueiL Puis en grande pompe le cortège se rendit à l'église de la collégiale Saint-Georges, au son de toutes les cloches de la cité. L'on enterra SuBren de Baschi près du grand auteP. A quelque temps de là, tout près de lui sera porté le cadavre de son meurtrier, Charles de Bourgogne !
L'exécution de Suffren de Baschi allait amener des représailles. Le lendemain même de cet enterrement, les Nancéiens voulurent se venger. Ils avaient un prisonnier bourguignon de marque. Ils le conduisirent à la Grande-Tour, en face du camp de Charles le Téméraire. Ils le revêtirent d'une robe noire et le suspendirent par une traverse à une des fenêtres. Quand le duc de Bourgogne vit ce funèbre spectacle, il entra dans une rage violente : les yeux hagards, presque hors de sens, il grinçait des dents. René II, en apprenant en Alsace la mort de son fidèle serviteur, ne montra pas une indignation moindre que celle des Nancéiens. Désormais, il ne ferait plus aucun quartier aux Bourguignons qui, si odieusement, avaient violé le droit des gens. Par