‹ Histoire de NancyChapitre 397 sur 642 · Itinéraire dans Lenolet du Fresnoy, t. II, p. aai · texte numérisé non relu

Itinéraire dans Lenolet du Fresnoy, t. II, p. aai

/|. Im vraye déclaration, ibid,^ t. III, p. ^93.

MORT HÉROÏQUE DE SUFFREN DE BASCllI. 44?

provision de bois fut bien vite épuisée. On arracha, pour se chauiFer, la toiture des maisons, notamment celle du palais ducal'. Puis, il fallait manger, et les vivres se faisaient rares. Dès le début du siège, il était devenu nécessaire de rationner la viande, et déjà Ton commençait à manger des animaux immondes. Et cependant on feignait de vivre dans l'abondance. Par un stratagème renouvelé des temps antiques, les Nancéiens suspendaient aux remparts des poules, des coqs et des chapons bien dodus, et criaient aux Bourguignons : « Quelqu'un d'entre vous est-il malade ? Donnez-lui ces volailles. Nous avons ici de quoi nous régaler ; mais à vous qui creusez des tranchées, qui montez à l'assaut, il faut une nourriture fortifiante^. » En réalité, les Nancéiens étaient bien inquiets et ils regardaient à l'horizon si le duc René ne venait pas les délivrer! Nous verrons un peu plus loin comment, à la diète de Lucerne, les Suisses promirent au jeune héros, le 23 novembre, de lui venir en aide; on pensait qu'une armée de secours serait prêle pour le jour de Noël. Il fallut annoncer la joyeuse nouvelle aux assiégés pour leur rendre du cœur. Le maître d'hôtel du duc, un gentilhomme provençal, nommé Suffren de Baschi, qui déjà avait été chargé par René de diverses missions en Provence, s'offrit pour traverser les lignes des ennemis. Il était grelottant de fièvre ; mais la maladie ne l'empêcha pas d'accepter comme un honneur la périlleuse mission. De Lucerne il se rendit directement à Vaudémont, et là certains capitaines de la garnison, Gérard d'Avvillers, les deux frères de Tantonville, les enfants d'Aigremont se joignirent à lui et voulurent partager ses dangers. On laissa simplement à la garde du château Collignon de Ville et Charles de Bayon 5 qui, plus tard, sera nommé maître d'hôtel de René II. La petite troupe suivit les bords du Madon et, en grand secret, arriva au milieu de la forêt de Haye, à l'abbaye de Clairlieu. Puis elle attendit à Laxou le milieu de la nuit. Le temps était assez sombre et les hardis compagnons arrivèrent sans être vus jusqu'au rempart, dans l'espace compris entre la rue du Haut-Bourgeois et la rue de la Craffe actuelle. Là, les tranchées creusées par les Bourguignons venaient d'être emportées par les eaux de l'aqueduc de Boudonville. Nos héros purent donc se jeter dans les fossés de la ville et, en criant : Lorraine, ils se firent reconnaître des assiégés. Déjà quelques-uns avaient été hissés au haut du rempart, lorsque l'alarme fut donnée au camp des Bourguignons. Ceux-ci courent sus aux Lorrains, les Nancéiens allument torches et falots et tirent le canon pour protéger leurs compatriotes. Un certain nombre d'entre eux réussirent à regagner Vaudémont ; mais Suffren de Baschi, s'égarant dans une tranchée, fut pris avec quelques serviteurs et mené à Charles le Téméraire. Le duc l'interrogea en personne : « Pourquoi t'es-tu déclaré contre moi? Tu mourras. » — « Prince illustre, je suis Lorrain. Comme maître d'hôtel, j'ai prêté serment à mon duc. J'ai rempli mon devoir ; et, au

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