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Chronique d» Lorraine, p

45u HISTOIRE DE NANCY.

n'osait plus s'éloigner du siège, dans la crainte d'élre pris. La sauvagerie de la guerre augmentait de jour en jour.

Suiïren de Baschi est mort pour avoir fait tout son devoir. Et pourtant, à un certain moincitt, lorsqu'on allait le traîner au gibet, il eut une défaillance. H demanda à parler au duc de Bourgogne de choses d'importance. Il voulut sauver sa vie en révélant un très grand secret. Le Téméraire était trahi ! Parmi ces seigneurs qui se pressaient autour de lui, il y avait un traître qui était entré en négociations avec René II et le roî de France : le seigneur de Campo- Baaso. Suflren était au courant de ses menées et, évidemment, il allait les

C Nancdatiomm a Carolo obfeflbrû hm&^qaî Rcnuolùtcrii nundane. & quibus alimentis in vrbe vcfcaïuur.

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: «OUHHISSENT DE COATS I

Lvure tirée (Je l« Ifimcéiile.)

dévoiler; mais Campo-Basso, placé devant la tente du Téméraire, aimon^ d'une voix rauquc que le duc ne voulait rien entendre et que le prévôt devait faire «on devoir. « Monseigneur veut qu'on s'avance de le pendre. » Comme écrit Commincs : « Il eut mieulx vallu au duc n'avoir esté si cruel et humainement ouyr ce gentil homme ; et par advenlurc que s'il l'eust faict, il fust encores en vie et sa maison entière, et de beaucoup accreue... Mais il esti croire que Dieu en avoit aultrement disposé '. a

L Ica IHimoire* île Cixuuin*, qui éuit fo

FAMINE DANS NANCY. ^5l

Le sacrifice de SuOrcn de Basclii ne fut pas inutile ; les Nancéicns savaient que René réunissait une armée de secours, ot ils étaient pr4!(s h supportfr encore davantage. Mainrenant, eu ce mois de décembre si rude, Nancy connut les soulTrances de. la faim. Depuis longtemps, les habitants ne mangeaient plus de viande de bœuf et de mouton; on tua successivement tous les chevaux ; on Fit la chasse aux chiens, chats, souris et rats, et on les consomma en guise de venaison '. On endura au début ces maux avec allégresse.

CNancdano ift nundi/ds a Renaco deaus redim/nûda portaotts/ caUidus ÏD vrban mgrefrus/pcr caftra imnuconim.

in (le la Nancëidi.)

Mais bientôt l'inquiétude reprit les cœurs : l'armée annoncée par les compa-

aii coiiraDl de ces secrètes iotriijiies. L'auleur de ta Chronique, ijiii cliïrctie à exri:ser la (raliiutn de CampoBasso, donne ft oe sujet udc vereiaa toute didéreiile. Canipo-Flasso aurait intercédé pour qu'où laissât In vie t SufTrrn de Baschi. il aurait dit au Tùmërnire : < Monsieur, il n fnict comme léil serviteur ; si tin de uous estoit prins en vous servant, et on nous pcndoït, vous ae seriez pan eonlenl ; je vou* cciiinîe que se morir le faictes, de vos gens mourront pour luy. ■ Et le texte continue : ■ Li duc. quand il reit que te comte assy Qërcinenl parloil, le duc ainné estoït. en ses mains ses gantelets avojt, tiauBsit la main, à comie donna un revers ; le comle plus ne drct mot, ne tous les altres assy. > Celte ictoe me semble arrangée, pour pallier un peu ce que In conduilc de Campo-Basso a d'odieux. L'auteur explique la iratiison du comte par ta • bulTe > i|u'il surail rci;ue. Eu réatilé, roinni'' il résulte de ce qui prëcïde, dès 1^74 Campo-Basso sonijeail a trahir. I. Chronique dr Lorrnine, p. 7(11.

(jnons de Suffren s'équipailrelle ? Le duc tiendraitril sa promesse, viendrait-il délivrer à Noël ses fidèles sujets ? Il fallait lui faire connaître la détresse extrême de la ville et l'inviter à accourir sans retard. On tint conseil dans Nancy: mais personne ne se présenta pour franchir les lignes ennemies ; on craignait trop le sort de Suflren de Baschi. Enfin un capitaine gascon, Pied-de- Fer, s'oflrit ; à minuit, il se laissa glisser le long des murailles, franchit le camp de Charles le Téméraire et arriva à Rosières, d'où il partit en hâte vers la Suisse. René II, qu'il rencontra sans doute à Bâle% lui fit le meilleur accueil, le combla de présents, lui montra l'armée de délivrance prête à marcher. Piedde-Fer revint rapidement jusqu'à Rosières et réussit à rentrer dans Nancy*. Mais, hélas ! il ne devait pas jouir longtemps de la gloire de cet exploit. Quelque temps après la grande victoire de Nancy, le lo août i48i> il se prit de querelle, près de la collégiale Saint-Georges, avec le bâtard de Grandson' pour un motif très futile et lui donna un soufflet. Le bâtard mit aussitôt l'épée à la main et fit au capitaine gascon une blessure mortelle ; s'étant sauvé dans la collégiale, qui était un lieu d'asile, il obtint du duc de Lorraine des lettres de rémission*. Après ce tragique événement, on cacha l'acte d'héroïsme accompli par la victime; et l'auteur de la Chronique de Lorraine écrit : ce Pied-de-Fer ne fut pas si hardy d'avoir retorné à Nancy : à Rousières se tint jusque ad la venue di duc René^ »

r4ependant, en dépit des promesses apportées par Pied-de-Fer, René II n'apparaissait pas. Noël passa et l'on n'avait aucune nouvelle du duc. Et l'inquiétude augmentait à Nancy. Le découragement se mit même dans la garnison. Le capitaine gascon, nommé Fortune, laissa un jour tomber son chapeau dans le fossé près de la porte Saint-Nicolas ; il sauta en bas du rempart sous prétexte de le ramasser, mais franchit l'autre rebord et cria : Vive Bourgogne ! Il trahissait, pour ne plus avoir faim, et révélait au Téméraire la profonde détresse de Nancy. Les Nancéiens se consolèrent par un jeu de mot : « Mauvaise fortune nous a quittés^ », dirent-ils, et ils regardaient du côté de l'horizon, vers l'est, si Bonne Fortune ne venait pas sous les traits aimables

1. D'après la Chronique, il l'aurait trouvé à Zurich. Mais René se trouvait à Bàle, rassemblant son armée, depuis le milieu de décembre. Nous plaçons cet épisode de Pied-de-fer un peu avant Noël.

2. Que Pied-de-Per soit rentré à Nancy, cela résulte formellement d'un mandement adressé par René II à son receveur général, c Savoir vous faisons que, pour les bons, grands, agréables, vaillants et fructueux services ({ue nous a faiz par cy devant en fait de nos guerres nostrc cher et bien aimé Pied-de-Fer, et mesmement en saillant et entrant en nostre ville de Nancy, pour nous apporter nouvelles de noz gens qui y estoient darrenièremenl assiégez par le duc de Bourgongne et sônblablement leur en rapporta de par nous en avanturant et exposant sa personne en grant et périlleux dangier

de mort >, en considération de ces services, il alloue à Pied-de-Fer une pension de 5o livres tmir-

nois. (Lepaoe, Commentaires, pp. io4-io5.) Nous voyons que cette pension a été payée par le trésorier général de Lorraine en 1^77, 78, 79 et 80. A. D., B, 973-976.

3. C'était un Suisse venu avec René II et que le duc retint à son service. (Lepare, Commentaires, p. 82.)

4. Les lettres de rémission de René II (avril i48i), qui nous apprennent ces faits, ont été publié par M. Paul Marichal, J. S. A. L., i8y5, pp. 9-1 1.

h. Chronique de lAjrraine, \u 269.

6. Chronique de Lorraine, p. 270. Sur le capitaine Fortune, voir supra, p. 4>a»

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