DÉVOUEMENT DE THIERRY DRAPIER DE MIRECUURT
de René II, suivi de Tarmée de secours. A la prière du commandant en chef Menant d'Aguerre, un homme de cœur s'offrit encore pour avertir le duc de la détresse de ses sujets. r4'était un simple marchand drapier, originaire de Mirecourt, nommé Thierry. A minuit, il put en secret franchir les lignes bourguignonnes, et arriva heureusement à Rosières ; puis il traversa Lunéville, le col de Saînt-Dié et vit le duc à Blotzheim, au sud de TAlsace, au moment où l'armée allait se mettre en route '. a Monseigneur, vos sujets sont en grande pauvreté; il y a trois semaines qu'ils n'ont quasi que manger, ils ne mangent que chair de cheval, chien, chat, rat ; si bientôt ils ne sont secourus, ils sont délibérés de se rendre ou de s'en aller tous, à l'heure de minuit, laissant la cité vide. » René II lui promit de venir au plus vite, et le bonhomme Thierry, de retour en Lorraine, accomplit comme Pied-de-Fer sa mission. Arrivé à Saint-Nicolas, il se déguisa en bAcheron, et, avant que de pénétrer dans le camp bourguignon, il se rendit dans la forêt de Saurupt pour faire une^a^^ de bois, comme on dit encore dans notre patois de Lorraine. Puis, hardiment, il vint avec sa fouée en plein jour au camp bourguignon, près de l'hôpital Notre-Dame (rue des Dominicains actuelle) ; les Bourguignons lui demandèrent d'acheter son fagot ; mais il répondit : « Il m'est commandé déjà », et de plus en plus il se rapprochait des remparts. Quand il fut sur les ruines de la maison du receveur Georges*, il s'assit, faisant semblant de se reposer ; et tout d'un coup, lâchant son fagot, il se précipita dans le fossé en criant : Vive Lorraine ! Les traits qu'on lui lança ne le purent atteindre. Aussitôt il se rendit à Saint-Georges pour rendre grâces î\ Dieu d'avoir favorisé son expédition, et il annonça la joyeuse nouvelle de l'arrivée du secours. Dès lors le cœur fut rendu aux Naiicéiens ; comme écrit Pierre de Blarru qui a longuement traité cet épisode dans sa Nanœide, « jjar l'approche de leur seigneur, ils sont armés mieux (jue ne l'est la tétc par le casque » :
Acctissu plan (wmunlur quam casside froiUes'i,
Thierry fut récompensé de son dévouement ; quelques jours après la bataille de Nancy, le 12 janvier i477> ^' i*eçut l'office de prévôt de Mirecourt et son nom apparaît pendant quelques années dans les comptes du duchés.
Et, à ce moment précis, Michel Gloris, gouverneur de l'artillerie, retrouva deux tonnes de poudre qui avaient été cachées sous terre pendant le premier siège. On hissa une bombarde sur la porte de la Oaffc ; chargée à deux re-
I. La (chronique de Lorraine se I rompe en disaiil (jiie Thierry vit le duc à Zurich. Dans /m nrnife déclaration, il est spécifié que rciitrevuc cutre le drapier et le duc de Lorraine eut lieu à Hlotxheim, par suite dans les derniers jours de déceuihrc : « (Combien je leur eusse bien sitjnilié nia venue dès IMotzem, environ deux lieues de Basle, par des lettres chargées, l*une à Tbierri, depuis prévost de Mirecourt, et l'autre à Pied-de-Fer, qui tous les deux avoient promis de rentrer au dit Nancy. » D'après le Dialogue de Jean Lud, Thierry aurait trouvé le duc à Saint-Dié.
a. Cette maison devait se trouver par suite tout près de la place Stanislas actuelle.