Chronique de Lorraine, pp. ago-a^i
RENÉ n EN SUISSE. 4^5
après tant de souffrances endurées. C'était aussi l'indépendance de la Lorraine assurée, le duché rendu au mattre légitime. La joie était universelle, et dans les églises retentissaient les chants d'actions de grâces.
Nous avons laissé le duc René abandonner le 20 octobre la Lorraine et aller en Suisse chercher du secours. Jusqu'alors il n'était point encore allié direct des cantons; mais le traité qu'il avait signé avec la Basse-Ligue, la part qu'il avait prise à la journée de Morat, lui permettaient d'espérer un accueil empressé'. Puis, tout récemment, le 7 octobre, les deux puissances avaient conclu une union amicale {Jrûntliche Vereynung) ; elles s'étaient garanti liberté réciproque pour leurs sujets dans leurs États ; René II était autorisé, en cas de nécessité, à lever des mercenaires en Suisse, moyennant une solde raisonnable *. Néanmoins, le duc fut reçu avec froideur. A ce moment, Alexandre de Forli, légat du pape Sixte IV, et le protonotaire impérial, (Georges Hesler, faisaient des propositions de paix aux Suisses. Ils ourdissaient toute une série d'intrigues pour leur persuader de se réconcilier avec le vaincu de Grandson et de Morat ^ Beaucoup de Suisses, avides de repos, n'étaient que trop disposés à ouvrir l'oreille à ces propositions perfides. René II, arrivé à Bâle*, dut réfuter de tels sophismes et montrer que les Suisses, ce peuple si généreux, ne le pouvaient abandonner dans la nécessité 011 il se trouvait. Que s'ils se déclarent pour lui et se décident à lui donner ime armée de secours, nul doute que la Basse-Ligue ne se joigne à eux et n'ajoute un fort contingent aux troupes déjà levées. La diète, réunie à Bâle, le 2 novembre, devait se prononcer et sur ces propositions de paix et sur les demandes du duc de Lorraine. Elle écarta sans doute les offres de l'évoque de Forli qui vint à Bâle le 6 novembre ; elle déclara que les Suisses ne signeraient aucun traité, si Charles le Téméraire n'évacuait pas la Lorraine ^ ; mais en somme on éluda la supplique de René et on le renvoya à la nouvelle diète qui devait se tenir à Lucerne à la fin du mois. René II était bien impatient de tous ces délais ; il songeait à ses sujets qui allaient souffrir la