EidgenôssUohe Abschiede, t. II, p. C
faim dans Nancy. Mais que faire ? Que du moins les délégués de chaque canton viennent à Lucerne avec des instructions très précisas de le secourir. Il visita les cantons l'un après l'autre, pour les décider. Il arriva à Berne le i8 novembre, fut reçu par le qrand et le petit sénat. Il exposa, les larmes aux yeux, la triste situation de la Lorraine. Le duc de Bourgogne assiégeait sa ville de Nancy; déjà les habitants commençaient à ressentir les atteintes de la famine ; Charles avait menacé de les tuer tous et il exécuterait certainement cette menace. Que les Suisses viennent donc à son aide, qu'ils se souviennent de la journée de Morat où ils avaient combattu ensemble l'ennemi commun. Ce discours prononcé d'une voix émue fit sur tous ces artisans la plus vive impression; l'émotion de René fut communicative et plusieurs assistants essuyèrent furtivement leurs larmes'. Ils décidèrent qu'ils feraient de leur mieux à la prochaine diète pour lui donner satisfaction '. René II se rendit aussi à Zurich avec Geoflroi de Bassompierre, Jean de Baude et son mattre d'hôtel Suflrcn de Baschi. L'un des membres les plus influents du conseil était un ancien tanneur, le Z unjîmei'ster Hans Waldmann qui avait été l'un des héros de Morat 3. Waldmann détestait le Bourguignon et aimait les aventures; et au conseil il plaida avec chaleur la cause de René. « N'écoutons point ces fausses propositions de paix que l'on nous fait; si le duc Ait Bourgogne était maître de la Lorraine, il viendrait bientôt contre nous et nous ferait la guerre. 11 nous faut aider René et lui donner secours. Mes compagnons, rpi'en dites-vous ? » Tous répondirent : « Nous le devons faire. » On alla chercher René pour lui communiquer la bonne nouvelle ; il vint au conseil avec son ours qui l'accompagnait presque partout et qui gratta à la porte, pour qu'on lui ouvrit. Les Zurichois annoncèrent alors au duc leur intention de soutenir sa cause ^. Mais si Berne et Zurich se montraient favorables. Ton trouva moins de bonne volonté chez les autres cantons, notamment à Uri, Unterwalden et Schwitz et, en somme, la décision était encore douteuse lorsque s'ouvrit, le aS novembre, la diète de Lucerne. Là, pourtant, après avoir entendu René, les Suisses décidèrent de lui venir en aide comme nation. L'offre que fit le duc de payer aux Suisses 4o,ooo écus d'or — io,ooo au moment du départ, io,ooo à Nancy et 20,000
1 . Kcné parla itiit gar vil kldtjlicfier Worten, die gar menge/n Bidermann als fast zu Nertzen gingen, dos inen von Erbûrmde wegen ir Augen ûberlàffen,
3. Diebold SchilIiiKj, de Berne, Bescfireibang der Bargundischen Kriege, éd. de X743, p. 366.
3. Sur Waldmann, voir Tu. vox Liebenau, Dohumente zur Geschichte des BârgermeUters flans Waldmann, i86g. Art. de D.kmcliki-ii dans VAllgerneine Deutsche Biographie (avec la bibliographie qui y est jointe). C'est après la bataille de Nancy que Waldmann joua surtout un rôle important. Il remplit au nom de son pays diverses missions, notamment à la cour de France. En x4S3 il devint bourgmestre et s'efforça d'assurer l'hégémonie de Zurich dans la confédération suisse. Mais on l'accusa d'aspirer à la tyraunic; il fut fait prisjnnier, horriblement torturé, et le héros de Morat et dir Nancy fut exécuté le G avril i^Stj,
4. dette scène est rapportée par la (Ihrunique de Lorraine, p. 367. L'auteur ne nous indique malheureusement pas la date de la présence de René à Zurich. Contrairement à l'opinion de Wittf, «/. G. L. G., i8g3, p. 88, n. 3, nous admettons le détail sur l'ours. René II entretenait plus tarda son palais toutes sortes d'animaux exotiques. Voir à ce sujet une note de M. DoYUuroT» /. S, A. L.»
NlÎGOCaATIONS AVEC LES SUISSES. 45 7
après l'expédition' — entraîna les hésitants. Seulement, comme dans une démocratie fédérative les affaires sont toujours remises, les délégués demandèrent à s'entendre encore une fois avec leurs commettants et s'ajournèrent à Luceme pour le 4 décembre '. A cette date devraient être prises les dei*nières résolutions. René crovait cependant avoir touché au but et c'est alors qu'il envoya aux Nancéiens son fidèle Suffren de Baschi.
Dans l'intervalle des deux diètes, René revint à Bâle le 26 novembre, et il fut conclu que cette ville, qui était encore à cette époque en dehors de la Confédération helvétique, lui viendrait en aide ^ Le 3o novembre, il signa un traité avec Soleure et obtint permission de lever des mercenaires dans le canton*. Les membres de la Basse-Ligue aussi se remuaient en sa faveur, et René II visita les principales villes d'Alsace pour exciter leur zèle. Le i*' décembre il était à Schlestadt, où il apprit la mort tragique de Suffren ^ ; puis il se rendit à Strasbourg où il prépara quelques convois^. Il observait avec attention ce qui se passait en Suisse. 11 semblait qu'à la diète de Lucerne, réunie le 4 décembre, tout dAt marcher selon ses désirs. Mais, hélas ! les Suisses, un moment gagnés, avaient réfléchi, et l'enthousiasme était tombé. Zurich, Lucerne, Soleure seuls se déclarèrent prêts à partir, si les autres cantons les voulaient suivre. Berne et Fribourg alléguaient que le comte de Romont, maître du pays de Vaud, les menaçait, que par suite ils ne pouvaient point se dégarnir; pourtant les deux villes étaient prêtes à fournir 1,000 hommes. Le député d'Uri prétendait qu'il n'avait reçu aucune instruction et qu'il fallait encore une fois renvoyer l'affaire. Schwitz, Unterwalden et Claris ne voulurent pas marcher; en effet comment faire une expédition par un si grand froid? Il sembla que Texécution de Suffren les eût terrifiés et eût arrêté leur courage. On refusa donc tout simplement de partir et l'on annonça la nouvelle au représentant du duc de Lorraine, Cuillaunie Herter?. Mais si les Suisses ne se levaient point comme nation, ne pourraient-ils pas autoriser le duc, en vertu du pacte du 7 octobre, à former chez eux une armée de mercenaires? La vaillante jeunesse pourrait s'équiper. Uerter, au nom du duc, demanda la permission d'embaucher 5,000 à 6,000 hommes^ ; il promettait à chacun 4 florins de solde par mois. 11 sollicita seulement chaque canton de désigner deux capitaines pour commander les troupes levées chez lui. Tout mercenaire toucherait immédiate-