CHAPITRE XVI
La bataille de Nancy (5 Janvier 1477).
5 I**'. Les documents sur la bataille de Nancy, — Documents lorrains : La Vraye Dëclaratioo ; La Chronique de Lorraine; Le Dialogue de Jean Lud; La Nancéide de Pierre de Blarru; Nicolas Rémi. — Documents suisses : Petermann Etterlin ; Diebold Schil" ling (de Lucerne); Pirckheimer; Diebold Schilling (de Berne); Gerold Edlibach; Georges Hochmuth; Albert von Bonstetten; Jean Knebel; chansons populaires, — Documents alsaciens : Erhart Tusch ; Reimchronik ; continuateurs de Kœnigshofen ; Jacques Trausch, — Documents français : la Desconfiture; Commines ; Thomas Basin, — Documents bourguignons : Jean Molinet, Olivier de la Marche, — Princi^ paux récits des historiens : le P. Hugo; Aubert Roland; Michelet; l'abbé Marchai; etc, ; thèses allemandes,
5 II. Les Lorrains et les Suisses à Scunt-'Nicolas, — Massacre des Bourguignons, — L'armée prend ses logements, — Attitude des Français qui viennent camper près de Tout, — Trahison de Campo^Basso. — Conseil de guerre à Saint-Nicolas. — Obstination de Charles le Téméraire. — Conseil tenu par lui, — On décide de se battre, — Dispositions prises par le duc de Bourgogne, — Chiffre de ses troupes, — Ordre de bataille, — Départ de René II de Saint'Nicolas. — Le vin de la Saint-Jean, — Marche jusqu'au delà de Laneuveville, — Le convnandant en chef, — L'ordre de bataille, — Le mouvement tournant, — Repos à la Malgrange, — La charrière, — Le combat, — Mort de Charles le Téméraire, — Le châtelain de Saint-Dié Claude de Bautemont, — Délivrance de Nancy, — Le massacre du pont de Bouxières, — Fuite des Bourguignons, — René II rentre à Nancy,
5 III. Départ des Suisses (6 janvier), — On cherche le corps du Téméraire. — Découverte de son cadavre. — // est conduit dans la maison de Georges Marqueiz, — René II vient le visiter, — Funérailles du duc, — Chiffre des morts, — Chefs bourguignons prisonniers, — Butin fait sur le champ de bataille, — Conséquences de cette journée dans l'histoire du monde et dans l'histoire de Lorraine.
La bataille de Nancy est, en quelque sorte, le point culminant de l'histoire de notre ville avant les temps modernes. Aussi, l'historien doit-il insister et n'oublier aucun épisode de cette journée mémorable. Avant d'en faire le récit, nous devons exposer quels documents nous en ont conservé le souvenir et citer aussi les écrivains modernes qui ont essayé de traiter ce sujet. Cette revue bibliographique, ce semble, rendra notre tâche plus facile. Nous nous assurons par avance de la solidité du terrain sur lequel nous allons nous aventurer.
Les documents se partagent en diverses catégories : lorrains, suisses, alsaciens, français et bourguignons. Du côté des vainqueurs les quatre premières, du côté des vaincus la dernière. Parmi les documents lorrains, nous citerons en première ligne quelques pages d'une déclaration faite par le duc René lui-même et écrite par son secrétaire Chrétien de Chàtenov*. Elles devaient servir à Pierre de Blarru pour composer sa Nancéidey et, en réalité, le chanoine de Saint-Dié a fait entrer dans son poème tous les faits qui y sont contenus. Nous y trouvons notamment une série de détails techniques sur le nombre et la distribution des troupes de René II. A côté de cette déclaration, il faut placer la Chronique de Lorraine à laquelle nous avons déjà fait tant d'emprunts *. Nous ne saurions assez exprimer toute la reconnaissance que nous devons avoir à son auteur. Si, plusieurs fois, nous avons corrigé les fautes qu'il a faites contre la chronologie dans son récit des guerres des Lorrains contre Charles le Téméraire, si à deux ou trois reprises il a interverti l'ordre des événements, il nous a donné le récit le plus vif, le plus animé de la lutte; il en a reproduit, si j'ose dire, la physionomie ; il nous a fait pénétrer dans l'âme des adversaires en présence. Et la valeur de la Chronique augmente encore, lorsqu'on arrive à la journée décisive. L'auteur était dans l'armée de délivrance à côté de René; il a pris part à la bataille et a vaillamment combattu'. Il écrit assez longtemps après les événements; mais nous croyons que son récit a été fait du vivant de René II et ses souvenirs étaient demeurés très vivaces. Qui était-il ? Jusqu'ici toutes les tentatives pour découvrir son nom et dévoiler sa personnalité ont échoué. L'on a cru que c'était ou Jean Lud ou Chrétien de Châtenoy*; mais il me paraît qu'il était de condition plus relevée et je le chercherais parmi les gentilshommes qui entouraient le duc le jour de la bataille. Était-ce l'échanson Thierry de Lenoncourt? Était-ce le comte Philippe de Linange? Était-ce Thomas de Pfaffenhofen, bailli du comté de Vaudémont? Nous citons les gentilshommes qui ont assisté à la bataille de Nancy et dont le nom n'est pas prononcé dans la
1 . Le titre exact est : La vraye déclaration du fait et conduite de la bataille de Nancy, de laquelle fut moyennant taide de Dieu victorieux le feu bon Roy René, duc de Lorraine, mon souverain Seigneur, composée par les Mémoires et billets de Chrestien, et do-it deeja et depieea il en laissa, par ordonnance dadit Seigneur, à Maistre Pierre de Blaru, chanoine de Saini'Diey, certains articles, sur lesquels on dit le dit Mu'stre Pierre avoir fait une chronique. \\ est malaise de fixer Tannée de cette déclaration. Je la place au début du XVI* siècle. Ainsi nous n'sTons pas de documents lorrains tout à fait contemporains, et le fait s'explique. Les Lorrains, témoins de la bataille, en connaissaient les épisodes : il n'était point besoin de récit pour les renseigner. La Vrayt déclaration est publiée dans Dom Calmet, t. III, Pr., col. i34 ; 3* éd., t. VU, Pr., col. i5a ; elle a été donnée d'après un manuscrit plus incorrect dans l'édition de Commines, Lekolst du Fresnoy, t. IH. pp. h^i'k^,
2. La Chronique a été publiée d'abord par Dom Calmet, t. III, Pr., col. i» et s* éd., U VII, Pr., col. i. M. l'abbé Marchai en a donné, d'aprës les manuscrits de Nancy, en i86o, dans les Doeuntents pow servir à Vh'stoire de Lorraine, une édition très soignée. Pourtant une édition Traiment critique tait encore défaut.