AntherviUer est Ancerviller, dans le canton de Blâmont
3. D. Mathieu, De Joannis abbatis Gorziensis vita. Nancy, 1878.
4. Postquam hœ duœ primum sunt intmmissœ, multiplex ileinde ex diversis mundi lateribus sancti fervoris se ibidem examen in/udit, ut asque hodie nova quadam tjratia resplendere videatur, Vita Johannis Gorziensis dans Pertz, S S., t. IV, p. 35a.
5. Gesta episcoporum Tuilensium dans Pertz, SS., t. VIII, pp. 03<j-G4o.
Plus tard encore, de nouveaux éléments légendaires Curent inventés. Les dames de Bouxières racontèrent en l'office de saint Gauzelin* qu'une nuit la Vierge apparut au prélat qui avait fait vœu de lui construire une église : a Demain, lui dit-elle, quand le jour aura dissipé les ténèbres de la nuit, prends tes chiens et, près de la forcit, une biche blanche se lèvera devant toi : suis-la ; à l'endroit où elle s'arrêtera et creusera la terre avec son pied, je veux que le temple soit bâti. » Ainsi fut fait. Mais, tandis que Téglise se construisait, survint une grande famine et l'œuvre fut interrompue. La Vierge apparut alors à la reine de France et lui prescrivit de venir en aide à l'un de ses pieux serviteurs. « Mais, dit-cllc, où trouverai-je ce serviteur? — Fais charger, répondit la voix, de richesses trois chameaux et laisse-les aller à leur fantaisie. x> En effet, ces trois chameaux vinrent sur les bords de la Meurthe ; une nacelle se détacha d'elle-même de la rive opposée pour venir les chercher. Un muet, en voyant ce miracle, recouvra tout à coup la voix. Le premier chameau portait des tapisseries et des ornements de soie nécessaires au culte ; le second de l'or et de l'argent ; le troisième des vivres, et ainsi la construction de l'église put être achevée.
Le moment de la consécration était venu ; Gauzelin réunit l'archevêque de Trêves, les évéques de Metz et de Verdun et tout le clergé des environs. Mais la veille du jour fixé pour la cérémonie', le prélat, entrant la nuit dans Téglise pour s'assurer que tout était bien en ordre, aperçut tout d'un coup une lumière éclatante et entendit des chœurs célestes : les anges chantaient roffice de la consécration. Il appela aussitôt les autres prélats et ils assistèrent à la fin de la solennité. Les messagers du ciel avaient eux-mêmes apporté le missel, le calice et le beau pallium dont l'autel était recouvert. Restait à trouver les religieuses qui devaient habiter le monastère. De nouveau Marie apparut à son serviteur et lui dit : « Va vers le pont de Saint-Michel — c'est un pont sur la Seille, à côté d'un ancien ermitage près de Nomeny — et là trois femmes viendront à toi, l'une à la première heure, l'autre à la troisième, la troisième à la sixième. » Elles arrivèrent à l'heure dite et furent les premières religieuses du couvent.
Un tableau du xvii* siècle, conservé à Téglise du village de Bouxières, représente saint (iauzelin à genoux, offrant à la Vierge la nouvelle église et, tout autour de ce motif central, en une série de médaillons, ont été peints les épisodes (pic nous venons de rappeler.
La légende a ajouté de la sorte à l'histoire de la fondation de Bouxières une série «ranecdoles qu'on retrouve du reste ailleurs. C'est ainsi qu'un puissant seigneur, prévenu par une vision célesîe, vint au secours de saint Colomban avant la création du monastère de Luxeuil^; des chameaux ont
1. (iet oflico a élc iiiiprini!' à Metz on lOija, cliez P. (loUitjiioii. (Quelques lettons ont clé reproduites par Lio.N.NOis, t. I, pp. 5y5-6or), «jui proteste contre l'absurdilt' de or rôcil.
2. Elle devait avoir lieu le jour de la Saint-Denis, y oelobre.
3. Vita léuhiinhuni, par Jo>\s dk liouitio (Mahillo>, Avtd sunrturu/n (trdinis sancti Be/iedicti, l. U, p. b).
FONDATION DE BOUXIÈRKS-AUX-DAMES. ScJ
porlé de la même façon de précieuses reliques aux religieuses de Niedermunster, au pied du Sainle-Odile'. Pourtant cette légende s'appuyait sur certains faits réels. Les religieuses de Bouxières ont toujours entretenu un muet dans Tabbaye : il était nourri dans la maison de Tabbesse; le jour de la Saint- Gauzelin, soit le 7 septembre, il allait le premier à Toffrande. On conservait aussi à Bouxières un pallinm précieux, un évangéliaire et un calice ; on prétendit que les anges les avaient apportés du ciel. L'évangéliaire et le calice sont gardés encore de nos jours au trésor de la cathédrale de Nancy.
Gauzelin mourut en l'année 962, après avoir gouverné pendant quarante années le siège de Toul. Suivant sa dernière volonté, on l'enterra à l'église de Bouxières qu'il avait fondée. Au-dessus de son tombeau, les vierges consacrées à Dieu chantaient leurs chœurs*. Dans l'humble demeure qui a succédé à l'église de Bouxières, l'on montre encore le caveau où il fut inhumé.
Gauzelin avait eu de son vivant beaucoup d'ennemis ; car, choisi par Charles le Simple à une époque où la Lorraine était rattachée à la France J, il était demeuré fidèle au parti français. Ses adversaires ne lui reprochaient pas seulement ses préférences politiques ; ils attaquaient sa conduite privée. Ces bruits fâcheux arrivèrent aux oreilles de son successeur, Gérard, qui lui, au contraire, était tout dévoué à l'Allemagne et à la dynastie de Saxe. Gérard pria Dieu de lui enlever tout doute, et voici qu'une nuit il vit dans le ciel Gauzelin couronné et participant à la gloire de saint Apollinaire. « Et il ne paraîtra à personne étonnant, ajoute l'historien Widric, qu'il jouisse de la félicité céleste, celui qui a construit avec tant de peine le monastère de Bouxières*. »
Le tombeau de saint Gauzelin fut témoin de nombreux miracles, et^ de nouveau, comme autrefois, une longue théorie de pèlerins monta au sommet de la montagne abrupte. On nous a conscrA-é le souvenir de l'un de ces prodiges. Au X* siècle, une terrible maladie accablait les habitants du pays de Toul. Beaucoup de personnes mouraient, sans distinction de caste, et souvent l'on vit dans l'église huit à dix cercueils à la fois. Le [)rélat Gérard eut alors l'idée, pour apaiser le mal, de porter les reliques de saint Mansuy, premier évêque de Toul, à Notre-Dame d'Ecrouves^. La contagion diminua, mais ne disparut point. On se rendit dès lors avec les précieuses reliques plus loin encore ; on les porta à Bouxières, au milieu d'un grand concours de peuple accouru des bourgs voisins — parmi ces bourgs était sans doute compris Nancy. Aussitôt les prières de la population furent exaucées. Une grande sécheresse avait causé l'épidémie ; dès qu'on fut à Bouxières, la pluie bien-
1. Cf. une élude d*A. Benoit sur Le Chameau dans les légendes d'Alsace et de Lorraine dans la Revue nouvelle d'Alsace-Lorraine, 7« année.
2. Adsox, Miracula sancti Mansueti dans Pertz, S S., t. IV, j>. on.
3. Parisot, Le Royaume carolingien de Lorraine, p. C47 et n. 5.
4. Widric, Vita sancti Gerardi dans Pertz, SS., t. IV, p. 5oo.