Lepage, Les Communes de la Meurtlie, art. Lay
5. Éd. Sickel, Monumenta Germanise, in-40, Diplomata regum, t. I. p. 4o4-
bientôt son nom contre celui de Belgique; la Lorraine supérieure — la vraie Lorraine — est gouvernée par une première famille ducale qui s'efforce de ramener quelque ordre au milieu du chaos féodal et s*éteinl, faute d'héritier mâle (gSg-ioSS)'. Puis, après une période de profonde anarchie, Gérard d'Alsace s'empare du titre de duc et fonde une dynastie d'où descendent en ligne directe les empereurs d'Autriche actuels et qui est la plus vieille des maisons souveraines de l'Europe.
Au moment où la terre de Lav était cédée aux moines de Saint-Arnoul, une grande abbaye de femmes était fondée dans le voisinage, sur la hauteur de Bouxières.
L'histoire de Bouxières-aux-Dames et celle de Nancy sont intimement 'm Alées ; c'est dans une charte réglant une contestation entre l'abbaye de Bouxières et les moines de Saint-Arnoul qu'apparaît, pour la première fois, sur un document original, le 29 a\Til 1078, le nom de Nancy; à l'approche de la Révolution, c'est à Nancy m^me que les religieuses bâtirent leur nouveau couvent ; enfin nous possédons encore à la cathédrale de noire ville un admirable manuscrit et de curieux objets d'art, débris du trésor de Bouxières. Nous devons, par suite, raconter, au moins d'une façon sommaire, les destinées de cette abbave suburbaine.
Le pieux évêque de Toul Gauzelin' (922-r962) venait d'introduire la réforme dans le monastère bénédictin de Saint-Evre ; satisfait des fruits que l'abbaye portait, il prit la résolution de construire également, en son diocèse, une demeure pour des Bénédictines. Or, un jour, vers gSS', ainsi qu'il nous le dit lui-même en une charte*, comme il faisait une tournée pastorale en son diocèse, il trouva, sur une montagne élevée au flanc de laquelle était situé le village de Bouxières, une antique basilique dédiée en l'honneur de la Vierge.
1. Sur cette histoire, voir R. Parisot, De prima domo qaœ superioris Lotfuiringiœ duc€Uam quasi hereditario Jure tenait. Nanccii, 1898.
2. Sur saint Gauzclin, Ton consiltcra les G esta episcoporum Tuïlensium dans Pbrtz, SS.t t. VIII, p. 639; on trouvera quelques détails sur lui dans la Yita sancti Gerardi, de Wœiac, dans Pertz, SS,, t. IV, p. 493 ; on consultera Mabillon, Acta sanctorum ordinis sancti Benedicti, t. V, a«êd., p. 86a, et les Bollandistes, sept., t. III, p. 129. Cf. Abbé Guillaume, Histoire du diocèse de Toul, t. I, pp. 250-270 ; Euo. Martin, Tlistoire des diocèses de Toul, Nancy et Saint-Dié, t. I, pp. i^i-iSS.
3. La charte, citée plus loin, est datée du i3 janvier, treizième année de l'ordination de Gauzelin.
4. Cette charte a été publiée par Dom Calmet, t. I, pr., col. 34o. Elle est indiquée dans tous 1« anciens inventaires de Bouxières, Elle était conservée aux archives du couvent • en original et seule dans une boîte noire, doublée vn dedans de taffetas blanc ». Sommier de Bouxières. Bibl. de Vancy,
ms. 590 (i/r)), p. 1.
FONDATION DE BOUXiÈHES-AUX-DAMES. 87
Là accouraient souvent les paysans du voisinage pour implorer le secours de Marie et ils en repartaient guéris de leurs maux. Le prélat résolut de relever la basilique et d'établir dans le voisinage le couvent de Bénédictines qu'il rêvait de fonder. Et ainsi fut fait. Les dons affluèrent aussitôt; Té vêque conféra aux religieuses ses droits à Bouxières, la dtme du village, Téglise dédiée à saint Martin. II leur céda les biens qu'il avait lui-même reçus d'une noble dame Hérisinde, à Champigneulles et à la Porcherie sur les bords de la Meurthe*. Cette Porcherei'a subsiste encore : c'est le hameau de Pixérécourt, qui, après avoir longtemps formé une commune indépendante, est réuni aujourd'hui à Malzéville. Il abandonna au couvent d'autres biens qu'il venait de recevoir d'une dame Gundelinde à Ancerviller, dans le Chaumontoîs*. Il décida que, si un serf appartenant à Bouxières prenait femme sur un de ses domaines ou sur un fief relevant de lui, les deux conjoints deviendraient la propriété de l'abbaye. Les religieuses obtenaient encore le droit de choisir librement leur abbesse. Elles devaient seulement, en signe de sujétion, apporter chaque année à Toul, le jour de la Purification, deux livres de cire.
La première abbesse fut Rothilde. Elle et une de ses compagnes avaient été formées à la vie monastique par un célèbre reclus de l'époque, Humbert, ami de Jean de Gorze '. Elles avaient vécu, près de Verdun, dans une cellule, à côté de la sienne, lorsque Gauzelin fit appel à leur concours. Grâce à ces pieuses femmes, le monastère prospéra, et, comme l'écrit un chroniqueur, «un multiple essaim, rempli d'une sainte ferveur, vint des retraites du monde se réfugier dans cette abbaye* ».
Telle est l'histoire de la fondation de Bouxières, comme elle résulte des documents authentiques. Mais bientôt elle fut embellie. Au début du xn* siècle, l'auteur des Gesta episcoporum Tullensinm raconte qu'un frère de Gauzelin, Hardrade, poursuivait un jour un sanglier sur les bords de la Meurlhe. Traquée par les chiens, la bête se sauva sur la montagne au-dessus de Bouxières et s'arrêta en un épais fourré. La meute, n'osant l'y suivre, demeurait muette et stupide. Le chasseur étonné sauta de son cheval et, en s'approchant, il découvrit un autel au milieu d'édifices en ruines. Il raconta ce miracle à son frère qui fit une enquête ; on apprit que jadis une église de Notre-Dame s'élevait sur ce sommet et que souvent, pendant la nuit, des lumières étranges resplendissaient. Gauzelin aussitôt de rebâtir l'église et d'établir à côté un monastère de religieuses, dont la renommée se répandit au loin 5.
1. Nous avons encore l'original du don fail de c<*.s biens par Hërisinde A l'église de Toul. A. D., H, 3oii. Le bien de Pixérécourt était arrosé par une rivière appelée y7(u^fo/u^ Erciut, aujourd'hui le ruisseau de Pixérécourt. La charte publiée par Lepagk, L'Abbaye de Bouxières, Wiener, 1869, p. iiA (n* II). Un peu plus lard Hérisinde céda le reste de ses biens de Pixérécourt directement à Bouxières (Lepage, n9 i), et ce don fut approuvé par Gauzelin (Lepace, n9 3).