Chronique de Lorraine, p
RENÉ II A SALN'T-MCOLAS. 4?^
Les Suisses, avertis, fouillèrent toutes les demeures et ne firent aucun quartier. Ils poursuivaient les malheureux qu'ils trouvaient et les mettaient à mort. Ils accouplaient parfois 5 ou 6 prisonniers, les conduisaient sur le pont et les jetaient dans la Meurthe, les empêchant par leurs piques de regagner la rive. On raconte que l'un de ces malheureux, recouvert de sa cotte de mailles, invoqua saint Nicolas et put ainsi s'échapper'. Pourtant, les Suisses ne se souciaient guère du respect dû aux choses saintes. On vit l'un d'eux couper la tête à un Bourguignon devant la porte même de l'église. D'autres ennemis s'étaient sauvés dans le clocher; ils furent jetés en bas et reçus sur les piques *.
Il était bien difiicile de loger et de nourrir dans la petite ville cette grande armée d'environ 20,000 hommes. 49OO0 soldats trouvèrent un abri dans la halle de la \dlle, qui était située là où est aujourd'hui la place publique, un peu au-dessus de l'église. Les autres se partagèrent entre les maisons particulières, s'entassant comme ils pouvaient. Le duc René reçut asile au prieuré bénédictin anglais près de l'église. On découvrit aussi des provisions suffisantes. Les habitants, heureux de l'arrivée de leur duc, ouvrirent leurs celliers et leurs caves. On eut de la viande et du vin <x fieret », c'est-à-dire du vin un peu âpre du pays, à discrétion ^ Les Suisses eurent seulement le tort de se jeter avec avidité sur le miel qui était en grande abondance ; beaucoup d'entre eux en furent très sérieusement incommodés'^.
Tandis que toute cette troupe se logeait et se nourrissait de son mieux, arrivèrent à Saint-Nicolas le comte de Campo-Basso et ses deux fils. Campo- Basso avait mis enfin à exécution le projet de trahison qu'il méditait depuis longtemps. Il connaissait l'approche de Tarmée de secours; il prévoyait la défaite du Téméraire : il fallait abandonner celui qui allait être vaincu et se faire payer chèrement par celui qui allait être vainqueur. Pour faire bien comprendre son manège, nous sommes obligé de revenir un peu en arrière.
Nous avons vu comment, dans l'été de i474> le roi Louis XI, irrité de ce que le roi de Sicile René eût disposé de ses États sans l'avoir consulté, avait prononcé la saisie des duchés de Bar et d'Anjou et les avait déclarés réunis au domaine. En i47îi> '^^ plus fort des démêlés du duc René II avec la Bourgogne, il avait fait occuper les villes du Barrois, ajoutant ainsi aux nombreux embarras de la Lorraine ^ En 1476, Louis XI revint à de meilleurs sentiments. Il avait obtenu d'une manière secrète que TAnjou reviendrait au domaine à lu mort du roi René; il donna eu conséquence mainlevée des deux duchés saisis^. Notamment, le 2 juin, il déclara abandonner les villes et châteaux de Bar-le- Duc, Louppy, Kœur, Gondrecourt, Morley, Revigny et autres qu'il détenait ;
a. Chronique de Lorraine, |». rîSn.
.•*. Ibid,
f^. Ettkrlin ; Pihckheimeh. Voir Appendice,
n. Voir plus haut, p. 4oi.