DISPOSITIONS PRISES PAR CHARLES LE TEMERAIRE
nommé Moro; il portait le casque que surmontait le lion de Bourgogne. Un auteur postérieur, Nicolas Rémi, raconte que le lion d'or du cimier tomba tout à coup sur l'arçon de sa selle, et que cet accident lui causa une vive appréhension : Hoc est signum Dei, se serait-il écrié '. Autour du Téméraire étaient rangés Jean de Rubempré, sieur de Bièvres, celui-là même qui avait gouverné Nancy en son nom, son chambellan Olivier de la Marche, le comte de Chimay et le comte Engelbert de Nassau *. A gauche du Téméraire, entre le chemin de Saint^Nicolas et la Meurthe, dans la prairie, se trouvait une partie de la cavalerie, commandée par un Italien, Jacques Galeotto ^ Elle s'appuyait sur la rivière ; un gué qui se trouvait en cet endroit, le gué de Tomblaine, lui permettait à la rigueur de gagner la rive opposée. Adroite, il avait placé un autre détachement de cavalerie, sous les ordres d'un seigneur très énergique, Josse deLalaing^. Cette aile droite venait s'appuyer sur le bois de Saurupt et en touchait presque la lisière 5. Ainsi rangé, Charles attendit avec impatience le moment du combat.
Cette position était très bien choisie, comme position défensive. Mais il y avait une hypothèse que Charles n'avait pas examinée : l'hypothèse d'une défaite. Vaincu, il était absolument perdu. Aucune retraite ne lui était ouverte. Derrière lui s'étendait le ruisseau de la Madeleine, puis le ruisseau Saint- Jean, gonflé par les neiges et qu'il serait difficile de franchir ; plus loin était la ville de Nancy, dont la garnison sortirait silrement pour lui couper le chemin ; puis il était pris dans l'angle que forment la Meurthe et la Moselle en se réunissant. Pour sortir de là, il n'y avait qu'un pont : celui de Bouxières^, et il était gardé par Campo-Basso. Il ne pouvait être question de se jeter vers les hauteurs de Villers et de Laxou ; c'était se condamner à errer au milieu de la forêt de Haye, parcourue par des paysans lorrains, et à y mourir de faim. René avait au contraire derrière lui toute l'étendue de la Lorraine, et par le pont de Saint-Nicolas il était maître des deux rives de la Meurthe.
Pendant que Charles le Téméraire prenait ses dispositions, le duc René se préparait à l'attaquer. 11 se réveillait heureux à Sainte-Nicolas le dimanche 5 janvier, veille des Rois, et rassembla son armée. Il entendit avec recueillement la grand'messe à l'église du bourg, et cependant d'autres messes furent dites sous la vaste halle où étaient dressés jusqu'à sept autels. On fît ensuite