Chronique de Lorraine, p. a
che, celui de Jan'ille était très encaissé ; des deux côtés, il était bordé de haies épaisses, qui en rendaient l'abord difficile. Au delà du ruisseau de Jarville s^étendait le village de ce nom bordé à sa partie sud et ouest par une seconde forêt, qui s'étendait jusqu'au delà du ruisseau de Heillecourt.
C'est entre ces deux ruisseaux de la Madeleine et de Jarville, sur cette hauteur, que le Téméraire rangea son armée en bataille'. Combien avait-il de troupes à opposer aux 20,000 hommes de René II ? La question est assez difficile à résoudre. Les écrivains bourguignons donnent des chiffres dérisoires; Olivier de la Marche parle de 2,000 hommes seulement*; Molinet, de 3,000 ); Commines lui-même ne lui attribue que 4)000 hommes et moins^. Les Suisses, pour décider les volontaires à s'eiurôler, prétendaient qu'on n'aurait affaire qu'à une armée de 6,000 hommes ^ Mais ces chiffres sont évidemment trop faibles; un nombre presque aussi grand de Bourguignons périt dans la bataille, nous le savons par des témoignages certains^. Nous pensons, pour notre part, qu'il faut attribuer à Charles une armée de 10,000 hommes". Mais seuls 8,000 prirent part au combat. Les autres 2,000 étaient restés autour de Nancy pour surveiller la ville. Le Téméraire avait en revanche une artillerie assez forte : 3o coulevrines et une série de petits canons.
Charles le Téméraire s'imaginait que René II et son armée déboucheraient par la route de Jarville à Nancy, dont le tracé était le même que celui d'aujourd'hui, et voilà pourquoi il plaça toute son artillerie sur la hauteur, à l'endroit où s'élève maintenant l'église de Bonsecours. Ses coulevrines devaient balayer la route et empêcher les ennemis de franchir le ruisseau encaissé de Jarville. Lui-même s'établit avec ses gardes et les soldats les plus vaillants derrière cette artillerie et formait le centre de son armée, ce qu'on appelait la bataille. Il brûlait du désir de combattre et de se venger du duc lorrain pour lequel il avait un profond mépris. 11 était monté sur un beau cheval noir.
1. La position de l'armée du Téméraire est très bien indiquée parla Chronique de Lorraine, p. agi : « Lequel (le duc de Bourgogne) avait ordonné toute sa puissance en trois bandes entre la Magdeleinc et Jarville. > De même dans le Dialogue de Lun, p. i8i : • 11 s'en vient avec ses gens se parquer delà la Marfdeleine, avec ses serpentines qu'il y mena quant et luy pour tirer au chemin qui venoit dudit Saint-Nicolas. » Jean i>k Royk est un peu plus vague quand il dit : c H rassembla son armée entre la Maladreric-lcs-Nancy et Laneuveville. > La Desconjiture écrit : c Le feu duc de Bourgogne s'estoit jette hors de son parc, et s'estoit mis en bataille en un champ ; et entre luy et les autres avoit un ruisseau qui passe on une Mnladrerie nommée la Magdeleine et estoit ledit ruisseau entre deux fortes hoyes des deux costés rntrc luy et lesdils Suisses. » On a voulu voir dans ce ruisseau celui de la Madeleine ; dès lors, l'auteur du récit aurait commis une grosse bé\iie. Mais le ruisseau de Jarville passait sur des champs appartenant à la Madeleine, par suite sur le territoire même de la léproserie. Nous pensons que l'auteur a voulu désigner ici ce dernier ruisseau, le seul d'ailleurs qui fût entouré de haies.
2. El prens sur ma conscience qu'il n'avoit pas deux mil combattans. Ed. Beaune et d'Arbadmokt, III, 239.
3. Le comte de Chimay certifia 1 qu'ils n'cstoicnt poinct plus de trois mille combattants ». Éd. Bucaox, I, pp. aag-rSo.
4. J'ay entendu par ceulx qui le cuidoient sçavoir (pi'ilz n'avaient point en l'ost quatre mil liommes. Éd. de M"* DupoxT, II, p. 61. Cf. Gollut, p. 88a.