I. 3oi ; Deictinfllare, p
Près de 600 Bourguignons périrent en cet endroit et furent enterrés à côté du pont de Bouxières^ N'est-il pas regrettable qu'aucune pierre, aucun monument commémoratif ne marque leur tombeau et ne garde le souvenir de ce fait d'armes ?
Quelques Bourguignons réussirent pourtant à passer ; on leur donna la chasse sur la rive droite de la Meurthe ; on les poursuivit jusqu'à devant' et Condé', jusque sur les hauteurs d'Amance^. Les malheureux espéraient trouver refuge au château de Condé qui appartenait à Campo-Basso^ La plupart d'entre eux furent tués. Les autres continuèrent leur course affolée jusque sous les remparts de Metz. Entre 2 et 3 heures du matin, ils se présentèrent près de la porte Saint-Thiébaut et supplièrent, les mains jointes, le commandant du poste de leur ouvrir. Longtemps André de Rieneck ne voulut rien entendre, croyant avoir affaire à des aventuriers ; mais le doute ne fut plus possible. Ces misérables à moitié morts de froid et de peur, les membres transis, cela était l'armée du grand duc d'Occident ! On les laissa enfin pénétrer dans la ville; on chercha à les réconforter; mais environ 160 de ces malheureux succombèrent, au grand hôpital Saint-Nicolas, au Neubourg^. Et pendant trois jours on voyait toujours arriver de nouveaux fuyards. Beaucoup pourtant n'atteignirent pas Metz. Ils furent massacrés et dépouillés par les paysans du voisinage. « A cinq ou six lieues en tirant sur Metz, on ne trouvait que gens tués par les chemins 7. »
Quelques Bourguignons, au lieu de se porter au nord vers le pont de Bouxières, s'étaient jetés à l'ouest, sur les hauteurs de Villers et de Laxou. Leur sort ne fut pas plus enviable. Ils furent contraints d'errer dans la forêt de Haye où ils manquèrent de toute nourriture ; les uns moururent de faim, d'autres furent massacrés par les paysans, d'autres faits prisonniers ; ainsi le grand bâtard de Bourgogne, Antoine, fils de Philippe le Bon, fut capturé près de la chènevière de Jeannot le Basque ^. Quelques-uns d'entre eux seulement réussirent à s'échapper sous des déguisements.
La poursuite se prolongea féroce, implacable, jusqu'à la nuit. Vers cinq heures du soir, au moment oii les ténèbres devenaient déjà épaisses, René II, entouré de toutes les bannières suisses, était arrivé au pont de Bouxières. Il s'informa avec beaucoup de soin si personne n'avait appris ce qu'était devenu
i. Chronique de Lorraine, ib,
2. ChAtellenie et chapelle, entre Bouxiëres-aux-Dames et Cuslines.