Philippe de Vigneulles
8. Chronique de Lorraine, p. 3oo. Jeannot le Gascon ou Jeannot le Basque ou encore Jean de Bidos fut fait plus tard capitaine de Marville (aujourd'hui canton de Montmédy, Meuse) et reçut en doc de Hené II les place, ville^ terre et seigneurie de Jametz. (Lbpage, Commentair§9, p. loi.) Cf. im/ra, p. 5io et 68a.
UENÉ II RENTRE A NANCY. 5o I
le duc de Bourgogne. L*auteur de la Chronique de Lorraine lui assura qu'un prisonnier fait par lui au château de Clévant lui avait affirmé que le Téméraire était tombé près de la Commanderie Saint-Jean, mais que ce prisonnier lui avait été enlevé et massacré par les Alsaciens. Non encore persuadé, René envoya un exprès jusqu'à Metz vers Jean Deschamps, clerc de la cité, pour s'enquérir si l'on n'avait pas vu passer le Téméraire : le lendemain seulement, il devait recevoir réponse que personne n'avait vu le duc de Bourgogne *. Toujours anxieux, René quitta Bouxières et se dirigea vers Nancy ; il lui tardait d'entrer dans sa capitale délivrée, de féliciter ses sujets de leur belle résistance. Il pénétra dans Nancy par la porte de la CrafTe, à la lueur des torches, et tandis que le peuple criait : Vive notre seigneur ! il passa devant son palais dévasté ; cai' on avait enlevé les poutres du toit pour se chauffer. Il se rendit à Saint^eorges et rendit grâces à Dieu de la victoire. Quand il fut arrivé devant la place du Châtel, nommée aussi place des Dames, un spectacle curieux l'attendait : les Nancéiens y avaient amassé les -têtes des chevaux, chiens, chats et rats qu'ils avaient été contraints de manger pendant le siège *. René II remercia, les larmes aux yeux, ses sujets de leur dévouement. Il coucha cette nuit dans le logis de l'ancien prévôt Ârnould de Montenoy ' ; mais il ne dormit guère. Il était préoccupé du sort du duc de Bourgogne. Puis il était réveillé par les cris de joie du peuple. Les Nancéiens, ayant de nouveau des provisions, faisaient bombance, dansaient autour des feux allumés : c'était précisément la veille des Rois, fête très populaire au moyen âge^, et l'on vidait la coupe avec entrain : Le Roi boit ! La Reine boit !
Les Suisses étaient retournés à Saint-Nicolas, pour y passer la nuit ; mais n'y ayant point trouvé de vivres, ils étaient revenus en arrière et se mirent à piller le camp bourguignon et à dépouiller les morts ^ Dès le lendemain.
1. Desconfiture y t. III, p. Ao^* Lic sens de ce passage se saisit, quand on le compare au texte de Jean de Rote, Chronique scandaleuse,
a. Tous ces détails sont empruntés à la Chronique de Lorraine, pp. 20a-ao3.