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DISCOUVERTE DU CADAVRE DE CHARLES LE TEMERAIRE. 5o3
retrouvé, en s'écriant : « O mon seigneur de Bourgogne ! » Plus tard, ce détail sera amplifié ; Ton fera de cette servante une courtisane, reconnaissant son amant, comme jadis la belle Edith son mari ITarold sur le champ de bataille de Senlac'.
René II fut aussitôt prévenu de cette lugubre découverte. Il ordonna que le corps de son adversaire, bien lavé, enveloppé dans un blanc linceul, fût porté à Nancy par quatre gentilshommes. On le déposa dans la maison de Georges Marqueiz, dans la Grande-Rue actuelle', <c en une chambre derrière », tandis que le cadavre du sieur de Bièvres était transporté dans la demeure de Monsieur Hugues 5.
On avait encore quelques doutes sur Tidentîté du premier corps; on le montra à ceux qui avaient le mieux connu le Téméraire : à Antoine de Bourgogne, son frère naturel, à Henri de Neuchâtel, fils du maréchal de Bourgogne, à Philippe de Neuchâtel, duc de Fontenoy, à son médecin portugais Mathieu Lupe, à ses valets de chambre, à son chapelain Denis, à Olivier de la Marche, son chambellan^. Tous furent unanimes à reconnaître le duc. Sur son cou était la cicatrice de la blessure qu'il avait reçue à Montlhéry ; à la mâchoire supérieure manquaient deux dents ; les ongles des doigts étaient très longs ; à l'orteil gauche Tongle était arraché ; d'autres signes encore achevèrent de dissiper toute incertitude ^ Tous les Bourguignons prisonniers durent se rendre à l'évidence. « Quand la constatation eut été faite, tous gémirent à haute voix et pleurèrent abondamment. Oh ! la grande tristesse ! Ni prêtre ni laïque n'avait assisté à ses derniers moments le grand duc d'Occident^. » Pourtant, si tout le monde était d'accord à Nancy, au loin on ne voulut pas croire à cette tragique aventure ; on racontait que le Téméraire avait échappé au massacre des siens, qu'il était caché dans quelque retraite propice et qu'il apparaîtrait de nouveau, à l'heure choisie par lui 7. L'auteur
I. Famala in extasim potita corruit saper corpus, dicens : O mi domine Burgundie. (Knebel, Basler Chroniken, t. III, p. io3. Ce témoignage nous paraît irrécusable. Jean Luo, Dialogue, p. 184 : • Il fut certifQé par sa lavandière ». Pierre de Blarru commence par amplifier le récit dans sa Nancéide. Il nous parle de
Muliercula, scortum
JJxave
QujBf non virgineos ibi dum veraaret ocellos
(éd. ScRUTZ, t. II, p. 370), reconnaît le cadavre. — Jean d'Auct, f^ 353, rapporte que le cada^Te fut trouvé par « une femme putain et suyvant le camp pour laver ou cuire le potaige des gens de guerre •.
a. Chronique de Lorraine, p. 307. Dans les comptes de Lorraine de i48o, A. 0., B, 976, fol. 486 verso, on lit : c Georges Marques prend chacun an que mondit seigneur lui a assigné sur la recepte dudit receveur la somme de cinquante francs, XII gros pour chacun franc, pour les bons et aggreables services qu'il a faiz par le passé et fera pour Tadvenir, par cspecial qu'il s'a conduit très hounestement durans les sièges de la ville de Nancy, d'après lettres données a Toul, 18 février 1476 (n. st. 1477). »
3. L'auteur de la Chronique dit « en la maison de Monsieur Hugues, oii demeure à présent Johannes de Vairoy 9. Nous ignorons où était située cette maison.
4. Desconfiture, t. III, p. 49^ ; Chronique de Lorraine, p. 3o8.
5. Sur ces signes, voir la Desconfiture, t. III, p. l^h. G. H ans Erhart Tusch. Voir Appendice,
7. Thomas Basin, Chronique, éd. Quichbrat, t. II, p. 4]7< Quelques-uns soutenaient ces dires de-
des Chroniques de Metz nous rapporte même que des individus prêtaient de Targent qui ne devait être remboursé qu'au moment où se montrerait de nouveau le Téméraire *.
Le cadavre du Téméraire resta exposé trois jours consécutifs dans la maison de Georges M arqueiz ; il était placé sur un catafalque recouvert d'un drap de velours noir ; on avait mis sur la tête une toque rouge, et près de lui brûlaient, aux quatre coins, de grandes torches; chacun fut admis à déGler devant lui. a Les uns pryoient Dieu por luy, les altres non, parce que moult de mais avoit faict on pays' ». Le duc René II le vint voir et se mit à genoux pour recommander à Dieu son ancien ennemi 5.
Le samedi, le corps fut embaumé, et le dimanche, 12 janvier, renterrement eut lieu en grande pompe à la collégiale Saint-Georges. L'église était tendue de draps noirs et de chaque côté de la Grande-Rue se tenaient les bourgeois de Nancy un cierge à la main. Quatre comtes lorrains portèrent le corps, de l'hôtel Georges Marqueiz à l'église ; derrière ce premier cercueil était porté celui du sieur de Bièvres. Les trois abbés de Lunéville, de Clairlieu et de Beaupré chantèrent la messe, et l'on enterra le duc devant un autel consacré à saint Sébastien ; Rubempré fut placé à une certaine distance à côté du duc
vant les magistrats de leurs lieux et ils affirmaient #0 etiam et uiteun êuam tuniâiom* periculo tabmittere, ubi non ita fore^ uti asserebant, reciperetur, Diebold Schilluco (de Berne), p. $73, assure ({ue, selon quelques-uns, le Téméraire s'était adonné à la nécromancie et qu'il s'était fait disparaître lui-même, pour se montrer à nouveau quand il l'aurait jugé à propos.