CHAPITRE XVII
La Croix de Bourgogne. Souvenirs artistiques et littéraires de la bataille de Nancy.
L'écusson ducal, la croix de Lorraine
et le chardon de Nancy.
Les tapisseries de Charles le Téméraire
et la procession des rois.
S Ur. La maison de Georges Marqueis et le pavé historique, — La Croiœ de Bourgogne primitive. — La réparation de 1610. — La croiœ simple sous le régime français. — Aa construction (tune pyramide à l'époque de Léopold, — La réparation de lyôo. — Démolition sous la Révolution, — La croix de 1821. — Nouveaux projets.
5 II. L'Annonciation sur la porte de la Craffe. — La Bataille de Nancy de Schuncken, sur la porte Désilles. — Le tableau (f Eugène Delacroix. — I^ tableau de Fegeu' Perrin. — La Naucéide de Pierre de Blarru. — Biographie de fauteur. — Poèmes bourguignons sur la mort de Charles le Téméraire. — Pièces de théâtre sur la ba^ taille de Nancy. — Le drame de Guilbert de Pixérécourt. — Le drame de M. Adolphe Ribaux. — Romans sur la bataille de Nancy.
S III. Les armoiries des ducs. — Les alérions. — Diverses armoiries adoptées par René I^^ et par René IL — Fixation de Vécu en i545. — La croix à double traverse. — Son origine hongroise. — La croix à la bataille de Nancy. — Elle est désormais l'emblème de la nationalité lorraine. — Le drapeau lorrain. — Le chardon emblème de la maison d'Anjou. — Cet emblème passe à la Lorraine, puis à la ville de Nancy. — Armes données officiellement à la ville en m5j5. — La devise : Non inultus premor. — Les canons en sautoir. — Les armoiries au temps de Napoléon /w. — Forme des armoiries actuelles. — La couronne qui les surmonte.
S IV. Le ccuque et les épées de Charles le Téméraire. — Ses tapisseries, — La Condamnation de Souper et de Banquet. — La moralité de Nicolas de la Chesnaye. — La tapisserie cTAssuérus. — Don de ces tapisseries à l'Hôtel-de' Ville et au Musée lorrain, — La procession du lendemain des Rois. — Description de la cérémonie. — Elle est supprimée après ij33.
Si la bataille de Xaiicy est, dans l'histoire de la Lorraine et dans celle du inonde, un si yrand événement, il ne faut point être surpris que, partout en notre cité, l'on se heurte à quelque souvenir de cette mémorable journée. Ici s'élevait la maison où le coq>s du Téméraire a été rapporté, et là se dresse une croix à l'endroit précis où le cadavre fut découvert ; de nom-
hrcuscs œuvres artistiques et littéraires évoquent la victoire de René II ; même les armoiries ducales, la croix de Lorraine et le chardon de Nancy col été définitivement fixés après ce fait d'armes et ont reçu de lui une signification nouvelle ; les superbes tapisseries que montre avec orgueil le Musée lorrain sont des dépouilles des Bourguignons et ont rehaussé l'éclat des fêtes par lesquelles était célébré autrefois l'anniversaire du triomphe. Enfin, l'église de Bonsecours, en un faubourg éloigné, celle des Cordeliers, au cœur de la Ville- Vieille, ont été élevées comme des monuments de piété pour ceux que la bataille avait fauchés et de reconnaissance envers Dieu qui, le 5 janvier, avait abattu l'orgueilleux et donné la victoire aux humbles.
A défaut de document écrit bien sAr, la tradition orale a conservé le souvenir de l'emplacement de la maison de Georges Marqueiz% où fut apporté dans Nancy le corps du Téméraire. Au début du xvm* siècle, ce semble, le président de la Cour souveraine, Jean-Sigisbert de Rennel de l'Escut ', amateur éclairé de nos antiquités nationales, devenu propriétaire d e cette demeure, pava de pierres noires le trottoir qui la longeait sur la Grande- Rue et aussi celui de l'autre côté sur la place de la Carrière. Ce pavé dont la couleur attirait le regard rappelait l'exposition du cadavre trouvé dans l'étang SaintrJcan. Dès le temps de Lionnois, on ne distinguait plus aucune de ces pierres sur la place de la Carrière ; quelques-unes seulement étaient visibles sur la Grande-Rue, beaucoup moins fréquentée. L'historien de Nancy demanda avec instance qu'on les rétablit. « Ce pavé, disait-il, serait de peu de dépense et éterniserait l'action la plus importante qui se soit passée eu Lorraine et sous les murs de Nancy 5. » Lionnois ne devait point voir son vœu réalisé. Au xix' siècle, l'hôtel Rennel disparut; il fiit remplacé par la maison qui porte actuellement le n? 3o de la Grande-Rue, et ce vieux souvenir allait disparaître, comme tant d*autres, quand, dans un article paru dans le Journal de la Meurlhe, le 22 septembre 1889, Jean Gayon demanda au conseil de Nancy de rétablir ce pavé historique*. La presse applaudit à cette idée;