‹ Histoire de NancyChapitre 468 sur 642 · LioM.NOis, t. I, p. 3oo · texte numérisé non relu

LioM.NOis, t. I, p. 3oo

f\. Les articles sur cette question ont été réunis dans une brochure, qu*on trouvera à la Bibl. dt Hancyi Fayier, Catalogue, no a535.

LE PAVK IllSTOHigUE.

mais le projet ne fut cxéculé qu'en i853 '. A cette date, avec les anciens pavés noirs, retrouvés dans le sol, on traça sur le trodoir, devant le n" 3o de la Grande-Rue, la date de ili-j-j et l'on disposa entre les cliiflres i4 et 77 une croix de Lorraine. On entoura ces pavés noirs de pavés blancs qui les font ressortir et l'on enferma le tout dans un double cadre noir, composé de même avec les anciennes pierres.

A l'emplacement où le Téméraire était tombé, on éleva peu après 1477 une croix qu'on appelle parfois croix de Lorraine, mais plus souvent croix de Bourgogne. 11 est aujourd'hui assez difficile de dire quelle était la forme cl la nature de la croix primitive. Très vraisemblablement elle était en pierre'; le

soubassement était surmonté d'une croix à double croisillon, c'est-à-dire d'une croix de Lorraine'. Sans doute sur ce soubassement < se trouvait gravé sur une lame de cuivre l'antique inscription dont Ortelius, qui a visité le ducbé

I. On lit dans le Journal de la Mearlhe du 37 janvier i853: • L'adminislralian municipale de Nancy, mue par un scntimeut auquel on ne saurait trop applaudir, virnl de faire Iracer, en pierres noires, le millé^me de 1477 devuit la maison de la Griudc-Huc uù fut exposé U corps de Charles le Téméraire. •

a. Orlelius, p. 3y, affirme que la croix était en pierre : Oucem hic la/iiiUaiii uirteai Cam h/ic iateriplione gallica in xrea lamina. Dans les Suuvtitira et Mimuineals de la bahiilU de Nancy, Caton reproduit d'aprës un ■ dessin du temps, inédit i celte cruix de Bourgogne. Nous publions à notre tour ce dessio, sans en garantir l'aulbeaticilé. Dans son [eilc, Cayo.i dit qu'il reproduit • l'inscription (iravée sur U pierre de la double croïson •■ Ceci nous pariil erroné, l'inscriplioi sur une |>la<iue de cuivre. Dans sou HiHoirt de Nancy, Caton se trompe encorr, ca disant, I En cet endroit-là même, on éleva une croLc en boit, à double croisillon. •

3. Que la croix tùl i double croisillon, cela est entièrement certain. Nicolas IIehi i'aflirmc ei exprès ilans le ttîscuuri de* c/ioset adi'enuet en Lorniine, p. i36.

4- Kt non sur les brandies de la croix, comme Catoh semble J'însiuucr.

53o IIISTOmE DE N^VNCY.

à la tin du xvi' siècle ', el Nicolas Renii, dans sou Discours sur les choses advenues en Lorraine^, nous ont laissé le texte à peu près exact et que nous rétablissons comme suit :

En Tao de llncarnation^

Mils quatre cens septante sïxA,

Veille de rApparition s.

Fut le duc de Bourgogne occis ^

Et en bataille icy transis 7^

Où Croix suis^ mise pour mémoire,

René, duc des Lorrains, roercy'

Rendant à Dieu pour la victoire '<>.

Cette croix fut réparée à diverses reprises, entre autres en Tannée 1694"* Au début du xvu^ siècle, elle fut refaite entièrement par Elisée de Haraucourt,

I. lUnenwiuni per nonnulloM GalUœ Belgicm parte*, Anverpitei i584» p* 39. Ce texte a été reproduit par J. Router dans le /. S. A. L», 1881, p. i85, note.

a. Page i36. L'inscription est reproduite encore dans Julet, Miracles et grâces de N.-Dame de Bort'Secoars'let'Nancy, i63o, p. 66 ; dans Dom Calmkt, II, coL 1077 ; dans D mu val, Description de in Lorraine et du Barrois, t. IV, p. go (le texte donné par Durital est exactement celui d'une feuille imprimée, conservée à la Bibliothèque de la ville, dans sa collection de vues) ; dans Liomiois, t. I, p. 58a. La même inscription est reproduite, avec un dessin du soubassement, dans la collection Gai* GNiÈHEs au département des estam|)es de la BibL nationale. Il provient d'un manuscrit de Paliot à M. le président de Blaizy, t. VII, p. 166. Une autre copie se trouve dans un manuscrit de la Bibl. de l'Anenal à Paris (Recueil de Fevret de Fontette), n*. 3ia8, r> 61. Nous indiquons en note les variantes.

3. Nicolas Rémi et Julet, à tort, ont mis : nulle; ce qui rend le vers faux.

4. Orteuus et Durival écrivent septante et six; Julet, par une singulière inadvertance, soixante et six, La date 1476 est exacte : c'est celle du vieux style ; l'année commençait alors à Pâques uu au a5 mars.

5. Le mot apparition est le terme latin, Epiphanie le terme grec. C'est le jour où le Seigneur s'est manifesté, s'est fait connaître aux hommes. Dom Calmet, Durival, Lionnois et l'inscription actoelle portent apparution,

6. Ortelius écrit : se duc de Bourgogne, Ms. Gaiuxièrbs : le duc de Bourgongne.

7. Ortelius donne ici transsis, Durival trnsis, Dom Calmet indique la variante transmis. Le sens du mot transis est très clair. Transir veut dire sortir de ce monde. Transis chez les chroniqueurs du xv« siècle signiûe mort, Monstrelet écrit : « Cuidans qu'il fut transis, lui araient ouvert le visage. • Dans un manuscrit de la bibliot!ièque Sainte-Geneviève, on lit : « Par tel martire si transis, » Voir le diclionnaire de Godefroy, au mot transir. Par quelle aberration a-tron écrit sur la croix actuelle tansey? ce qui ne signiQe absolument rien. Le manuscrit de GAiONiàRsa fait le vers faux : Et en bataille icy fut transis.

8. Le monum3nt actuel porte : Oii croix fut mise, La variante est donnée par GAioxiàiiBS, Dom Calmkt et Lio>'.nois.

9. Ortelius écrit : « mercis ». Sur le monument moderne, on lit un vers qui est faux : René, due de /yorraine, mecy (sic). Le texte de Gaignièrks, Dom Calmet, Durival et Lioixifois porte de même : duc de Lorraine.

10. Rendant à Dieu» eut la victoire, Ortklius. Dans la Dissertation historique sur la ville de Nancy, attribuée au président Rennel, Bibl. de H ancy, Ms. 884 (67), nous relevons encore ces variantes : au vers 3, La Veille de l'Ap/>arition ; au vers 5 : En la bataille icy transcis. Les principales variantes ont été déjà indiquées dans un excellent article de Gasto.n Save, la Croix de Bourgogne, dans le /. S, A, L., i8g3, p. a5g.

II. Comptes de Jean Vincent, trésorier général, ff A Jehan le Brun, masson, et Nicolas deFléville, serrurier, demeurans à Nancy, trente deux francs pour avoir redressé et relevé la croix proche de Saint-Jean qui est posée où le feu duc de Bourgongne fut tué, et ce tant pour la façon que fer ci plomb emploies, d A. D., B. ia4o

gouverneur de Nancy ; vers suivants :

on reproduisit l'ancieane inscription et on y ajouta les

Et tombée, ea l'an mil six cent et dix ■, De Haraucourl, gouverneur à Nancy *, Seigneur d'Acraigne, Dalem, Muravau, Rn noùM m'a fait reraire de nouveiuL

Cette croix était, sans aucun doute, en pierre. La réfection en coûta assez clier ; d'après un compte conservé aux archives de la ville de Nancy, on paya pour ce travail à Michel Marchai, tailleur de pîprrf, la somme de 601 livres, 6 gros*. On avait achevé rt^i-emmenl la construction de la Ville-Neuve avec seii belles fortifications ; l'étang Saint-Jean venait baigner ]ibastion Saint-Thiébaut ; au milieu de l'étang, on i^leva une croix plus imposante qui complétait en qiiel(|iiimanière les remparts et s'harmonisait avec eux. L\t croix était sûrement à double traverse. Nicolas Julel écrit en i63o : « La datte de cette ioumée se voii encore pour le iourd'huy engravée en la table (fiine croix à double croiton, érigée dès lors au lieu même où fui trouvé gisant le corps dudit Charles^. »

Il nous parait évident que cette croix disparut après l'occupation française de la Lorraine. Les Français négligèrent ce monument qui rappelait un événement glorieux pour la nationalité vaincue. La croix à double croisillon tomba, et sur l'ancien soubassement qui portait l'inscription on se borna à édilicr une immense croix simple, peut^-étre en bois. C'est ainsi que ce monument se présente à nous dans un dessin de la collection Gaignières, conservé à la bibliothèque nationale^. La croix de l'étang

(D'après ui

J. C<TOn.)

10. Collection At GAiontnis ; Eitaat tombée l'an mil lix cealt dix. il DunivAL : goavtmtar de Nancy.

3. Gjuoniincs et Durival : En aoiul m'a /ail relever de nouveau.

4. Ces derniers vers nous soat cités par Giiaitrhtis, /. f. ; par Doh Calhrt. t. Il, col. 1077. a. i. ; par DuBiTAL, t. IV, p. 90 ; et pu- Lio.ikois, 1, 58j. Aeraigoe est l'aDcien aom de Prolois; le vitlagr, érigé en 1767 en nurquiEil, prit le □□m de son seigneur. La seconde localité est écrite Dalem par UoH CiLMET et LioNHOis, d'Alem par Duhival. 11 faut en réalité lire : Dalem, qui est aujourd'hui un village du canton de Bouzonville (Ixirrainp annexée). Dalem fut érigé en 1610 en comté en Taveur d'Elisée de Haraucourt. Cr. Diclionaaire lopographique de la Uatelle. La troïsitane localité, écrite Manuiaaa par GAïa.iiÈnïs, Marevaal par DoM Calxet et Lto.>i:(ois, est aujourd'hui Mérauraui, TemM de la commune de Villers-sous-Boncbamp, canton de Fresne-en-Wo«vre (Meuse).

i. LapAQE, Lei Archivée de Nancy, II, 106. Michel Marchai était l'entrepreneur qui construisit lea remparts de la Ville-Neuve de Nancy. Nous te retrouverons plus tard. fl. Miraelet et grAcet de N.-Dame de Boa-Secoare-lez-Iiancy, p. 66. 7. Le destin de GAiainkiiES, t. e., ne donne <pe l'intcriplion du soubassement avec l'amorce de la

HISTOIRR DE NANCY.

SttinWean est tout à fait analogue à celle qui s'élevait près de Bonsecours, au cimetière des Bourg uigiioiis. Ainsi Israël Silvestre nous l'a montrée dans la célèbre gravure qui représente l'étang Saint-Jean avec les remparts de la ville. Ainsi encore elle figure sur les divers plans de Nancy du xvii* siècle, entre autres sur celui de Defer de ifigS. Mais cette croix simple n'est pas, comme Noël l'a cru, le monument primitif' ; et il n'y a eu aucune inconvenance, comme il le prétend, à l'abattre et à y substituer de nouveau la croix de Lorraine.

Ce changement eut lieu après le retour de Léopold en ses Étals; et malheureusement on ne l'a pas signalé par une troisième inscription. Les écrivains qui, au temps de Léopold, nous parlent de la croix de Bourgogne, la décrivent toujours à double traverse, ainsi Benoit Picarl et dom Calmet'.

Le libraire Nicolas qui, vers 1740, compléta la notice sur Nancy du chanoine de la Primatiale de i6ig, écrit en termes formels : a Au miUeu de l'étang Sainl-Jean est une pyramide surmontée d'une croix de Lorraine '. n Or, à la bibliothèque de Nancy, nous avons trouvé un dessin qui nous montre cette pyrtt' mide surmontée d'une croix de Lorraine. Une base carrée, avec l'inscription, est posée sur trois marches. Elle porte la pyramide

(Utssin A U BibliMhèqac

1. Mcmoiret pour ternir à VHUtoire de L'irrainr-, simplr surail «I« rem|ilac('c ïoulriuent en 17G0 par unr

p. jsa.

1. Benoit Picart. Origine de la Irèt illatire maiton Ht Lorraine, 1704. p- l58; D<ut Ctuor, I. II, col. 1076.

3. Bitil. da Nancy, Ms. 884 (C7), p. i:>». Duhival, 1. 1, p. aS, parle mnà d'un ■ obiliaque Mirmonic

4< llbl. de Hancf, dani> la collection dei vues. Gaston Save b publia ce documeot, iDr dm jndîcatioos, daas le Bullelin dit Sociétéi arliiliguet de l'Eit, l. I, p. i33. Savi a cru que cette pjninidr, a tx'Mi lie iGio ù 171J0; mais nous iir pourons pns iioiis rallier i ses conclusioni.

tronquée avec sa croix à double traverse. Ce monument nous paraît avoir été érigé par Léopold dans les dernières années du xvvf siècle. En l'année 1760, il fut réparé; mais cette fois-ci, les travaux furent mentionnés par un allongement d'inscription :

Réparée par le Magistrat de Nancy

en juillet 1760;

sous le règne de

Stanislas le Bienfaisant'.

François Poirol, l'architecte de la salle de la Comédie, fut chargé de l'ouvrage ; il eut comme collaborateur le célèbre serrurier Jean Lamour'.

Cette pyramide a vraiment assez grand air et elle l'emporte de beaucoup sur la colonne corinthienne actuelle. Jadis, quand les eaux de l'étang étaient hautes, elles venaient jusqu'au pied du monument ; on ne pouvait en approcher que par les temps secs, et Durival, auquel nous empruntons ce détail, ajoute : « Cet étang est fort poissonneux, et on y trouve des moules très grandes ^ »

La croix de Bourgogne fut détruite pendant la Révolution. C'était un emblème religieux; puis elle rappelait un souvenir de l'ancien régime : double motif de ruine. Il n'en resta absolument plus rien. Sous la Restauration seulement, en l'année 1816, il fut question de rétablir le monument, municipalité voulut procéder à la reconstruction ; mais l'amiral comte de Kersaint, préfet de la Meurthe, se ', montra peu favorable au projet ; il prétendit qu'il ne fallait point rappeler les anciennes querelles civiles

entre provinces. « Le Lorrain et le Bourguignon , la choix dk bourgogne actuelle écrit^il, autrefois divisés, sont devenus membres d'une

même famille dont notre Roi légitime est le père, et nous ne devons plus rivaliser aujourd'hui que de zèle, d'affection et de respect pour notre commun souverain*. » Aussi ce n'est qu'en 182 1 que fut reconstruit le monument

I. DuRiYAL, /. /. Notons bien que Tinscription ne parle que de réparations ; elle ne dit pas que la croix a été refaite. Dans le Journal manuscrit de Durital, à la Bibl. de Hancy, on trouve des détails curieux sur cette réparation, à la date du 16 juillet 1760 : c Je vais devant l'étang Saint-Jean voir Télat où se trouve le monument du duc de Bourgogne. Je trouve que le massif de pierres sur lequel est assis le piédestal est ruiné, que les pierres sont désassemblées, la pierre qui porte Tinscription tombée et cassée, une partie demeurée près du piédestal, l'autre moitié |)ortée dans le ruisseau près la chaussée de Viller, pour aider à passer les gens de pied. 17 juillet. Je me fais aporter de l'étang Saint-Jean les deux morceaux d'inscription du monument du duc de Bourgogne. » Cl'est par les soins de Durival, lieutenant de |)olice, que le monument fut ensuite relevé et l'inscription rétablie.

a. Lepage, Le* Archives de Nancy, II, $97. Comptes de l'année 17G3 (ce qui montre que l'architecte et le serrurier n'ont été payés que trois années après l'exécution de leur travail).

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