LE CHARDON EMBLÈME DE NANCY
fices; de plus en plus elle considérait le chardon comme sien. En i547, pour la première fois, dans la relation de la pompe funèbre du duc François P% écrite par Émond du Boullay, héraut d'armes, il est question des ARMES de la ville'. Les cierges et torches portés par les assistants étaient arnioyés aux armes de la cité. Elles ne nous sont pas décrites; mais nul doute que le chardon n'y fût représenté. En mars loyS, un nouveau grand enterrement parcourait les rues de Nancy ; on conduisait à sa dernière demeure la femme du duc Charles III, Claude de France, sœur des trois derniers rois Valois. La ville de Nancy avait donné 3oo torches portées par autant de bourgeois. Et, pour cette cérémonie, le héraut d'armes Émond du Boullay avait fixé les armoiries de la ville, le 27 février ; le blason fut octroyé définitivement par Charles III, le 28 février, et peint par le peintre Jean Contesse*. Les lettres patentes de Charles III sont malheureusement perdues; mais nous avons une ancienne description de ce blason: a La ville porte en son armoyrie ung escut d'argent orné d'un tige arraché verdoyant d'un chardon arrangé de deux feuilles picquantes au naturel, à la Qeur purpurine, honnorée d'ung chef des armes plaines de la grande et excellente maison de Lorraine '. » Nous savons aussi que Charles 111 dans ses lettres patentes faisait un grand éloge de la ville, où se trouvent le palais ducal, l'arsenal, la monnaie dans laquelle sont frappées les pièces d'or et d'argent; il rappelait aussi la glorieuse défense des Nancéiens en 1476*. Maintenant que le chardon est bien l'arme de la ville, il est considéré exclusivement comme une allusion à la résistance nationale contre l'ennemi bourguignon.
Les armoiries de Nancy qui se composaient de deux parties: 1° le chardon; 2° les armes pleines de LoiTaine en chef, étaient-elles dès 1575 accompagnées d'une devise? Uâme se trouvait-elle à côté du corps? La ville fit-elle sienne la devise de Philippe de Gueldre qui, désignant à l'origine la châtaigne, pouvait aussi bien s'appliquer au chardon: Ne me toqués^ il point? Il est impossible de répondre nettement. Mais voici le premier document précis : sur une ancienne médaille qui date de la fin du xvi*" siècle ou du début du
I. La vie et trespas des deux princes de paix, le bon duc Anthoine et saige duc Franc oy s, hha, verso. Le corps est ramené de Lunéville à Bonsecours. Les états de Nancy vinrent jusque-là au-devant du cortège : «t Et avoient merveilleusement grand nombre de luminaires en cierges et torches armoyées aux armes de la ville, et blasons des mestiers dont j'eusse spécifié Tordre, n*eust été que je craignoys estre trop prolixe, i Comme il est dommage que cette crainte soit venue au roi d'armes !
3. Tous ces détails nous sont fournis par une note conservée aux A. K., AA, a, et accompagnant un dessin des armes de la cité. Cette note a été publiée par M. A. Jambois, dans sa brochure, Ae« Armoiries de la ville de Nancy, Origine et description. Berger- Le vrault, 1879 ; et par Lepagb, Les Archives de Nancy, t. I, p. 229. Comme M. Jambois l'a démontré, elle date de la fin du xvi« ou du début du xvii< siècle. Elle est du reste confirmée par le recueil des ordonnances touchant la chambre du Conseil de la ville, fait en i644 P<>r Pierre Richardot, tabellion général de Lorraine. Guf.rrier dr DuMAST, Les vraies armoiries de la ville de Nancy, i856, a publié l'extrait de ce recueil touchant les armoiries. Cf. Guillaume de Rogéville, Dictionnaire historique des ordonnances, t. II, p. i34.