CHAPITRE XVIII
L'église Notre-Dame de Bonsecours.
5 I''. I^» Bourguignons tués dans la bataille de Nancy, — Construction d'une chapelle par Ambroise de Charnières, — La Vierge de Mansuy Gauvain, — Le cimetière des Bourguignons et sa croix, — Le pèlerinage donné aux Minimes, — Agrandisse* ment en 162g de V église primitive, — Miracles accomplis à Bonsecours, — Le livre de Nicolas Julet. — Le vœu de la ville de Nancy de i63t et V ex-voto de Siméon Drouin, — Histoire du monument du vœu de Nancy; modifications en ty4^, en tSoj, en 1848, — Les drapeaux pris sur les Turcs. — L'ancienne famille ducale et l'église de Bonsecours, — Dons faits par des particuliers, — Les Minimes de Bonsecours forment une communauté indépendante. — Construction du couvent.
5 II. Construction (Tune nouvelle église par Stanislas. — Destruction de l'ancienne ; douleur des Lorrains, — Description de l'édifice de Stanislas; l'extérieur et r intérieur, — Bonsecours devient un lieu de sépulture, — Les tombeaux; tombeau de Catherine Opalinska par Nicolas^ébastien Adam; monument du duc et de la duchesse Ossolinski ; tombeau de Stanislas par Vassé; le monument du cœur de Marie Leszczinska, — La chaire de Véglise, — Les guidons du roi Stanislas, — Fondations du roi de Pologne à Bonsecours, — Son affection pour Véglise, — I^s religieux Minimes après sa mort, — Achat de Bonsecours par les chanoinesses de Bouxières,
S m. L'église de Bonsecours sous la Révolution, — Enlèvement des mausolées, — Fermeture de Véglise. — Violation des sépultures. — Le Père Zens et le culte catholique ù Bonsecours (^ijgS'ijgH), — Bonsecours fermée une seconde fois. — L'église vendue à IJopold Morot. — Résiliation de la vente. — Le culte constitutionnel (^iygg'i8ot).
— Le Concordat; le clergé recouvre la chapelle, — M^^ de Bourgogne et la restauration de Véglise, — Les mausolées rendus à Bonsecours. — Visite du comte d'Artois,
— Passage des Polonais en i8i4; Sokolnicki et les restes de Stanislas, — Les Polonais de i833; monument élevé par eux, — Visites princières, — Les a chanoines » de Bonsecours, — Érection de Véglise en paroisse. — Le curé Morel et le baron de Meneval. — Embellissements du sanctuaire ; les confessionnaux. — La cérémonie du Couronnement de la Vierge (3 septembre i865), — Visites de Vimpératrice des Français et de V empereur d^ Autriche. — Les curés Boulanger et Parisot, — La communauté des prêtres auxiliaires, — Bonsecours et les Nancéiens,
Conclusion.
La Croix de Bourgogne nous dit en quel endroit est tombé Charles le Téméraire ; Féglise de Bonsecours marque l'emplacement où furent enterrés les Bourguignons morts dans la bataille. Sur la hauteur, au-dessus du ruisseau de Jarville, près de 4^000 cadavres gisaient. René II ordonna de creuser une
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grande Tosse où on les déposa. Pendant quelque temps, aucun monument ne marqua leur tombe. Ce n'est que sept années après la bataille, en i48i, qu'un religieux, nommé Jean Vitley de Scesse, demanda la permission au duc de clore de murailles ce champ des morts, d'y construire une chapelle avec une petite maisonnette où il se proposait de vivre en ermite et de terminer ses jours. René II approuva ce dessein par lettres patentes du :i8 octobre i484. Et il décida que la chapelle serait placée sous le vocable de Notre-Dame de Bonsecours, « en recordation et perpétuelle mémoire de la victoire que, moyennant la grâce de Dieu et l'aide et intercession de la glorieu»e Vierge Marie sa mère, il avait obtenue en ce lieu' ». Ce nom de Bonsecours était aussi une allusion délicate à l'appui que les Suisses avaient prêté à René II.
Pourtant, Jean Villey ne mil pas son projet à exécution ; peut^tre en fut-nl empêché par la mort. Un chanoine de Sainl-Georges, Ambroîse de Charnières, reprit le dessein sur une invïntion de René II et le réalisa. Une petite chapelle fut bâtie avec une maison y attenant. La construction ne se fît pas sans peine. Les Dames pr^^heresses qui possédaient, avec la maladrerie de In Madeleine, presque tout le faubourg Saint- Pierre actuel, élevèrent des difGcultés. Charnières , pour être maître de son terrain , dut leur payer, par jugement du 31 aoAt i^qS, la somme de 4 francs, monnaie de Lorraine'. La chapelle fut consacrée à la fin de l'année i^^ par l'évêque de Toul, Olry de Btâmont'. Officiellement elle se nommait Notre-Dame de Bonsecours ou encore Notre-Dame de la Victoire et des Rois, en souvenir de la bataille ^gnée la veille du jour des Rois ; mais le peuple l'appelait simplement chapelle des Bourguignons, à cause des morts qui étaient enterrés au cimetière voisin. En l'année i5o5, René II commanda, pour l'orner, à Mansuy Gauvain, le futur sculpteur de la Porterie du palais ducal, une image de la Vierge^. Cette Vienje subsiste encore ; elle est placée dans la nouvelle église, derrière
re de Hansoy C»nï»i
I. Les lettres patentes de René II, A. D.. B, i, t. 3$i i", onl ilé publiées par Himiu Lepaoe dans un brochure : La llhapelle de BonStcourt ou des Boargaignoiu, p. 3, tirage à part de l'Annaaire dt In Mturthe, i85i. Elles sont citées aussi par l'abbé LÉo:( Jérôme, L'Églite Notre-Damt dt Boit- Secnurs h .Vanrij. Nancy, René Vagncr, 1898. Nous nous serriron» blaucoup de Ce» deux excellent* ouvrages. Nous avons aussi eu à notre disposition tout un dossier qu'avait raiioiiblé l'abbé Hahi:ii*L BOUS le titre : Slitanijeu tur Notre-Dame de BonSecoart et cpii se trouve k la bibliolhiqut du Musée lorrain.
a. A. D., G, 1J17. Le texte du jugement publié par Lepaoe, /. f., pp. 5 et S.
■T ci-aprés), 3* édition, p. 59, d'après des auIhcDliquct enrermécs aoua la pierre de
Taule] .
&. D'après I
i cnmptrs du rf-ceveur général. A. D., R, ioo5, P loS r*.
Tautel, dans une grande niche. Elle abrite sous son manteau vingt personnages difTérents. A droite sont les laïques : roi, princes, nobles, peuple ; à gauche, les ecclésiastiques : un pape, des cardinaux, des évéques, des moines. Cette statue, taillée -dans un seul bloc de pierre de Sorcy, est un échantillon très remarquable de la sculpture lorraine. Elle fut ensuite peinte et la seconde femme de René II, Philippe de Gueldre, s'associant à la pensée de son mari, a payé de ses deniers l'enlumineur'.
L'un des projets de Jean Villey était exécuté : une chapelle s'élevait près de l'endroit où les Bourguignons étaient tombés. Mais il restait à entourer d'un mur le cimetière ^. La femme du duc Antoine, Renée de Bourbon, se chargea de ce soin en i5a3. En outre, dans le cimetière elle fit placer une croix de pierre très élevée, que nous voyons nettement dans le dessin d'Israël Silvestre ; et sur une plaque de cuivre, au pied de la croix, elle fit graver une inscription de vingt vers, dont voici le texte :
Mil quatre cens soixante et seize advînt^ Que Charles duc de Bourgongne icy vint^ Accompaigné de soudars et gens d'armes^ Guidant Nancy surprendre â force d'armes. Veille des Koys^ qu'on départ le gasteau^ Il fut occis en passant ung ruysseau^ Et la plus part de ses hommes de guerre Furent occis et semez sur la terre^ Puis recueillis par le commandement Du preux René qui vertueusement Obtint sur eulx glorieuse victoire.
Dont les corps sont cy gisants. En mémoire De ce conflict. Renée de Bourbon, Noble princesse ayant vouloir très bon.
Femme du très illustre duc Anthoine, Fils de René, notre duc de Lorraine, A faict bastir ce cymetière et croix L'an mille cinq cens avec vingt et trois. Priez â Dieu que par sa saincte grâce Aux trespassez pardon et mercy face.
Amen'.
Le cimetière autour de la chapelle a plus tard reçu les corps de plusieurs Nancéiens. Ainsi, dans l'hiver de i53i-i532, la peste fit quelques victimes dans la ville ; on ne pouvait pas les enterrer au cimetière de Notre-Dame, en
I. Compte du recevcuf général de Lorraine de i5o5-i5o6. A. D., B, io85, f^ aogv*. Nous ignorons quel est le nom du peintre. Serait-ce Pierquin Fauteret qui plus tard devait peindre la sépulture de Henc II ?
a. Ce cimetière se trouvait autrefois à remplacement occupé aujourd'hui par le pitc de maisons entre la rue de Strasbourg et la rue de Bonsecours. On y retrouve encore des ossements lorsqu'on y pratique des fouilles.
3. Nous donnons cette inscription d'après Julet, i" édition» p. 76 et d'après une copie du xvu« siècle qui se trouve à la Bibl. nationale, dans la collection GAïa^riènES. N» 4945 du Catalogue, Pe II c. Lio»>-ois l'a reproduite, t. I, p. 58 1, mais inexactement et en omettant deux vers, le troisième et le neuvième. Elle a été donnée plus correctement par M. l'abbé Jérôme, pp. i5 et iC. Sur le dessin Gaicmères, ou lit au ia« vers : Dont les corpt sont gisants; au 17» ont fait bâtir.
pleine cilé; on les transporta dès lors près de cette croix % élevée par la duchesse Kenée et que les documents appellent, comme l'autre, « croix de Bour* gogne' ».
Pendant le cours du xvi* siècle, les ducs de Lorraine nommaient le chapelain de Bonsecours. Celui-ci célébrait de loin en loin la messe à la chapelle ; désignait l'ermite — en général un laïque — qui habitait la maisonnette voisine et touchait les émoluments, revenus et profits du pèlerinage ; car, déjà, les pèlerins venaient en grand nombre visiter l'humble église et, partant guéris après leurs ardentes prières devant l'image de Mansuy Gauvain, ils laissaient sur les murs de naïfs ex^oto. Aussi, l'on dut songer à célébrer dans la chapelle des services plus réguliers. Un scandale, qui éclata en lôoA^ montra encore davantage la nécessité d'un changement. L'ermite avait été condamné à être pendu et étranglé pour la légèreté de sa conduite et ses mœurs déplorables ^ Dès lors, par lettres patentes du 18 octobre i6og, le duc Henri II confia Tadininistration du pèlerinage aux religieux Minimes, que Christophe de Bassompierre venait d'établir dans la Ville-Neuve (ce couvent, joint à celui de la Visitation, abrite en ce moment le lycée). Les Minimes promirent d'acquitter les charges et services de la chapelle, d'y dire une messe à riiitention des ducs de Lorraine, tous les jours de fête de Notre-Dame ; en échange, ils devaient joiur à jamais de tous les revenus qu'elle rapportait^. Ils ne s'établirent pas de suite à demeure à Bonsecours. Ceux qui étaienl chargés du service de la chapelle continuaient d'habiter au couvent de Nancy et l'on nommait, pour résider près du sanctuaire, un ermite, « mais un ermite de nom, d'habit et de profession, bien venu pour sa louable vie et sages déportements hors et dedans la ville ^ », un disciple de Pierre Séguin.
A partir du jour 011 les Minimes desservirent la chapelle, l'affluence des pèlerins devint encore plus grande. Un certain nombre de religieux, six, huit et jusqu'à dix, étaient occupés à donner les soins spirituels à ce peuple. Il fallut, à côté de la chapelle, leur bâtir des cellules ou chambrettes où ils résidaient désormais presque en permanence^. Bientôt, la chapelle primitive fut
I. Le fait résulte des comptes de la ville prévcnlés par Nicolas de Baulme et Henri Goartool. A. D., B, 7247. Cf. Lkpagk, La Chapelle de Bon-Secours oa det Bourguignoru^ p. ii» n* s.
a. Cette croix fut sans doute entièrement détruite, lorsque Stanislas reconstruisit Bonsecours. On t ]»rctendu parfois que cette croix était la même que la Belle-Croia: qu'on voyait ayant i83o à Jarrillc, à Tanglc formé par la roule de Saint-Nicolas et l'avenue de la Malgrange. Mais il n'en est rien. Lio>-Nois, t. I, pp. 609-610, nous raconte l'histoire de la Belle-Croix; elle fut bâtie près de la Malgrange par Stanislas, à la suite de la Mission de 1739, non loin de la route de Nancy à Richardniesnil et Flavigny. Quand le maréchal de Stainville occupa le château, c la Croix, qui était placée sous un baldaquin couvert d'écaillés, a été transportée sur la chaussée qui conduit à SainIrNioolas, de l'autre côté de la Malgrangc. » Cf. Noël, Mémoires pour servir à thistoire de Lorraine, n* 5, 3« partie, p. a43 ; Badel, Les anciennes croix monwnentales de Nancy, p. iS.