‹ Histoire de NancyChapitre 5 sur 642 · PRÉFACE. XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XI

tîtue la page la plus glorieuse de notre première période : la période des origines, la période héroïque.

Vers 1 588, le duc Charles III éleva la Ville-Neuve ; elle fut créée d'un bloc, le long de sept rues longitudinales coupées par six rues « traversantes ». Toutes les voies furent tirées au cordeau, excepté Tantique faubourg Saint-Nicolas qu'on respecta, et qui devint la rue Saintr-Nicolas. Elle est une création tout artificielle. On y attira les habitants par toutes sortes de moyens. On rasa au nord de Nancy le village de Saint-Dizier qui occupait l'emplacement de notre faubourg des Trois-Maisons et l'on distribua aux hal)itants des terrains à bâtir dans la nouvelle enceinte, donnant à la principale artère le nom du bourg démoli : la rue Saint-Dizier. Sur cette voie et au centre de la cité s'établirent de braves bourgeois, vivant de leur commerce et demandant au travail le pain quotidien. La création d'un marché dans le voisinage donna encore à ces quartiers une animation plus grande. Plus à l'ouest, s'installèrent les ouvriers qui étaient occupés à bâtir les remparts, et les artisans des industries de luxe (manufacture de soie, batterie de chaudrons, broderie et taille de diamants) que le duc de Lorraine chercha à introduire dans sa cité. Mais ces industries ne tardèrent pas à dépérir, et le quartier des Artisans devint triste et misérable. A l'est, le duc réserva une place pour la grande église, la Primatiale, qu'il fonda, à défaut d'une cathédrale; vers cette église se tournèrent les demeures des chanoines, construites discrètement entre cour et jardin, tout un quartier clérical bien tranquille. Commerçants, artisans et clercs ne suffirent pas pour remplir la cité nouvelle. On y attira les congrégations religieuses. Entre 1692 et i633, treize couvents s'établirent dans la Ville-Neuve et l'on put dire, en faisant allusion à la création simultanée des trois villes de Livourne, de Charleville et de Nancy, que le duc de Toscane avait créé une cité pour les négociants, le duc de Mantoue pour les banqueroutiers et le duc de Lorraine pour les moines. Charles III se montra pourtant fier de son ceuvre, et fît frapper une médaille où le berger Paris, appelé à se prononcer entre ces trois villes neuves, donne la pomme à Nancy-la-Belle. La ville créée de la sorte connut, au début du

xn pri5face,

XVII* siècle, un degré de prospérité inouï. L'industrie y fut active et les arts y jetèrent un vif éclat. Elle produisit des génies comme Jacques Callot. Mais pourquoi fallut-il que cet essor fût tout d'un coup arrêté? A cette période de splendeur succéda une période de misères profondes où tous les maux, la peste, la famine, la guerre, fondirent sur la malheureuse cité. Les Français Poccupèrent à trois reprises, de i633 à 1662, de 1670 à 1697 et de 1702 à 1714» 6t ils se montrèrent très durs pour elle, surtout au début. Le xvn* siècle, qui nous paraît si grand, fut pour Nancy une période de tristesse. Aucun nouvel édifice ne s'éleva plus dans l'intérieur des remparts; les maisons, n'étant pas entretenues, tombaient en ruines et des planches pourries séparaient ces décombres de la rue. La ville ne commença à respirer que lorsque après la guerre de la succession d'Espagne le duc Léopold fut vraiment le maître dans ses Etats; il s'appliqua à faire cesser les maux et à guérir les plaies. L'architecte Boffrand construisit dans la cité une série d'hôtels en un style très classique, et qu'on peut admirer encore aujourd'hui dans nos rues Saint-Dizier et du Haut-Bourgeois et sur la place de la Carrière '•

Mais bientôt les combinaisons de la politique européenne vont entraîner le représentant de la vieille famille ducale loin de Nancy et de la Lorraine. François III quitta sa capitale pour régner à Florence d'abord, à Vienne ensuite. Le duché échut à un personnage qui lui était entièrement étranger et dont le seul rôle fut de préparer l'annexion définitive à la France. Stanislas Leszczynski essaya de se faire pardonner des Lorrains en multipliant ses bienfaits et en embellissant leurs villes. 11 construisit une troisième cité de Nancy. Le traité de Ryswick avait ordonné la démolition des remparts de la Ville-Neuve, qu'on ferma par un simple mur ; les remparts de la Ville-Vieille, non réparés, ne tardèrent pas à tomber en ruines. Sur les glacis et les terrains vagues entre les deux villes, le roi de Pologne intercale sa cité. Pour la décorer, il a sous la main une phalange de vaillants artistes : Emmanuel Héré, Barthélémy Guibal,

I. L'hdtel de Craon, notre cour d'appel, a été construit par BoSrand.

PRÉFACE. XIll

Jean Lamour, Gyfflé. Ils créent et ornent cette admirable place Royale, aujourd'hui place Stanislas, le joyau de notre ville ; en un espace restreint, ils dressent sur un plan unique toute une série de monuments qui se distinguent tout ensemble et par la pureté des lignes et par l'extrême élégance; ils lui donnent comme centre une gracieuse statue de Louis XV, remplacée aujourd'hui par l'image jnassiye de Stanislas; comme entrées, de superbes portes en fer forgé que rehausse le vif éclat de l'or; comme propylées, un magnifique arc de triomphe. Un peu plus loin, ils établissent une seconde place, aujourd'hui place d'Alliance, dont la solitude est d'un charme si discret. Les Nancéiens se réconcilièrent peu à peu avec un souverain qui leur élevait de si beaux édifices. En 1 766, Nancy cessa d'être une capitale, pour devenir le simple chef-lieu d'une province; mais elle ne bouda pas trop le régime français. Elle accepta comme compensation d'abord l'Université qui végétait à Pont-à-Mousson et à laquelle on espérait infuser une vie nouvelle en la transférant en 1768 dans ses murs, puis le nouvel évêché qu'on y créa en 1777 au détriment de celui de Toul, On élargit son enceinte du côté de l'ouest et on bâtit une nouvelle porte monumentale, celle de Stainville, aujourd'hui porte Désilles. On fait en 1778 et en 1784 de magnifiques projets d'embellissements, que le manque de ressources empêche d'exécuter. Mais, plus que tous ces bienfaits, une autre cause cimente l'union de Nancy et de la France. Les cœurs tressaillent de part et d'autre aux mêmes idées de justice et de liberté ; on devient concitoyens parce qu'on partage les mêmes pensées et les mêmes espérances ; sur les bords de la Meurthe comme sur ceux de la Seine, de la Loire, de la Garonne et du FUiin, on est prêt à acclamer la Révolution.

Nous avions l'intention, au début, de consacrer un volume spécial à chacune de ces trois périodes: mais, en fait, elles sont d'étendue très inégale; et la première, qui va du xi* à la fin du xvi* siècle, est de beaucoup la plus longue. Les époques et les tomes ne se superposeront donc pas. Nous nous arrêterons avec

XrV PRÉFACE,

le présent volume à la mort de René II, en i5o8, et nous renvoyons à plus tard la fin de l'hîstoîre de la Ville-Vîeîlle. Au tome II, nous raconterons celle histoire sous les ducs Antoine et François V et la minorité de Charles III, en insistant spécialement sur le palais ducal ; puis, nous dirons la construction de la Ville- Neuve, celle des remparts et des portes qui les percent, la nouvelle constitution donnée à Nancy et aux corporations des arts et métiers par Charles III, les nombreux couvents qui sont fondés; et, passant plus vite sur les règnes de Henri II et de Charles IV, nous nous arrêterons en i633, à la première occupation française. Le tome III nous montrera la ville occupée à trois reprises par les Français qui la traitent en ennemie ; nous y exposerons la déplorable décadence de la cité au xvn* siècle, mais aussi son relèvement avec Léopold, Stanislas et le régime français. Il est possible que, pour traiter cette vaste matière, deux volumes ne suffisent pas; pourtant nous ferons tous nos efforts pour ne pas dépasser les limites que nous nous sommes imposées. Comme nous avons déjà exposé à nos auditeurs de la Faculté des lettres Phistoire qui fera le sujet des deux volumes suivants, nous espérons que la publication n'en tardera pas trop. Peut-être un jour, si nos forces ne nous trahissent pas, traiterons-nous Thistoire de Nancy sous la Révolution et raconterons-nous les destinées de la ville jusqu'à la fm de Toccupation allemande en 1878.

11 nous reste un devoir très doux à remplir. Nous remercions toutes les personnes qui nous ont aidé dans notre lâche et nous Pont rendue plus facile. Un grand nombre de nos confrères de l'Académie de Stanislas et de la Société d'archéologie lorraine ont droit à nos remerciements ; mais nous devons mentionner spécialement M. Duvernoy, archiviste du départemenl, M. Roussel, secrétaire de la mairie, et M. Caen, secrétaire des hospices; avec une obligeance parfaite ils ont mis à notre disposition les richesses des dépôts dont ils ont la garde. Puis, en vérité, nous ne pouvons songer sans une profonde reconnaissance au concours que nous ont

Page 1