BONSECOURS SOUS LA RÉVOLUTION
A ce moment éclate la Révolution. Dans l'incertitude générale, les constructions sont interrompues et Ton ferme, par une cloison en planches, l'ouverture du chœur. Les Minimes demeurent pourtant, gardiens vigilants du sanctuaire; une procession solennelle se rend à Bonsecours, le 3 octobre 1 790, pour remercier la Vierge d'avoir préservé la ville de plus grands maux, le 3i août précédent, lors de Taffaire de Nancy '; et, le 16 août 1791, est encore célébré, en présence de la municipalité, l'office du vœu de Nancy. Mais, en mai 1792, les religieux, bien que la plupart aient prêté le serment à la Constitution civile, sont définitivement expulsés. L'église servit désormais au culte constitutionnel et fut jusqu'à la fin de 1 798 une sorte de chapelle de secours de l'église Saint^Pierre, au faubourg*.
Avant qu'elle fût fermée, elle avait été dépouillée de ses ornements. Une partie des vases sacrés furent enlevés dès juin 1792 et envoyés à la Monnaie. Sur les quatre cloches trois furent fondues ^ et, avec le produit du métal, on acheta six affûts pour les canons de la garde nationale. En novembre, les superbes tombeaux, chefs-d'œuvre d'Adam et de Vassé, sont sur le point d'être détruits par les bataillons de fédérés. Mais le gardien de l'édifice enlève tous les attributs de la royauté au mausolée de Stanislas et met dans la main du roi de Pologne un drapeau tricolore ; il affirme que sous ce cercueil est enterré un bon patriote, et ces exaltés se retirent*. Quelque temps après, on transféra tous les monuments artistiques de Bonsecours au Musée qui avait été fondé dans la chapelle de la Visitation et ainsi ils furent préservés de la destruction 5. Lorsque le culte catholique fut interdit, les derniers ornements furent arrachés, et les grilles de Jean Lamour vendues à des brocanteurs. Peu de temps après, les tombeaux lurent violés. A la fin de 1798, la Convention nationale avait décrété qu'on enlèverait le plomb des tombeaux et qu'on le convertirait en balles. En conséquence, le 3 janvier i794) les caveaux sous le chœur de Bonsecours furent ouverts. On enleva les cercueils de plomb ainsi que le vase d'argent qui contenait le cœur de Marie Leszczinska. Les corps du duc et de la duchesse Ossolinski, celui de Catherine Opalinska étaient à peu près consumés;
I. Mandement de M. CÉvéque de Nancy, primat de Lorraine, à toccaeion de* trouble* qui ont affligé *on diocèse, 37 septembre 17^.
a. Ces événements ont été très bien mis en lumière par M. l'abbé Jéromr, L'Égli*e Notre-Dame de Bon-Secours à Nancy, pp. io5 et ss.
3. Il a été question de la quatrième plus haut, p. 596, n. 6.
4. Blau, Notice historique sur Stanislas le Bienfaisant, Nancy, Vidart et Jullien, i83i, p. 6.
5. Un instant, il avait été question de les diriger sur Paris, au Musée des Petits-Augustins. [Caton, Notre-Dame de Bon-Secours à Nancy, p. ai.]
600 mSTOIRE DE NANCY.
seul le cadavre de Stanislas était encore en entier; mais un ouvrier sépara d'un coup de bêche la tète du tronc, en s'écriant : « En voilà encore un qui n'a pas été guillotiné ' ! » Tous ces restes vénérables furent déposés péle-méle dans le caveau, et l'on jeta les débris des cercueils en chêne dans un coin près de l'entrée.
Bientôt l'église elle-même de Bonsecours fut menacée. Après l'abolition du culte chrétien, on songea à la convertir en hôpital, puis à la mettre en vente avec le couvent voisin des Minimes. Le 20 pluviôse an III (8 février lygS), deux architectes de Nancy, Dominique Saunier et Nicolas-Ambroise Royer, firent le plan du terrain à vendre et le partagèrent en dix lots*. L'église était comprise en deux lots différents et, par suite, vouée à la destruction. Mais, sur ces entrefaites, la loi du 3 ventôse an III (21 février lygS) décrétait la liberté des cultes et les catholiques (anciens réfractaires) louèrent la chapelle de Bonsecours. D'avril 1795 à janvier 1798, un ancien religieux tiercelin, le P. Barthélémy Zens, y célébra les offices, administra les sacrements, bénit les mariages et présida aux enterrements ^ Seul le couvent et les terrains voisins furent vendus au profit de la nation, le 28 fructidor an IV (i4 septembre 1796)^. Ils passèrent entre plusieurs mains, et ils sont occupés aujourd'hui par une filature qui, après avoir été incendiée le 17 février 1898, vient d'être reconstruite. On reconnaît encore à la filature actuelle le plan de l'ancien couvent.
dépendant, .iprès le coup d'État de fructidor, la persécution religieuse recommençait. Une seconde fois l'église de Bonsecours fut fermée et, cette fois-ci (20 floréal an VI, i4 mars 1798), une affiche annonçait l'adjudication. Elle eut lieu le 1 2 juin suivant et le brasseur Léopold Morot, qui avait déjà acheté les terrains voisins, en demeura acquéreur, au prix de 3, 552, 000 francs. Chiffre énorme au premier abord ; mais le dixième seulement devait être payé en numéraire, le reste en divers papiers J. Morot, en possession de l'édifice, voulut le démolir ; la pioche allait attaquer la vénérable chapelle, lorsque les paysans, venus ce jour-là au marché, s'ameutèrent ; au fond de leur cœur était restée vivacc la foi en la Vierge de Bonsecours. En présence de ces manifestations, le district envoya deux officiers municipaux pour rassurer la population ; on déclara que la vente serait résiliée et cette résiliation fut d'autant plus facile que l'acquéreur n'avait pas effectué son premier versement*. Peu de temps après, lorsqu'à la fin du Directoire la persécution eut cessé, la chapelle lut
I. Lkpap.k, I,e8 caveuux de Notre-Dfune de Bonsecours, suivi d'une petite notice sur l'église, Nancy, 1869, p. i3, note. Lire aussi dans cette brochure le procès-verbal de la reconnaissance dfs corps, du iG ventôse an XI (7 mars i8o3).
a. Ce plan et les procès-verbaux de division en dix lots aux A. D., H. 3956.
3. Abbé JÉRÔME, L'Église Notre-Dame de Bon-Secours à Nancy, p. i25. A partir de oiars i7«)6, le P. Zens eut connue auxiliaire le P. Nicolas Préantoine, ex-curé constitutionnel de Varangêville qni venait de se rétracter.
4. A. D., Répertoire des ventes des biens nationaux de l'an JV à fan VIII, art. Nancy, n* 193.