LE TOMBEAU DE RENE H
Charles^ iadis puissant Duc de Bourgoogne^ Print guerre a luy a petite achoison/) En usurpant son pays sans esloigne g) Tant qu'à Nancey h) mist i) forte garnison. Le preux René qui usa de raison Le conqucsta y) en bataille puissante.
La eust Lorrains nation très-vaillante Qui tindrent k) pied à la dcsconfiture^ Et puis René^ par charité fervente^ Fist a Charles pompeuse sépulture.
Aulx Roy s francoys comme doulx et humain A /) tousiours faict tout honneur et service m) Sur les pays n) qu'il tenott en sa maîu^ Faisant régner équité et iustice.
Aulx desoulez il se monstroit propice : Amant les clercs et les gens de noblesse Et comme un cueur qui o) par dévote humblesse, De Dieu servir seuUement p) se soucie^ Vtvoit en paix^ quand la mort qui trop blesse, Le vint toucher du dart d'apoplexie.
Or avoit il lors faict confession.
Et puis receu le digne sacrement Conséquemment après saincte unction, Rendist à Dieu Tàmc devostement.
Inhumé fust en grant gémissement En ce couvent dont il est q) fondateur. Ainsy print fin le vaillant combateur En décembre Tan mil huictz et cinq cens : Celluy qui est souverain Plasmateur Luy doint repos auec ses r) innocens.
Amen.
Au-dessus de Tarcade, il y a six niches séparées par des pilastres. Les deux niches centrales représentent la Vierge et Gabriel lui donnant la salutation angélique : Ave Maria gratia plena^ ; à gauche sont représentés saint Nicolas et saint Georges ; à droite, saint Jérôme et saint François d'Assise, le patron de Téglise. Ces niches sont surmontées d'un fronton, où des anges portent quatre écussons avec les armoiries de Hongrie, Sicile, Jérusalem et Aragon. Au-dessus du monument plane Dieu le Père. Sur les côtés, entre les niches et le fronton, on lit ces deux phrases : Fecit potentiam in brachio suo et Je suis René, roi de Jherusalem.
Entrons dans le chœur actuel et nous trouvons un autre mausolée, celui d'un arrière-petil-fils de René II, Charles, comte de Vaudémont, qui unissait sous sa seule autorité les deux évêchés de Toul et de Verdun, et mourut le
f) Pour un petit motif, pour un motif ridicule ; g) allogne, qui ne veut rien dire : eslongne ou esloigne signifie délai, retard. Il a pris sans relard son pays ; h) Ttmt espia Nancy, ce qui fait un vers faux ; 1) Cayon a imprimé mis ; j) le compertat ; k) Cayon écrit : qui tindre ; l) Cayon écrit ait ; m) cette mention de sa fidélité envers la France est curieuse ; n) sur le pays; o) coeur que; p) Aiimblemeni se soucie ; q) dont il fast ; r) avec les.
I. Entre ces deux personnages et sur la face du pilastre est un vase d'où sort un bouquet de lis soutenu par un ruban sur lequel est écrit : Sit nomen Domini,
3o octobre 1587. C'est une xtalue de marbre blanc, de grandeur naturelle ; le prélat, encore très jeune — il n'avait que vingt-neuf ans — est à geuoux sur un carreau, les mains Jointes, devant un prie-Dieu. Cette œuvre, malgré cer-
HAi;l!OI.iE DU CAnDtKAL DE VAUDiaONT A l'ÉGLISE DIS COIU»UIItS
(Par Flortot Drooin.)
taines négligence!!, malgré la lourdeur des plis du manteau, compte parmi les meilleures productions de l'art lorrain'; mais autrefois elle n'était point isolée comme aujourd'hui. Elle se trouvait surmontée d'un petit édîcule que supportaient quatre pilastres d'ordre ionique '. Autour étaient rangées quatre
I. Voir la 1res Ilac appréciation àr. M. Auaura, Moaograplûe de la CaUiidrale de Naney, y. iiL
ï. Quand on rpndit la slaluc du cardinal à l'cglisc des Cordrliera, on ne rétablit pas cet édicule;
mais, sur la paroi du clireur contre laquelle la ïlatue esl placée, on poia deux cokHiae* KmiqDM ta
LE TOMBKAU DU CARIMXAL DE VAI:DKM<)NT. 0-i(J
Statues de marbre, représentant assis les quatre docteurs de l'Église latine : saint Augustin, saint Grégoire, saint Ambroise, saint Jérâme. Tombeau et statues sont l'œuvre de Florent ^ Drouin, de Nancy. Sous la Révolution, le tombeau et les statues devinrent propriété de la ville ; ellcics transféra au musée qu'elle créa dans la cliapelle de la Visitation. Eu 1807, la ville lit don du tout à l'église cathédrale ; on y plaça la statue du cardinal de Vaudémont dans la chapelle Sainl-Fiarrc, les quatre docteurs dans les chapellesde la Vierge de Bonne-Nouvelle et du Sacré-Cœur, qui forment le transept de l'édifice '. Lorsqu'au début de ce siècle on rendit l'église des Cordeliers au culte, lorsqu'on
pierre, rtcouvcrlis d'un vcmis iioir simulant le n bre. Ce» CDlannes supporieal un enltblemenl et d'un fronton Iriangnliire dans le lympan duquel on ■ sculpté les armes spéciales du ponlife, surmontées du chapeau de cardinal. Elles font pendant à rentrée de la Chapelle ducale. Les cliapîtcauz des colonnes el le fronton sont l'teuvrc du sculpteur Glorieux. Sur un socle de marbre ijui supporte la statue, on B rétahli l'ancienne inecriplion latine, donnée par LioiniOiB, 1. 1, p. I ig. Nous publions de nouveau cettr
Vidart, Vialor, lot l'rincipamjlora taceitot et hie jacenleif Uruu adtttçaem ntptum qaerare etptaagat ; — aam Carotut Lotharîagiui , Cardiaalii Vaademontiai, Efàicopat et cornet VerduntiuU et TalUmit, lacn imperii Princtpt, — gai purpureo apice clarai, morum odore tuamnimut, doctrinar tuccit tataberrima», Lolharena radice illutlrittimai,
— in tpem eraperal incredibiUm. — Probitale intii/ntM, oirluUbai inytia, reUgione incomparabilit, el aoito in btcreUeoi odio Jtagram incrèdibitiler, — lien jlom lemporum, nam cilo naluM, cilo raptas, eito mareidut, cilo Jtoceïdiu, noitdam XXiX annot dtiibarat, — cam /aloriim tarbo, farenlibai febrinm aiulrii, qaatil, frangtt tl ditjicii humi exanimem.
— O cradelilat I Slccine Principem virum lam acerbe ? Haud nliler mort ïmoUm gloriam parai,
— Crlcrum, Vialor, ne percanclere car lam cilo périt. — Nam périt quod tant impuro taeculo vii/ere (Saint JérAme.) non debuit. — T^ qui pîut et, pio principi bene
lirecare, et abi in rem taam, hoc te volebam. — Philipput-Emmaauet Lotkariagiai, dux Xerturii, inemoriie Jratrit incomparabilit frattr optamat mcereni prit tingolari amore hoc mnnaiiieatam contecravil. — Obiit anao a nalivilate Chritti MDLXXXVIl, lUe XXX oelobrit.
1. Saint Grégoire et saint Augustin sont daos la chapelle de droite, du Sacré-Cœur ; aur les mkIcs, 1rs deux inscriptions; al^ra oeritat et Profligata luereiei; saint Jcrdme el saint Ambroise dans celle de gauche, de la Vierge de Bonne-Nouvelle ; sur les socles, les inscriptions : LocapUtata Eceletia et llluttrala Betigio. Lionnois a cité à tort parmi les docteurs de l'Église latine saint Léon, el un article de M. Antuiin UenoIt, Sole tar let ilalaei det quatre docteurs dit tombeau du curdinal de Vaudémont, dans le /. S. A. L., ig83, p. 80, a achevé d'embrouiller la question.
63o HISTOIRE DE NANCY.
ramena dans la chapelle ronde les restes des anciens ducs lorrains, on réclama à la cathédrale le mausolée du cardinal de Vaudémont et les quatre docteurs. Elle rendit le cardinal qui la gênait : mais elle garda les quatre docteurs. Il y eut à ce sujet une controverse très vive entre la Mairie qui soutenait les Gordeliers, la Préfecture partisan de la Cathédrale. Finalement la Cathédrale garda ses docteurs, et le monument de Florent Drouin est encore aujourd'hui partagé entre les deux édifices religieux'.
Les tombeaux de René II et du cardinal de Vaudémont, voilà ce qui reste encore des monuments de l'ancienne église des Cordeliers. Les autres ont disparu en lygS, brisés en morceaux. Dans le chœur, on voyait autrefois le sarcophage de Nicolas de Lorraine, comte de Vaudémont, second fils du duc Antoine et père du cardinal Charles'. Il s'était marié trois fois et il était entouré, sur son tombeau, de ses trois épouses : Marguerite d'Egmont, Philippe de Savoie-Nemours et Catherine de Lorraine-Aumale. A côté de son mausolée était celui d'un autre de ses fils, Philippe-Emmanuel, duc de Mercœur, l'un des plus vaillants capitaines de son temps, qui résista si longtemps à Henri IV dans son gouvernement de Bretagne et combattit ensuite avec tant de vaillance contre les Turcs dans les plaines de Hongrie'. Puis tous les murs de l'église, principalement ceux des chapelles, étaient couverts de monuments funéraires, d'épitaphes pompeuses, quelques-unes en vers français ; on y lisait entre autres celle de la comtesse de Carlingford, femme du principal conseiller du duc Léopold ; celle d'un célèbre médecin du xvii* siècle, Christophe Cachet/ celle d'Artigotty, grand chambellan de Charles III ; celle de Thierry Alix, de Vroncourt, qui le premier, à la fin du xvi« siècle, a mis de l'ordre dans le trésor des chartes lorraines*. Toutes ces inscriptions ont été martelées à la fin de I7g3, mais quelque temps auparavant Lionnois les avait recueillies et, en i8o5, elles ont été imprimées dans son Histoire de Nancy ^,
Citons une dernière curiosité qu'on montrait dans l'église avant la Révolution. Au-dessus de la porte qui conduisait du chœur extérieur au clottre, autour d'un cadran, étaient placées debout sur une console les statues de saint François et de saint Antoine de Padoue : elles tenaient en main une croLx qu'un mécanisme faisait hausser et baisser, quand sonnait l'heure^.
I. M. AuouiN exprime le désir que ces statues soient rendues aux Gordeliers. c \\ est curieux de remarquer combien disparates sont les divers éléments de la chapelle de Bonne-NouTeile, où des statues de l'époque de Charles III concourent à décorer un autel rocaille... Nous nous permettrons donc, dans rintérèt de l'art lorrain et du ç|OÙt public, d'exprimer le vœu que ces œuvres si intéressanies soient rendues à leur première destination, quelque regret qu'en doivent naturellement éprouver les paroissiens de l'église où l'on a pris l'habitude de les admirer, v