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LES RELIQUES DE SAINT GAUZELIN

Gauzelin, toutes sortes de reliques qui nous paraissent bizarres : elle avait des poils de la barbe de saint Pierre, une chaussure de saint Paul, un morceau de la chemise de saint Denis, un morceau de l'arbre planté dans le paradis terrestre, et aussi un caillou de la lapidation de saint Etienne'. Il est permis de supposer que le caillou enchâssé avec tant de soin dans l'anneau est un fragment de cette pierre qui aurait servi à mettre à mort le premier martyr du christianisme'.

L'évanyéliaire présente, au contraire, un intérêt artistique très grand. C'est l'un des plus beaux manuscrits de l'époque carolingienne. Tandis que rien ne nous permet d'assiqner une date à l'anneau, l'évangéliairc est inronteslablemi-nt de la lin du ix' siècle nu du début du x' siècle, et il parait

certain qu'il a appartenu à Gauzelin. Il comprend 227 feuillets, renferme les quatre évangiles, quelques pièces de vers et des dissertations relir|ieuses. Des rubriques en or ou en diverses couleurs ouvrent les différents chapitres. Certaines pages sont encadrées de charmantes peintures, et l'on y admire les vignettes représentant le mobilier de l'époque carolingienne*. Ce inanu»-

I. Voir l'cnumà'Blioo de ces ratiques dans te Sommier de la Bibl. d4 Kancj, ms. Hgo (l^^).

a. On obserre que ce caillou »enible brisé. Or. d'après les IJijendes recueillies pari'ofllce de Douiiëres, ÛBuzelin aurail reçu d'Adalliéron, évèi|ue du MeU, la terre où s'éleva le monagltre de Bouxitres, et en échange il lui aurait donné baralum nanclï Pétri apoiloli el permit tanrti Materni, el medielatem t(il»dit quo bealiu Stephanai lapiilatat faeral, qitx omnia tanctua Munêuetat, unut &r diicipalit l'elri opottoli, ad arl^m Leacoram mUiiu, teram apporlaoit. Sur cel anneau, voir la belle discuision d'Aitouiic, pp. 149-357.

3. AuG. Dioor, Notice tur l'éuangèliaire, le caliet et la patène de taiat Goclin dao» les M. S. A. I.., i85i, p. 3. Cf. la minutieuse description d'Atioum, pp. 384-317.

crit soutient ta comparaison avec les fameuses Bibles de Theodulfe cx<^culées à Orléans, et surtout avec la Bible dite de Cbarles le Chauve, qui a été donnée par cet empereur à Metz en 869', Ce qui en augmente encore le prix, c'est que, probablement au temps de Oauzelin, il fut protéflé par une couverture qui rsl un cbef-d'œuvre d'orfèvrerie. Sur une plancbc de bois de chénc l'on a plaqué un encadrement et une croix d'or 011 l'on a enchâssé toutes sortes de pierres précieuses : ((renat, émeraud<>, améthyste, corail, perles cloisonnées; entre les bras de la croix l'on a dessiné, au trait, sur une plaque d'arrfent, l'image des quatre évazigélistes écrivant leur livre. Dans un angle l'on a reproduit les fifjures end)lématiquex de ces quatre évangélistes : la tête d'enfant

(saint Mathieu), le lion (saint Marc), le ba!uf(saîiit Luc), l'aigle (saint Jean). La face postérieure de la couverture est d'une ornementation moins riche. Autour de l'agneau nimhé portant la croix sont représentés une seconde fois les quatre symboles des évan((élistes'.

Le calice de saint (îauzelin se compose d'une lame d'argent sur laquelle l'or a été appliqué au marteau. Quinze pierres précieuses ornent les bords du vase, et d'autres sont encbâ.s.sées sur sfs Hiincs, notamment une émeraude

I. L'une lies Hib1«s de TliMcluJfe est au trcsur de In cstliédnle dt Puy, l'autre i la BtbliothiqiK ' nalioDsIe, fonds latin, a° cj3Sa. Voir l'élude de Léop. ]itUMi.r., Bibliolhègae de CÈcoh étt Ckarlet, 1879, p. 3.

a. Deux magniliiiues planches coloriées de l'ouvrage d'AuGUis roprodiiiaenl les denz facei de la

les dents fines. Comme écrit spirituellement M. Krantz . « On a dû lui retirer son emploi sanitaire dans Tintérét de sa propre conservation ». » Il n'est resté que les grosses dents du côté opposé. Celles-là devaient avoir raison des chevelures les plus incultes. Aussi, en Lorraine, Ton disait jadis d*un homme à la chevelure ébouriffée : « Il s'est peigné avec le peigne de saint Gauzelin*. »

Le prieuré de Lay et Tabbaye de Bouxières-aux-Dames se rattachent par un lien étroit à Nancy. Sur ces hauteurs qui dominent l'Amezule et la Meurthe, l'histoire de Nancy a ses racines. Là a habité la noble Eve, femme d'un comte du Chaumontois ; elle a été, ce semble, propriétaire de Talleu de IVanciacus et Fa cédé aux moines de Saint-Èvre de Toul, avant qu'il appartint aux ducs de Lorraine. C'est dans le règlement d'une contestation entre Lay et Bouxières que nous lisons pour la première fois, sur un original, le nom de Nanciacns. Le territoire de Boudonville qui a été englobé en 1887 dans celui de Nancy a appartenu de 960 à iai2 à l'abbaye de Bouxières. Entre Lay et Nancy, surtout entre Bouxières et Nancy, les relations sont presque quotidiennes. Les chanoinesses viennent souvent danis la ville en leur pimpant carrosse ; Nancy leur fournit les maîtres pour les dames nièces ; en cas de danger, elles y trouvent un refuge. C'est à Nancy même, autour de réglise de Bonsecours, qu'elles transfèrent leur chapitre en 1789. Elles y élèvent de somptueux bâtiments que bientôt la Révolution emportera. Nancy a commencé à Bouxières ; c'est à Nancy que le chapitre de Bouxières finit. Enfin, aujourd'hui encore, nous conservons dans notre cité, comme pour porter témoignage de ces longs rapports, la partie la plus précieuse de Tancien trésor de Bouxières : l'anneau, l'évangéliaire, le calice et le peigne de saint Gauzelin, sans oublier les reliques mêmes du pieux prélat, qui jadis ont opéré des miracles et qui ne sont plus qu'un document historique.

I. L'Art en Lorraine dans le volume : Nancy et la Lorraine, 1886, p. 175.

a. Bretagne, /. /. Cf. Auguin, pp. 3a7-33i. On monlrait aussi autrefois à Bouxières un Toile fort ourieux de saint Gauzclin. Il était sans doute enfermé dans une précieuse cassette sculptée da xiii^ siècle qui est reproduite par M. de Gastaldy : Meubles et armes du Moyen âge, pi. iio, et par Lepaue, o. /. Cette cassette a disparu. — Tous les objets que nous avons décrits ont figuré à l'Exposition universelle de 1900 et viennent d'être décrits par l'abbé A. Booillet, La Lorraine à tExposition rétrospective du Petit Palais en i9oo. (Extrait des Notes cTart et d'archéologie.,)

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