Comptes de i477->478. A. D., B, g
frais, et probablement il a voulu acquitter une dette de reconnaissance envers le saint si populaire en Lorraine et envers la ville d'où il était parti avant la grande bataille. L'année suivante, en it^'jQj il fait venir à Nancy les « galans sans souci », qui jouent une sotie'. Ce sont des artistes de Paris en tournée à la petite cour, qui est, après tout, une cour provinciale. En 1 484-1 48^ on donne à Nancy le jeu de Saint^Georges^ et à quelque temps de là, en 1487, un riche particulier de la ville fait de nouveau représenter cette pièce à ses frais'. La même année, le duc offre un mystère à SaintrNicolas-de-Port*. En 1495-1496, en 1496-1497? nous voyons le cellérier de Nancy faire des dépenses pour dresser des échafaudages en vue d'un spectacle ^ Ces mentions très courtes nous prouvent que, depuis 1478, presque aucune année ne devait s'écouler sans que le peuple fût convoqué à quelque solennel mystère dont il fournissait les acteurs, ou, du moins, sans que des acteurs de profession jouassent à la cour une joyeuse sotie ou une moralité.
René II offrit aux Nancéiens des spectacles d'un autre genre. Il aimait les animaux féroces. En une partie de son palais, il entretenait une véritable ménagerie où se trouvaient des cerfs, un léopard, des lions ^. Dans les comptes, un chapitre de dépense spécial est ouvert « pour le norissement des lyons de l'ostel de Monseigneur, et gaiges du lyonnier », et nous savons que ce lionnier s'appelle Antoine 7. Ces animaux devaient servir à des combats publics ; en 1 487-1 488, on mentionne la prise d' « ung sangle vif (sanglier) à faire combaittre les lions ^ », et, en mars 1489, le comptable signale une dépense a pour l'achapt d'un thoreau qui a esté acheté par ordonnance de Monseigneur » et destiné à entrer dans la lice contre les fauves'. Ainsi, à côté des mystères qui rappelaient les scènes de la vie du Christ ou les morts glorieuses des martyrs, à côté des soties qui corrigeaient l'homme en le faisant rire, se donnaient de sanglantes représentations du cirque; et je m'imagine que les dernières étaient attendues avec plus d'impatience que les premières et mettaient aux joues des spectateurs une fièvre plus ardente.
I. A. D., B, I ; Lepage, Études sur le théâtre en Lorraine dans les M, A, S., i848, p. 3o5. a. A. D., B, 7557.