LES JUIFS EN LORRAINE
à une jeune fille la matrice pour ses opérations diaboliques. II fut convaincu de ce crime devant le prévôt ducal, nommé Philippe, et condamné à être attaché à la queue d'un cheval fougueux '. A la suite de l'émotion causée par ce méfait, les juifs furent expulsés de la petitr ville. Même le chrétien qui acheta la maison du coupable dut^ chaque année, venir devant le maltreautel de l'église, revêtu d'un manteau noir en signe d'expiation, et fournir cent hosties pour la communion pascale. Cette servitude pesait encore sur cette demeure en 1789*. Pourtant, à peine les juifs étaient^ils chassés que les ducs les laissaient revenir, parce qu'ils étaient pour eux une source de revenus. Ferri III, par une charte du 4 juillet 1286, exigeait de chacun d'eux, à la Saint^Remi, un cens de 12 livres de poivre '; et, comme nous l'avons vu, moyennant certaines redevances à la Gommanderie Saint-Jean de Nancy, il leur donna l'autorisation de créer un cimetière à Laxou ; là étaient enterrés tous les juifs qui vivaient dispersés dans le duché ♦. Pour ne point être privé de l'impôt, le duc entendait même garder les juifs malgré eux et les empêcher de sortir de ses États. Nous voyons par l'une des gloses talmudiques qu'un rabbin, Azréel ben Joseph, fut consulté sur le cas de conscience suivant : « Des juifs de Lorraine sont sortis du duché ; le duc furieux exige de leurs coreligionnaires qu'ils les fassent revenir, les menaçant tous d'expulsion, si ceux qui sont partis ne rentrent pas; ceux qui sont demeurés ont-ils le droit de les faire revenir ?» Et le sage répond : « Oui, parce que l'intérêt de tous doit passer avant celui de quelques-uns ^ » Grâce à la protection ducale, les juifs purent se développer. Les rabbins de Lorraine formaient même une école, dont les membres étaient connus sous le nom de sages ou grands de Lothair^.
Mais il semble bien qu'au cours du xiv* siècle, vers i35o7, après les grandes épidémies qui frappèrent la Lorraine, les juifs furent expulsés du duché. Pendant un certain temps, nous n'en trouvons plus trace. Ils revinrent vers l'année i455, sous le règne de Jean II; le duc vendit à des familles droit de résidence; les clauses variaient suivant chaque contrat; mais, en général, ils acquittaient un droit d' « eutroye » de 10 fr. ; puis chaque chef de famille devait payer par an^ soit à la Saint-Jean-Baptiste, soit à la Saint-Martin,