‹ Histoire de NancyChapitre 69 sur 642 · Voir supra, p. 70, n · texte numérisé non relu

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maison de Lenoncourt. Tout ce qui est sûr, c'est qu'une famille dite de Nancy a acquis Lenoncourt au début du xiv^ siècle. Il est possible que cette famille se rattache au sénéchal Dreu de Nancy, encore qu'entre Dreu et Thiern^ de Nancy la chaîne n'ait pas pu être soudée.

Ce faux document, daté de ii55, a justement embarrassé le plus grand des historiens qui se soient occupés de Nancy. Nous avons nommé M. Henri Lepage. Les documents d'authenticité incontestable qu'il avait trouvés dans ses archives lui montraient que, dès le début du xn* siècle, Nancy était en possession des ducs de Lorraine. N'osant pourtant révoquer en doute le prétendu acte de 1 155, il a supposé que dans la seule ville de Nancy il y avait deux châteaux, l'un appartenant au duc dans le quartier de la rue de la Monnaie, l'autre situé à quelque distance et appartenant à Dreu de Nancy. En ii55, Mathieu I*' serait devenu propriétaire de tout Nancy'.

Les historiens postérieurs ont saisi cette hypothèse de deux châteaux de Nancy et l'ont dénaturée. Au xiv* siècle, les ducs de Lorraine avaient au sud de Nancy une maison de campagne, sur un petit ruisseau qu'ombrageaient tes saules. C'était Saurupt. La villa fut cédée en i3i2 par le duc Thiébaut II à son fils Hugues qui s'engageait à renoncer à tout droit de succession au duché, en faveur de son aîné, le futur Ferri IV*. Plus tard elle fut détruite; mais, le 8 septembre i532, l'emplacement fut cédé par le duc Antoine à sa femme Renée de Bourbon ; et ici il faut citer les termes mêmes de l'acte. Antoine abandonne « une place où il y a démonstration ou apparence y avoir eu par autre fois bastiment ou commencement de demourance, comme par l'inspection du lieu et des fossés qui y sont peult apparoir, appelé et nommé communément par ung chacun la Vieille Nancy, situé en notre bois de Sorroy, ban dudit Nancy'. » Là fut élevée la demeure où la duchesse vînt prendre « récréation », dans le voisinage de sa capiude. On y fit venir des animaux de toutes espèces, on y établit une garenne, on y creusa des étangs*. A la lecture du texte cité, l'imagination de nos historiens s'est échauffée. Le document parle de commencement de demourance et fait allusion à l'ancienne maison de Thiébaut 11 ; ils ont cru que là s'étendait, sur un vaste espace, une ville plus ancienne que Nancy; c'est sur ce ruisseau de Saurupt, à l'entrée de ces bois, qu'il faut chercher, d'après eux, le berceau de notre ville. Ce iioni

1. C'est la thèse qu'il a soutenue dans ses Recherches sur C origine et les premiers temps de Nancy {M, S, A. L., i856 ; voir surtout p. 308). II la soutient encore en i865, Les Archives de Naïïtcy, I, 11. En 1806, il écrivait : 1 Déqagé des circonstances dont certains généalogistes se sont plu à rentourrr, el des termes sous lesquels ils l'ont présenté, l'acte d'échange devient un fait historique qui ne paraît pas devoir être mis en doute. » Mais, en 1887, le doute est né en son esprit, il ne parle plus de la charte d'échange qu'au conditionnel. Les historiens, dit-il, n'ont jamais pu en prouver rauthcnticttr. Il assure que le château du*sénéchal Drogon est a très problémalique 1. (^Sur Fongine et les premiers temps de Nancy [Annuaire de la Mcurthe, 1887], pp. aa-aS.)

2. Lepage, y>* Communes de la Meurthe, II, 520 (article Saurupt). Nous ne parlerons pas ici dti amours du duc Raoul et de la belle Alix de Champé qui auraient été cachées en ce château. Les chro> niques auxquelles ce récit est emprunté sont apocryphes.

3. A. D., série B, ai, 1^ 10. L'acte publié en partie par Lepage, Les Communes de la Meurthe, II, 5ao, et Recherches, i. c, pp. i^'}-ifnj.

4. Lepage, Les Communes de la Meurthe, II, duo. Cf. infra, p. lya, igS.

FAUSSES THÉORIRS. «yS

de Vieille-Nancy n'est-il pas significatif? Mais, répondrons-nous, il n'a pas plus de valeur que les nombreux lieux-dits; et rien ne nous garantit que le mot vieille veut dire ici ancienne. Il ne faut point attacher d'importance à ce texte unique. Et pourtant, s'appuyant sur lui, quelques historiens ont cru avoir trouvé ce second château de Nancy dont ils avaient besoin. Ici, disent-ils, était le château des ducs de Lorraine, tandis que plus loin vers le nord se dressait celui des Lenoncourt, que Dreu de Nancy céda en ii55 à Mathieu P". L'idée d'une dualité de Nancy faisait ainsi des progrès, et un écrivain moderne a donné tout d'un coup à cette thèse une extension nouvelle*. Selon lui, un Nancy ancien s'étendait sur les côtés de Villers et de Vandœuvre, à une époque où la place de la Carrière et les environs ne formaient qu'un marais fétide ; c'est « cette cité champêtre » dont Médoald — le monétaire mérovingien — était seigneur; c'est d'elle qu'il est question dans le diplôme de Charles le Simple pour Salone^. C'est à elle que s'applique l'ancienne dénomination celtique Nanciacus. La Vieille Nancy, aux confins du bois de Saurupt, marque le dernier souvenir, « la dernière ombre » de la ville celtique. Cette ville de Nanciacus appartenait à Oudry et à Dreu, seigneurs et voués*. A côté de ce grand Nancy, les ducs de Lorraine possédaient dans la plaine, qui peu à peu sortait de la masse confuse des eaux, un simple alleu, Nanceium. En ii55, les ducs acquirent la cité de N^anciacus^ par échange avec les Lenoncourt; puis, de parti pris, ils l'abandonnèrent, et, à son détriment, favorisèrent la ville naissante de Nanceium. Ce système place au XI* siècle de notre ère les révolutions géologiques dont la date se perd dans la nuit des temps ; il nous obligerait à admettre que, par une sorte de fatalité, il y aurait eu deux localités appelées Commerciacus et Commerceium (Commercy), Paterniacus et Parneium (pour tous nos Pagny de Lorraine), Vitriaciis et Vitreium pour nos Vitry et Vitrey, etc. La forme Nanceium es( une forme intermédiaire entre le vieux mot Nanciacus^ d'origine celtique, comme nous l'avons vu, et la forme française actuelle de Nancy. Ces deux expressions sont absolument synonymes. On voit, par ces exemples, quelles conséquences traîne souvent après lui un document faux. L'assertion des Lenoncourt, prétendant que leurs ancêtres ont cédé le territoire de Nancy en II 55 au duc Mathieu 1% a conduit à la naissance d'hypothèses pleines de fantaisies. Ecartons-la, et l'histoire des origines de notre ville redevient claire et nette.

1. Cette thèse a été longtemps soutenue dans l'historique de Nancy, dans les Guides Joanne.

2. M. Paul H.iNNio.x, F^e Berceau de Nancy. Étude historique et archéologique dans les M. S. A. //., 189a, p. 83. M. P. Hannion a fait des recherches très consciencieuses qui nous ont été très utiles, encore que nous repoussions ses conclusions.

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