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LES CHEVALIERS DE SAINT-JEAN

couvent créé sur le territoire de Nancy, avait duré de 1080 environ à 1602 ; depuis les origines jusqu'au milieu du xv* siècle, il resta attaché étroitement à Tabbaye de Molesme. Au xvn* siècle, les Oratoriens remplacèrent les Bénédictins dans les bâtiments du prieuré ; une nouvelle âme pénétra ce corps.

La seconde maison religieuse qui s'éleva sur la banlieue de Nancy fut la Commanderie de Saint-Jean. A la suite de la première croisade, deux ordres religieux s'étaient formés en Terre-Sainte : celui de l'Hôpital ou de Saint- Jean de Jérusalem et celui du Temple. Les membres en étaient à la fois des religieux, obéissant à une règle aux prescriptions très étroites, et des chevaliers portant Tépée et combattant contre les infidèles. Nés sur la terre où le Christ était mort, ces ordres se répandirent bientôt au dehors où des seigneurs et des particuliers leur conférèrent des dons nombreux. Et en peu de temps une organisation savante couvrit toute l'Europe, par-dessus les États et les royaumes. Les chevaliers de SaintJean se divisèrent en huit langues : Provence, Auvergne, France, Italie, Aragon, Angleterre, Allemagne, Castille. Chaque langue se subdivisait en grands prieurés ; 9\nsiV<i langue de France comprenait les grands prieurés de France, d'Aquitaine et de Champagne; chaque prieuré, enfin, se partageait en commanderies^ Le duché de Lorraine relevait du grand prieuré de Champagne, et, dès le XM* siècle, une commanderie se dressa sur le territoire de notre cité.

Nous ignorons qui a fondé cette Commanderie, mais nous savons qu'elle fut enrichie de biens par le duc Mathieu I**^ (1139-1176) et par sa femme Berthe*. La Commanderie s'éleva à l'ouest de Nancy, en dehors des murs, près de l'étang, à côté de l'ancien cimetière mérovingien. Aujourd'hui, il en reste encore un débris, la vieille tour, qui remonte incontestablement à la première moitié du xii* siècle, sans doute à l'année i i4o.

Cette tour ronde mesure 18 mètres de hauteur et les murs ont environ 0^,70 d'épaisseur. Elle s'amincit à mesure qu'on approche du sommet. A sa partie supérieure, elle est percée de quatre petites baies à plein cintre et bilobées. Elle renfermait jadis deux cloches qui ont disparu sous la Révolution î. Cette

I. J. Delaville Le Houx, Cartulaire général de V ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Paris, 1894* Introduction, p. xiii.

a. Cette donation est mentionnëe dans la charte-notice de Simon II. DELAvmLE Le Roux, p. 337,

3. Voir les divers procès-Ycrbaux de visites et les pieds terriers. A. D., II, 3o5/|-3o7i. Voir aussi aux Archives de la Côte-d'Or, où ont été gardées les archives du prieuré de Champagne, la série 1 1 1 , H. Cf. Lioimois, I, 377.

tour est actuellement le plus ancien nioimmeiit qui soit debout sur 1g territoire de Nancy, et nous espérons bien qu'il sera épargné au cours des Ages, ce quasi-témoin des origines de notre cité. La ville du reste a imposé au propriétaire la servitude de la maiiileuir intacte. La tour était naguère encore adossée à une chapelle. Cette chapelle, orientée à l'est suivant l'usage, avait été souvent remaniée; la net sans aucun caractère avec son plafond

était moderne ; mais l'abside présentait quelques curieux détails d'architecture. Elle était voùtrfe, et les arcs-douhleaux venaient s'appuyer, dans les angles, sur quatre faisceaux de colonnettes. Les chapiteaux, avec leurs larges feuilles pointues, simples et tout unies, accusaient le xn* siècle'.

La chapelle était autrefois dallée avec des monumenta funéraires : c'étaient les anciennes pierres tombales des commandeurs qui y avaient été enterrés.

La Uommanderie de Nancy porta le nom de Saint-Jean-du-Vieil-Astre; ainsi elle e.Ht appelée dans une charte de Mathieu II du i4 juillet ia44'>

I. Lir^at, La Commaïuierie de Saint-Jean da Vieil-Allre (J. S. A. L., i865, planche).

LA TOUK DE LA COMMANDERIK. 89

el ce nom se retrouve ensuite sous les formes les plus variées : Viel-AtU-c, Vieiliastre, etc. Nous avons eu à notre époque l'explication de ce terme : )a Commanderie s'est élevée près de l'ancien aître, c'est-à-dire de l'ancien cimetière de Nancy, à une époque où les traces de ce cimetière étaient encore visibles. Plus tard, autour de la chapelle a été créé un autre cimetière plus

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moderne; là ont été enterrés les chevaliers de Sainl-Jvan; là aussi l'un a souvent transporté, en temps de contagion, les cadavres des Nancéiens morts de la peste'. Enfin, en l'année i55a, l'on a ramené ici les corps d'en-

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