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DoM Calmet, t. II, p. II

FONDATlOiN DE CLAIKLIKI'. lOI

nardins sur son territoire. Il pria Guillaume, abbé de liithaine, au diocèse de Besançon % de lui envoyer quelques-uns de ses religieux, et il leur céda des terres sur le territoire de Chaligny, en un endroit appelé Ferrières, à cause des mines de fer qui déjà alors v étaient exploitées*. Gérard II relevait ce bien de Tévêché de Metz ; aussi Etienne de Bar, prélat de cette ville, fut appelé à confirmer cette donation par charte du 8 novembre i ibo^ Mais l'établissement de Ferrières ne réussit pas. L'endroit était sec et stérile; plus durs encore que le fer étaient les cœurs des habitants de Chaligny. C'est alors que le duc Mathieu I*', ému de compassion, prit ces moines étrangers sous sa protection, et leur céda une vallée dans la fon^t de Haye. Les religieux déracinèrent les ronces et les épines, défrichèrent le terrain, élevèrent une église et des habitations, si bien, comme dit la traduction d'une vieille charte : ( où que paravant souventes fois sonnoient es oreilles des hommes la bray et le nullement des bestes sauvages, en icelluy lieu dores en avant y résonne en pseaulmes, ympnes et canticques spirituelles, la mélodie céleste es oreilles des anges ^ ». Le vallon auparavant était le vallon d'Amelû; on interpréta ce nom par Amerlieu, et on le changea en celui de Clairlieu ^ Ainsi, sous la direction de saint Bernard, la vallée d'Absinthe était devenue Clairvaux ; ainsi sont nés tous ces noms riants d'abbayes cisterciennes, au milieu de solitudes : Beaupré, Orval, Belval, etc. L'église de Clairlieu fut dédiée eu Thonneur de la Vierge Marie, de saint Jean-Baptiste, des apAtres Pierre et André. Douze moines clercs, dont l'abbé Widric, et un grand nombre de frères lais dirigèrent l'exploitation (i iBg)^.

L'abbaye de Clairlieu devint bientôt assez riche. Elle possédait le fonds même où elle était bâtie et une vaste étendue de terre dans le voisinage, entourée de bornes en pierre ; elle avait droit de pâture dans la îorH, Mathieu l*' lui abandonna des vignes sur le territoire de Nancy 7; nous savons qu'elles étaient situées sur la côte des Chanoines et que, jusqu'à la veille de la Révolution, elles passaient pour les plus belles de la banlieue ; nous savons aussi que sur ces vignes et sur les autres que les moines acquerraient dans

*• Bithaine, Saulx, Lure, Haute-Saône.

^< U comte Gérard de Vaudémont donna en 1174 aux reliijicux de Beaupri* le droit d'acheter \^^ charrois de minerai aux mines de Chaligny. « Concedimus preterea ecciesie j'ant dicte BelUprali ''^ Wio de Chalignei de mina ferraria ut singuVu ann't fratres dornug ilUut emant sibi, si ^'^^eritdf VI carratas de ipsa mina, et hoc ubicumque voluerant; qnas carratat libère abducant, ^^interdictamformidantes. » A. D., H, 34o.

3. Publié par Lepagi, L'Abbaye de Clairlieu, dans les M. S. A. L., i855, p. i5o. Cette élude «le ^' ^page, en tous points remarquable, contient un véritable cartulaire de l'abbaye.

4> Charte de Tévèque de Toul Pierre de Brixey, de 1176. A. D., H, ^74. Publiée par Dom Cal- ^^1 1. H, Preuves, col. 371. La traduction que nous donnons se trouve eu un cartulaire de l'abbaye. ^B, H, 46i.

^•Charte de Mathieu l^', de iiSg, d'après un vidimiis de l'ofAcial de Toul de i3i5. A. D., H, 47*^* * lAcum illum qui quondam uocabatur Amelum, nunc autem n.incupatur Clurus locus. * Publié Pff Dom Galmet, t. II, Preuves, col. 4^* Les derniers mots publiés par Dom Calmet : i In cajus ^'^^n'i 9, font partie du vidimu*.

^- Détails tirés de la charte de Mathieu l*'.

i' ■ Vineœ quas dux Lotharingie Matheus coutulit iisdeni fratribus iu eleniusinani, cum ipse niorieiis ^*lefaoeret seculo et sollicitudiuibus ejus. 1 Charte d'Etienne de Molcsiuc. (Lkip.vGK, /. /., p. lOu.)

lu suite, le prieuré Notre-Dame renonça à lever la dlme'; enfin, que les religieux y avaient le droit d'y faire leurs vendanges un jour avant tous autres particuliers *.

Mathieu I*' céda de plus aux religieux un étang avec un moulin près de Nancy'. Il s'agit certainement ici du moulin de TEtanche que mettait en mouvement le ruisseau Saint-Jean, à côté d'un autre moulin que possédaient les Hospitaliers. Il leur donna le breuil de Chanteheu et un autre moulin sur le Madon^. Il leur abandonna ses droits sur un promontoire désert au-dessus de Rosières-aux-Salines ^ ; le reste du promontoire leur fut accordé par les religieux de Saint-Paul de Metz, et les Cisterciens y fondèrent la métairie de Hagnervillers. Puis le duc exprima le désir d'être enterré dans l'église nouvelle. Quand il fut entré dans la voie de toute chair, le i4 mai 1 176, on y amena son corps « en grands cris et lamentations de toute la terre ^ » et plus tard sa femme Berthe de Souabe, f i igS, fut enterrée à côté de lui. On leur éleva un tombeau qui subsistait encore à l'époque de la Révolution ; aujourd'hui la tête seule du duc a été trouvée au milieu des décombres et elle ligure à notre Musée lorrain 7.

L'exemple du duc Mathieu I" fut imité par les seigneurs, les prélats, de nombreux particuliers. Les dons affluèrent aux religieux. Gérard II, comte de Vaudémont, leur céda le droit de pêche et de vaine pâture sur le ban de Ghaligny ' ; il leur confirma en 1 1 79 le droit de passage par la vallée de la Vieille- Ferrière et leur permit de prendre partout du minerai sur son territoire pour le convertir chez eux en fer 9. Il souscrivit aux donations faites par Albert et Gonon de Saint-Firmin d'une part, par Renier Bisons de l'autre, des terres de Benevise, sur le territoire de Germiny, et du droit de passage sur le ban de Gonflans (Pont-Saint-Vincent)'®. D'autres biens furent acquis à Vandœuvre, Ludres, Bicqueley, Tantonville, Praye, Lupcourt". Les moines eurent une

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