I.", II.« ET III.« SIÈCLES
quantité de métaux qui remontaient la Loire pour gagner la capitale du monde connu.
Les Romains 9 comme on le voit, n'apportèrent dans notre patrie ni la liberté , ni par suite , la véritable civilisation; mais ils y introduisirent leur corruption etledespotisme de Taristocratie, dans Tunique but de bien exploiter le pays à leur profit. Les transactions , pour s'établir , ne demandent que de Tordre et de la stabilité ; la liberté du peuple n'est aucunement pour elles une condition d'existence , aussi les institutions romaines eurent bientôt créé dans notre contrée un mouvement commercial inconnu jusque-là, et des communications qui seront toujours citées comme un modèle en ce genre.
Sous l'influence des innovations qui , chaque jour , étendaient leur empire , la bourgade gauloise , habitée par les Namnètes , oublia ses mœurs nationales pour s'habiller à la romaine : il nous reste fort peu de monuments qui appuient cette opinion ; cependant nous savons, par les nombreuses recherches qui ont été faites à ce sujet , et surtout par les fouilles de l'architecte Foumier, que notre ville a eu un grand nombre d^habitations romaines sur la pointe de l'angle formé autrefois par le Seil et TErdre.
Sur l'emplacement d'une salle voûtée, détruite lors delà construction de la porte Saint-Pierre , salle qui était longue de 50 pieds et large de 25 , on a trouvé des inscriptions que nous reproduisons par la gravure, et qui nous paraissent sufllsantes pour établir que , sous la domination romaine. Tuantes possédait une bourse et un tribunal de commerce (1) ; mais la ville avait encore , à cette époque ^ d'autres monuments. Des ' fouilles» dans la rue actuelle du Port-MaiUard , ont fait découvrir des colonnes de granit d'un seul bloc, d'après lesquelles Foumier a rétabli le temple dont nous donnons le dessin.
(1) Noos adoptons , poor ces iascriptions , la tradoction soifante :
Au dieu Volianus » pour la conservation du pott et des navires de ia Loire,
Lucius MarHnius et Lucetius Geniaiis ont concédé aux habitants du port cette salle de change et ce portique consacré aux divinités de l'empire et au dieu Volianus,
Avec t argent qui leur a été fourni à cet effet, Marcus Gemellus Secondus et Caius Sedatus Florus ^ syndics des habitants du port, ont établi ce tribunal de commerce sous la protection des dieux de Cem^ pire et du dieu Volianus.
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Ce temple était parallèle an Port-Maillard , et , par suite , perpendîenlaire ^ la roe de ce nom , qai a été bâtie sur ses mines. Ses colonnes avaient an milieu , 98 centimètres de diamètre ; leur longueur était de 7 m. i5c. Une médaille, trourée dans les fondations, indique Tépoque de la construction , et la fait remonter au régne de Néron , dont elle représente le buste d'un côté, tandisque,snr le revers, il 7 a un génie.
La rue de la Commune, celle du Moulin et un grand nombre d'antres ont encore présenté des preuves incontestables de Timportance de Fiantes du I.«' au V.* siècle. Des médailles de Néron, de Claude , de Tibère , de César Auguste , de Commode , de Trajan , de Faustine , de Nerva , de Maximien , d'Agrippine , de Galba , de Yespasien , de Domitien, d'Adrien, de Sabine, de Titus Antoninus, de Flavius Constantius, de Claudîus Constantius , trouvées successivement dans des fouilles diverses ; des inscriptions sur lesquelles on lit les noms de Flavius Constantius et de Nerva ; des ruines importantes , découvertes près du cimetière de Miséricorde, viennent à Tappui de ce qui précède. Quelques antiquaires ont même avancé que les anciennes églises de Saint-Nicolas, de Saint-Laurent, de Saint-Saturnin , et la première catbédrale , n'étaient autre chose que des temples pa!ens , dont les progrès du christianisme avaient changé la destination. Malheureusement ces églises ont été remplacées par des constructions religieuses plus modernes , qui ne permettent point de juger en dernier ressort de la valeur de ces assertions qui sont , du reste, infirmées par nos chroniques.
Quelques souvenirs traditionnels de la domination romaine ont traversé les siècles et se sont conservés à Nantes jusqu'à nos jours. Ce sont : la première prédication du christianisme dans nos contrées, le martyre des saints Donatien et Rogatien, et l'érection du premier temple chrétien.
Ce fut vers 275 que Saint-Clair vint dans notre ville annoncer la parole nouvelle. Jeune , instruit , d'une naissance distinguée > il se livra avec ardeur aux travaux apostoliques et réussit à convertir à sa foi deux jeunes frères qui appartenaient à une famille romaine puissante : c'étaient Saint-Donatien et Saint-Rogatien ; mais , forcé, par les persécutions du pouvoir , de chercher un refuge ailleurs , il se sauva dans le diocèse de Vannes , où il mourut au bourg de Reguigni. Accusés d'être des chrétiens , par le peuple qui demandait leurs têtes , Saint-Donatien et Saint-Rogatien ne crurent pas devoir ,
comme Tavaient fait Saint-Clair et son diacre Adeodat , chercher leur saint dans la fuite. — La haine violente des Romains contre le christianisme se comprend facilement, quand on songe qu'ils ne formaient point la masse du peuple , qu'ils étaient tous propriétaires de colons et d'esclaves , et que le christianisme , en préchant la liherté, Tégalité spirituelle , et surtout la fraternité , attaquait directement les fondements de la propriété telle qu'elle était alors constituée. Ce fut donc beaucoup moins comme adorateurs d'un seul Dieu , qu'en qualité de chrétiens , de réformateurs , tendant par leurs doctrines à bouleverser Tordre social par l'abolition de l'esclavage , que Saint- Donatien et Saint-Rogatien furent persécutés. Le gouverneur de Nantes fit d'abord venir Donatien , l'ainé des deux frères , et le regardant avec colère : « Gomment osez-vous , s'écria-t-il , paraître » devant moi sans trembler , vous méritez les plus terribles châtl- A ments, etvons allez les éprouver. Ingrat envers les dieux, rebelleaux » ordres des empereurs ; séditieux , perturbateur du repos public , » vous répandez dans le peuple des opinions dangereuses. » Donatien lui répondit avec modestie , mais sans faiblesse. Le gouverneur ne fut pas plus heureux auprès du jeune Rogatien. Avant de les faire conduire au supplice , il essaya cependant de nouveau d'ébranler leur résolution ; mais les deux frères montrèrent la plus graiide fermeté. Après avoir tenté , mais en vain , l'eiTetde la torture, le gouverneur les fit mettre à mort. On pense que les croix qui se trouvent près du séminaire , sont placées sur le lieu môme où ils subirent le martyre.
Ennius , second évéque de ]Nantes , si toutefois l'on accorde à Saint-Clair le titre de premier évéque, profita des édits de l'empereur Constantin qui permettaient la construction des églises chrétiennes, pour élever dans notre ville le premier temple catholique. Il se pourrait que l'église actuelle de Saint-Similien , dans laquelle on a trouvé encore, il y a quelques années, des briques romaines et d'autres signes de la plus haute antiquité , soit construite sur l'emplacement même du temple chrétien bâti par Ennius.
Sous le même évéque , les fidèles élevèrent une église sur le lieu de la sépulture de Saint-Donatien et de Saint-Rogatien , dans laquelle leurs reliques ont été honorées pendant plusieurs siècles. A sa mort , Saint- Similien lui succéda. Travers fixe à 330 l'époque de son épiscopat. La tradition rapporte que ce saint fut inhumé dans l'église qui porte
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son nom , et Le Breian th Gauberi aTance que cette église fat , jusi[Q*en 397, la Métropolitaine de Plantes , de Vannes et de Quimper.
XSS BUTOirs nrSVLAIHSS S'SMPAHBlfT DS I'AHHORIQUS. — PHIKCIPB m L*0H6AiriSATI0K FÉODALE. — BÈOITB DB COITAIT MÉHIADEC.
LiflAQUE jour, à mesure qu'il s'étendait darantage» l'empire dltalie diminuait en puissance; les préfets des nations vaincues aspiraient tous à la pourpré des César, ou cherchaient à se rendre indépendants; ainsi Maxime > dans la Grande-Bretagne, se serrit du mécontentement des troupes , qu'il arait lui-même fomenté pour se révolter contre Temperenr Gratien. U passa la mer en 383 , accompagné d'un jeune seigneur Breton, nommé Gonan Mériadec; il envahit les Cranles, fut vainqueur, et parvint au pouvoir pour succomber bientôt à son tour. En échange de ses services , Gonan reçut la Petite-Bretagne on Irmoriqne , qu'il avait aidé à conquérir. Gette province romaine était alors possédée, ea majeure partie, par des Bomains ou Gallo- Bomains, et cultivée par trois races différentes, dont chacune devait présenter un petit nombre de propriétaires fonciers^ et nne masse trè&'considérable d'esclaves et de colons. Ges trois races étaient ainsi distribuées: les Bretons, ou Kimri, habitaient les côtes; les Ibères en nombre plus considérable, habitaient les arêtes montuenses de la province, et probablement tous ces bourgs qui ont conservé dans la terminaison quelque chose de leur langue : ainsi Avessac, Asserac, Escoublac, Grossac , Herbignac , Marsac , Masserac , Missillac, Piri^c, Merdrignac, Loudeac, Gadelac, Malguenac, Mniac, et les pays circon voisins. Les Gaëls occupaient une partie des départements que nous appelons aujourd'hui Loire-Inférieure , Ille^-et^f^ilaine et Câtes-dv^IYord,
Comin Mériadec, pour consolider sa puissance, ne trouva rien de nileux k faire que de partager l'Armorique entre ses lieutenants. GeuxH:i agirent de la même manière à l'égard de leurs officiers. De cette façon, les propriétaires romains ou gallo-romains, et beaucoup de propriétaires indigènes se trouvèrent dépossédés par les Bretoni) ;
quant aax Colons, qu'ils fussent Kinuri, Ibères ou Gaëls, ils changèrent de propriétaires sans que leur sort s'améliorât en aucune façon : il n'y eut pas non plus d'avantages sensibles pour les esclaves dans cette mutation, qui les transforma plus tard en serfs de main-morte, tandis que les Colons devinrent serfs.
A travers les chroniques du père Le Béaud et de Geoffroy de MonUnonth, on aperçoit que Mériadec appela dans rArmorique les Bretons insulaires pour l'aider à conserver sa conquête. Cent mille tourbes ou populaires, disent-ils, et trente mille nobles passèrent la mer à sa sollicitation. Ce nombre nous paraît bien considérable , ef nous doutons de son authenticité : il nous répugne aussi de croire que Oonan fit couper la langue à toutes les femmes des vaincus, dans le but d'étaUir en Armorique l'unité du langage breton.
Nous sommes, an contraire , portés à penser ^jue, s'il épousa la sœur de Saint-Patrice, évéque de Vannes, et s'il fit de grandes avances au clergé, ce fut surtout par politique, et dans le but de faire oublier leurs anciens maîtres aux peuplades qu'il était venu conquérir.
Quoi qu'il en soit, l'organisation féodale, dans rArmorique,date de cette époque, et elle s'établit si naturellement qu'il est inconcevable que ce fait soit passé long-temps inaperçu. Mériadec , après la conquête, fut investi du droit de déclarer la guerre et de faire la paix, de commander les armées, de rendre la justice; il eut son domaine particulier comme les autres seigneurs; mais les comtes et les évêqnes, qui représentaient, les premiers, les propriétaires du sol; les second, le spirituel, c'est-à-dire la masse entière de la nation armoricaine, y compris les colons et les esclaves,se réservé* rent de décider, en assemblée générale, les autres questions et le vote des impêts. Une somme d'argent, à Utre de don gratuit, fut tout ce que Mériadec reçut de leur libéralité.
Ces faits sont de la même nature que ceux qui suivirent plus tard l'invasion des Francs et des autres peuples appelés barbares. Partout où il existait des esclaves et des colons, c'est-à-dire dans toute l'étendue de l'empire romain, ce bétail humain fut l'objet de la convoitise des peuples sauvages, et du peuple qui se croyait le plus civilisé ; mais, dans le principe, il n'y eut de changé que la religion des propriétaires , modification peu importante en apparence , et qui renfermait, cependant, le germe de toutes les réformes qui se sont faites depuis cette époque jusqu'à nous.