CONCLUSION
L'histoire de Nantes nous enseigne plusieurs vérités importantes.— Noos voyons la ville des Namnètes successivement gauloise, romaine, bretonne , puis prise , reprise, pillée, détruite , même par les Saxons, les Francs et les Normands, opposer aux obstacles que rencontrait son évolution , cette force de vitalité qu'elle devait surtout à son heureuse position commerciale. Les relations extérieures et intérieures avec les peuples étrangers et les riverains de la Loire et de ses affluents, voilii donc le but de ses destinées.
Pendant que les ducs de Bretagne s'efforcent d'abaisser leurs grands vassaux, les rois de France luttent aussi pour absorber et détruire les petites royautés du pays, et au XV.« siècle la nationalité armoricaine se confond avec la grande nationalité de la France , après une lutte qui datait du règne de Clovis.
L'organisation romaine ne pouvait être détruite par la conquête sans donner naissance à la féodalité. La Bretagne est le premier pays européen où cette transition vers le constitutionalisme se manifeste et s'organise.
jBsqo^an XV.« sièclei le protactorat féodal grandit en puissance, et la noblesse acquiert de Timportance. À cette époque , le talent et surtout la fortune commencent à donner du crédit aux Tiiains» et la bourgeoisie arrive à rêver cette égalité de droits qu'elle a roulu s'assurer par les RévolnUops de 89 et de 1830.
A côté de la puissance territoriale créée par Tépée , s'élève un pouvoir nouveau 9 celni du clergé, souvent radical, quelquefois môme révolutionnaire dans ses doctrines. D'abord humble et timide , cette puissance morale entièrement maîtresse des masses qu'elle soutient et console dans leurs souffirances , se montre chaque jour , à mesure de ses progrès , plus envahissante et plus hardie dans ses empiétements ; bientôt elle marche de pair avec la noblesse : l'évoque et le duc luttent souvent ensemble , et parfois l'évoque l'emporte.
Au sein du clergé , mômes combats qu'au sein de la noblesse. Avant môme que les ducs eussent pris une grande prépondérance sur leurs hauts barons, les évoques avaient aboli l'élection populaire des curéset la suprématie synodale, et le pape avait enlevé aux prôtres du diocèse le droit de choisir leur évoque. Mais tout en détruisant la démocratie catholique , les évoques reformaient Torganisation judiciaire et contraignaient les seigneurs à les imiter; s'efforçant, par le bonheur du peuple , de légitimer des usurpations souvent nécessités par les fautes d'une démocratie peu capable d'user de ses droits.
Bu X.« au XVI.« siècle, progrès sensibles dans les arts. Le protectorat féodal se montre digne de sa mission.
Du XYI.e jusqu'à nous , les idées sur l'art se modifient : le sentiment est sacrifié à la forme ^ et la forme elle-môme manque de perfection et de grâce.
A l'apparition du protestantisme , les grands seigneurs cherchent à morceler l'unité territoriale à leur profit : protestants et catholiques se couvrent du manteau de la religion pour abaisser le pouvoir royal au niveau du leur; et le moyen-âge s'efforce de sortir du cercueil oti Louis XI l'avait arrosé du sang des plus nobles seigneurs. Nantes , dans cette occurrence 9 se laisse aller à ses passions. Les gens ùomvM il faut protestent av^c plus ou moins de hardiesse ; mais le peuple , entraîné par le théologal Ghristi , défend avec ardeur la religion de ses pères y et ne recule point devant les moyens de terreur pour sauver le catholicisme ; ses efforts furent couronnés de succès.
Plas tard , le fédéralisme lèye eDOore la tête. La coiraptkMi de la coar indigne la noblesse bretonne , et de braves gentilshommes , les pins pars et les plos lojaax dn pays » font une insoirection. Mais cette insurrection est yaincne , et la conr , qni ne vent pas de contrôle , fait tomber la tôle de quatre des révoltés , auxquels on avait promis la vie.
Le bien est difficile à faire ; les intérêts privés s'opposent sans cesse aux demandes de l'intérêt général. Mellier, le pins digne et le pins habile des maires de Nantes , fait d'immenses réformes; cependant il échoue souvent dans ses projets , et le siècle qni s'est écoulé depuis sa mort voit à peine commencer leur réalisation.
En 89 , la noblesse et la bourgeoisie commencent ce combat qui dure encore aujourd'hui ; après des efforts inouis , le peuple , que la bourgeoisie avait appelé à son aide , s'empare dn pouvoir et sauve l'unité et la nationalité française ; mais bientôt il a perdu sa position, et la puissance des nobles d'écas, des accapareurs et des acheteurs de biens nationaux , succède à celle qui avait créé la dictatare du comité de Saint Public.
Sous l'Empire , toutes les vertus sociales sont assoupies. — L*égoîsme et l'ambilion semblent l'unique mobile; la démocratie et la liberté se réfugient aox armées.
Après la défaite de Waterloo , qni ramena la paix et bientôt , arec elle , des libertés oubliées, Nantes se réveille pour songer k son avenir. Pendant la latte de la bourgeoisie et de la noblesse , de la monarchie et dn constitntionalisme , notre ville fait de nombreux efforts vers le bien-être matériel , que les autorités dirigent quelquefois avec habileté , presque toujours avec zèle.
En 1830 , les ordonnances de Charles X deviennent l'occasion d'une insorrection : les préventions populaires contre la branche ainée des Bourbons , les vœux démocratiques de quelques républicains , les jalousies de l'aristocratie bourgeoise , les souvenirs de l'Empire, s'unissent contre un gouvernement dont l'improdence avait démoralisé ceux de ses soutiens qni unissaient l'intelligence au dévouement. — Quelques autorités se montrèrent ^dèles à leurs serments et à leurs croyances ; d'antres ne pensèrent qu'au nouveau soleil qui , le lendemain , pourrait se montrer à l'horizon.
Tels sont les nombreux enseignements que , dans cette histoire ,
ooas arons tooIq présenter à 'nos concitoyens. — Faisant abstraction de notre position indiridnelle » nous ayons vonln, ayec nne entière jQstice 9 rendre à chacun selon ses œnrres. Peu nous importe le jugement de ces hommes anxqnels Topinion si mobile des jonmanx apprend chaque jonr ce qn*ils doivent penser des éTénements de la yeille. — Gomme celui qni s'élère sur les tours gothiques de nos cathédrales , et qui de Ik voit à ses pieds , du sein d*nn air plus pur , la foule qni s'agite et se remue près de ses étroites demeures > nous ayons cm que , du fond de son cabinet , Técrivain devait yoir se dérouler devant lui les tableaux changeants de la vie sociale , et les reproduire à ceux qui veulent profiter de ses études , sans se permettre autre chose que de dévoiler le lien mystérieux qui unit , les unes aux autres , les scènes de ce long drame qui forme Thistoire d'une petite portion de Thumanité.
Partout où nous avons trouvé le bien et le beau 9 nous l'avons mis en évidence et nous avons dit en son lieu les services du clergé, la grandeur de la noblesse» les vertus des nobles fédéralistes et des Girondins leurs successeurs , le dévouement ï leurs opinions des royalistes et des républicains , les qualités administratives de qnelqnes-uns des chefs de la cité.
Si nous n'avons point voulu continuer cette histoire au-delà de 1830^ c'est que la dictature populaire, le Directoire , TEmpire et la Restauration sont des faits accomplis, tandis que le règne de la bourgeoisie commence à peine. — Nous n'avons point douté de notre impartialité dans cette circonstance. Nous eussions dit les croyances et les obligations de la bourgeoisie lors des lois de septembre > comme nous avons raconté la terreur religieuse de la Ligne et la terreur démocratique qu'organisa 93. — D'un autre côté , lorsque l'autorité locale semble vouloir prendre l'initiative pour de grandes améliorations , nous avons cru qu'il était de notre devoir d'attendre ses actes pour la jnger. — Nous l'avons vue constamment bienveillante et paternelle dans les mauvais jours ; nous espérons la trouver , aux jours de paix, progressive et hardie dans la voie des réformes de toute espèce. — A d'autres donc le soin de raconter comment elle aura rempli cette double tâche.